Boukatynka. Un musée vivant dans des huttes abandonnées

8 novembre 2020
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Le village de Boukatynka dans la région de Podolie, malgré son grand potentiel naturel et son histoire ancienne, aurait pu devenir juste un autre village qui allait s’éteindre progressivement. Mais il y a plus de 40 ans, un jeune couple d’artistes, Olexiy et Ludmyla Aliochkine, s’est installé ici. Pas à pas, ils transforment le village en musée et en un lieu où les personnes s’intéressant à l’histoire et à l’art se rassemblent pour trouver de nouveaux acquis.

La vie des Aliochkine est un effort créatif permanent, qu’ils aiment partager avec tout le monde, en particulier avec les enfants. Ils ont leur propre philosophie, incompréhensible pour de nombreux villageois. C’est elle qui attire les gens à cet endroit. Beaucoup de gens viennent à Boukatynka juste pour causer avec Aliochkine, et lui, pieds nus, habillé de vêtements en lin, un peu échevelé, mais toujours souriant, accueille les nouveaux invités.

C’est une histoire sur la capacité de voir la beauté dans tout ce qui est, sur la croissance en créativité et la capacité d’enseigner l’authenticité, de préserver et d’apprécier la nature.

Boukatynka

Boukatynka se trouve sur la rivière pittoresque nommée Mourafa, parmi les collines de Рodnistrovia. À 30 km des villes centres de districts, les bus n’y circulent pas souvent. Il y a plus de 100 personnes qui vivent ici, il y a une école primaire où les Aliochkine enseignent, apprenant aux enfants à vivre en harmonie avec l’environnement. Au moment donné, l’école ne compte que 17 élèves.

Boukatynka est célèbre pour ses paysages uniques. On y voit des restes des couches de pierre datant de la période de formation de la planète qui sortent à la surface, des restes d’éruptions volcaniques anciennes, d’océans, de mers et de déserts anciens.

Olexiy raconte :

— On y trouve de nombreux monuments naturels, architecturaux et culturels des cultures paléolithique, mésolithique, Boug-Dniester, Trypillia, néolithique, slave, ancienne russe et cosaque. En 1985, le Congrès mondial des géologues a eu lieu dans cet endroit. Les savants du monde entier s’y sont réunis venant des pays d’Amérique, d’Australie, d’Afrique, d’Asie, d’Europe, pour voir un phénomène unique — comment la croûte fossilisée s’est formée afin de constituer la surface de notre planète, ainsi que pour étudier les couches qui n’ont pas été déplacées par les catastrophes et les cataclysmes comme c’était le cas des autres continents.

Il y a une légende dans le village qui parle d’un tailleur de pierre cosaque Bakota, qui, dans son enfance, a pu s’échapper de l’attaque des Turcs et des Tatars, en se cachant dans un passage souterrain de concert avec sa mère.

Boukatynka était autrefois l’un des centres d’art de la sculpture sur pierre. En 1916, selon la famille Aliochkine, plus de 300 personnes ont été engagées dans ce métier à Boukatynka. On publiait un catalogue de produits en pierre, que l’on transportait vers les villages environnants, les villes, la Bessarabie, la Volhynie, jusqu’à Kiev et même à Vienne. Ceux-ci étaient principalement des articles ménagers : des aiguiseurs, des pierres meulières, des abreuvoirs pour le bétail, des creux, des tables, des piliers, des croix, des pierres tombales, des monuments faits sur mesure. Cependant, avec l’avènement du progrès scientifique et technologique, l’industrie de la taille de pierre est progressivement tombée en décadence.

La préservation des traditions inestimables de la sculpture sur pierre et la collection d’objets de cet artisanat et de cet art anciens sont devenues l’une des raisons pour lesquelles la famille Aliochkine a choisi Boukatynka comme lieu de résidence permanente.

Déménager de la capitale

Ludmyla est originaire de Minsk, et Olexiy vient de Kiev. Jeunes sculpteurs et peintres, ils auraient pu faire une carrière réussie dans la ville, habiter dans un appartement tout confort et communiquer avec des collègues lors des expositions et des colloques. Mais ils ont choisi une vie complètement différente, celle qui plus proche de la nature, dans un village que Ludmyla appelle chez elle. C’est de là que venaient son père, sa grand-mère, son arrière-grand-mère. Ludmyla passait ses vacances d’été ici quand elle était petite.

Olexiy a fait ses études à l’Institut d’art de Kyiv à la faculté des beaux-arts et de la restauration de la chaire de sculpture. Ludmyla, quant à elle, est diplômée de la faculté des arts décoratifs et appliqués de l’Institut national biélorusse du théâtre et des arts. Elle était allée à Korosten pour un stage qu’elle a fait à une usine de porcelaine. C’est là qu’elle a fait sa connaissance d’Olexiy :

— Elle avait « la boule à zéro », portait des pantalons, elle ne tolérait pas la vodka. En voilà, je me dis, une jeune fille étrange. La fille me donne ses poésies à lire, elle dessine des cygnes : l’un qui vole et l’autre qui flotte dans un étang en attendant. Et puis elle me dit : « Écoute, nous avons des tailleurs de pierre [en Ukraine], mais il n’y a pas de sculpture nationale, nous n’avons que la Grèce et Michel-Ange. » Et on est à la recherche constamment. Comment est-ce possible qu’il n’y a pas de sculpture nationale ? Eh bien, c’était en 1978…

Mais le jeune couple n’a pas immédiatement déménagé au village. C’est après avoir vécu à Minsk pendant un certain temps qu’ils se sont rendus compte qu’ils voulaient devenir créateurs et vivre plus près de la nature. Ils ne sont pas venus à Boukatynka pour le confort et ils ne l’ont pas trouvé au fil du temps, mais ils ont trouvé quelque chose de plus précieux : leur propre philosophie et des milliers de personnes reconnaissantes qui visitent Boukatynka depuis 40 ans et communiquent avec les Aliochkine, adoptent leurs pensées et découvrent de nouveaux endroits :

— Là, il y a un saut à l’élastique, une rivière, de l’air. C’est pour avoir tout ça qu’on a quitté Kyiv et Minsk. L’essentiel c’est la nature, et pas ce que les gens ont construit.

Au début, le couple vivait dans une hutte de terre, car toutes les maisons au village étaient occupées. Plus tard, leurs parents les ont aidés à construire une maison à l’étage.

L’art de sable

La famille Aliochkine a transformé Boukatynka en une véritable galerie en plein air. On y voit leurs sculptures partout. Elles sont toutes différentes, mais chacune porte son propre message. Au total, il y a plus de 150 de leurs œuvres en Ukraine.

Olexiy dit que le lieu et les conditions dans lesquels vous pouvez créer ont une grande importance pour la créativité, et Boukatynka est idéal pour cela. Il y a des rochers, beaucoup de grès, des forêts et une rivière. L’endroit n’est pas habité par des gens et cache une histoire ancienne.

Le paysage même de Boukatynka est une œuvre d’art toute faite qui s’est créée pendant des années. Des objets naturels sont souvent l’un des composants des sculptures réalisées par la famille Aliochkine :

— Il y a de nombreuses années, c’était un désert, le vent a sculpté ces piliers éoliens avec du sable. Le vent soufflait, le sable frappait et les roches s’érodaient.

Selon Olexiy, il y avait une culture archéologique de colonies Boug-Dniester sur les terrains de Boukatynka, à laquelle ont succédé les cultures de Trypillia et Tchernyakhiv. Les gens trouvent encore ces épaves d’histoire tout simplement à la surface. Des crânes, des os, des pots et des restes d’ustensiles, tout cela fait partie de l’art de la famille Aliochkine, tout en acquérant de nouvelles significations :

— Le soleil se lève et se couche. C’est ce mouvement du soleil qui a été observé il y a neuf mille ans par les premiers colons de ces lieux, les plus anciennes colonies de la culture Boug-Dniester. On a conservé toutes les peintures murales, les éclats. Tout est primitif, mais c’est notre histoire. Nous marchons sur leurs éclats, sur leurs tombes, c’est pour ça que nous considérons tout ça avec beaucoup d’attention.

Olexiy dit qu’il existe de nombreux endroits magnifiques en Ukraine où on peut ressentir des énergies de millénaires et de millions d’années. Il pense que tout ce qu’il faut faire c’est de vouloir, de ressentir et d’être à l’écoute de cette vague, qui apporte la paix, la sagesse et la confiance :

— Nous apprenons beaucoup de la nature, et c’est aussi un grand sculpteur ; pour comprendre l’harmonie de l’érosion naturelle qui est un sculpteur naturel, une sculpture naturelle. Il y a là un relief qu’on appelle « Le Baiser ». Telle a été la surprise quand je l’ai trouvé, la découverte de l’avoir trouvé, et puis parmi les gens : « Comment Dieu aurat-il pu produire une chose comme ça ? ». Voilà, c’est pas humain. L’homme n’a apporté aucune contribution, ni par les mains ni par les pensées.

Les huttes-musées

Lorsque les voisins vendaient leurs vieilles huttes qui restaient sans propriétaires, la famille Aliochkine les a achetées et transformées en musées. Il y a une hutte où on a organisé le théâtre des ombres et la peinture avec du sable sur le verre. Il y a un musée de la poterie avec des centaines de cruches et de tonneaux, rassemblés lors des expéditions en Transnistrie, un musée des antiquités avec un four décoré. Il y a une hutte présentant des œuvres de leur famille : pierre, bois, sculptures, argile, œufs de Pâques, peinture, graphisme. À l’intérieur, les huttes sont recouverts de foin, à l’extérieur elles sont peintes de sirènes de contes de fées, de cercles de Trypillia, de vases de Podolie.

L’entrée est gratuite pour tous et le nom de « musée » est conventionnel. Parce qu’ici vous pouvez tout toucher, jouer et aider à créer chacun des musées. Aliochkine dit qu’il ne sait pas si cela vaut la peine de les concevoir comme musées, car beaucoup de choses peuvent changer. Il admet qu’après quelques reportages à la télévision, il y avait des personnes qui ont voulu acheter ces maisons. Cependant, le lieu reste précieux car ce sont ces gens-ci qui révèlent leur génie créateur dans cet endoit.

Olexiy dit qu’il est important de créer des conditions pour la créativité des enfants. Ainsi, dans l’une des huttes, les enfants peuvent apprendre à dessiner avec du sable, et plus ils sont jeunes, plus ils se sentent libres dans leur créativité :

— Si on a un sac à dos, une tente, du verre à peindre dessus avec du sable dans chaque maison, il est clair que ces enfants vont dessiner, inventer et fantasmer.

Dans l’un des musées, la plupart des œuvres sont des créations d’enfants. Olexiy rit et dit que les enfants qui viennent chez eux choisissent souvent des jouets et des produits créés par les enfants :

— Nous sommes de vrais artistes, nous avons terminé les études dans des universités, et pourtant les enfants choisissent souvent des jouets folkloriques, faits par d’autres enfants. Ils sont faits d’une autre manière. Récemment, il y avait un enfant d’un an et deux mois, qui vient à l’une des œuvres et l’embrasse. Comment l’enfant sait-il ce qu’il faut embrasser ? Nous étions là, eh bien, nous étions choqués. Parce que les enfants font intuitivement ce que l’âme leur suggère.

Dans la salle de jouets, il y a des expositions de différentes époques : de Barbie et Tortues Ninja à de vieux jouets en plâtre et en argile. La famille Aliochkine a trouvé beaucoup de ces choses directement dans leur jardin. Olexiy pense que les jouets influent sur la façon dont l’enfant grandit. Les enfants du couple ont joué principalement avec des jouets naturels, ce qui a également influencé le développement de leur imagination :

— Il n’y avait pas de plastique, les pistolets n’étaient pas faits comme des vrais. Il faut d’abord avoir de l’imagination pour savoir à quoi cela ressemble. Pour un enfant cela a une ressemblance. Ils disent : « Non, voilà, ça c’est un dinosaure ou encore quelque chose ». Nous nous inspirons de jouets. Et maintenant, il n’y a plus ces peintres qui faisaient des sifflets à l’époque. Parce qu’avant, on vendait des sifflets lors des foires, à la fête de St. Pantaléon. Les enfants les achetaient et ils avaient quelque chose pour jouer. Alors, où sont-ils ? Il n’y a plus ces maîtres, tout ça est en train de disparaître. Ces nouveaux jouets, ils sont tous raffinés. Mais alors là, dans cet environnement, même les jouets sont complètement différents. Par contre, dans la ville, quand on est au neuvième ou douzième étage, le jouet est absolument différent. Comme ci ou comme ça. Et pour faire ces jouets-là, il faut vivre sur ces terres, dans le village au milieu de la nature.

Il est très difficile de se concentrer sur une chose spécifique dans les musées d’Aliochkine parce qu’il y a beaucoup de petits détails qui surprennent, impressionnent et même amusent. Il n’est pas du tout étrange de voir un crâne peint. Pour la famille Aliochkine, chaque élément, chaque éclat de pot ou d’os trouvé dans le sable est important. Ils pensent qu’on peut peindre sur tout ce qu’on a autour de nous, et ils racontent pourquoi les crânes ne font pas peur :

— Le crâne d’un cheval, comme celui d’une vache, était un talisman, et il était placé dans les coins du bâtiment. Un ami, un vrai cheval de compagnie est décédé, et on peut donc peindre dessus pour transformer quelque chose de mort en quelque chose de vivant. Il n’y a plus donc de cette peur de crâne, le crâne est peint. Eh bien, il y a des peuples qui peignent sur les crânes d’animaux et d’hommes. Ils étaient en joie lorsqu’une personne mourait. Par exemple, un homme honnête qui a vécu et qui est parti comme héros, pour la cause de leur tribu, pour leur village. Il n’y a plus de raison pour pleurer ou être triste, c’est la joie. C’est pour ça qu’ils avaient une attitude complètement différente envers ces crânes, c’était la joie. Mais nous, nous en avons peur et voilà.

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Ils peignent vraiment sur tout : sur des objets en argile, en pierre, ou alors sur des pierres ordinaires ou des coquilles d’escargots :

— Vous pouvez décorer même ces maisons d’escargots abandonnées, faire de l’art. C’est à dire transformé une chose inanimée en une chose vivante.

Cependant, Olexiy dit que l’art est devenu plus décoratif et ornementé maintenant, alors qu’auparavant il était sacré :

— Chaque signe — la croix ou la rune de Peroune — avait son sens, on le prononçait comme une prière. Et puis ça devient une décoration. Nous ne savons pas ce que signifie chaque signe. Mais le sens était sacré. Ils dessinaient de manière que les gens ne puissent pas voir ; ils portaient des croix d’une manière inaperçue ; pour que ton nom ne soit pas connu ni la façon de ta défense.

Au début, les habitants locaux avaient une perception négative de ce « divertissement » des Aliochkine, mais lorsqu’ils se sont rendu compte qu’ils le faisaient principalement pour les enfants et que leurs activités ne faisaient rien de mal à personne, mais rendaient le village plus attrayant, ils se sont calmés.

Les enfants comme un art

La famille Aliochkine a consacré une part considérable de sa vie à l’enseignement des enfants dans des écoles. Ils parcouraient 4 km à travers les champs jusqu’à l’école du village voisin de Vyla Yaruzki pendant 10 ans et ils enseignaient également à Bandachivka.

L’école de Boukatynka n’a été ouverte qu’en 1993. Ils y ont enseigné le dessin, le graphisme, l’histoire et en même temps raconté aux enfants les légendes de Boukatynka, appris à fabriquer des poupées en chiffon, à peindre des œufs de Pâques, à sculpter dans l’argile, à faire des découpages. Olexiy a enseigné l’histoire, le droit et le sport dans une école locale et Ludmyla a dirigé un club d’artisanat et a appris aux élèves à dessiner et à travailler. Mais l’école de Boukatynka a été fermée faute d’élèves. Maintenant, les enfants vont à l’école dans le village voisin :

— Qu’est-ce qu’une école ? Ce ne sont pas des fenêtres de classe « euro », ce n’est pas une salle d’ordinateurs, ce ne sont pas des toilettes. Mais quoi alors ? Ce sont les enseignants qui apportent de l’énergie spirituelle. Pourquoi auparavant les gens ont-ils grandi comme patriotes honnêtes et respectables sans fenêtres et ordinateurs de classe « euro » ? Et ces réalisations, ces fenêtres de classe « euro » et ces ordinateurs, ils ne rendront pas une personne plus digne. Aucunement.

Les Aliochkine ont également donné à ses propres enfants une grande liberté dans le travail créatif depuis leur enfance. Ils observaient l’ombre de leur père, laissaient des traces sur le sable. Ils pouvaient donc imaginer beaucoup de choses. On ne leur imposait pas l’art, on ne les forçait pas à créer, on leur a simplement établi des conditions favorables au développement, à la liberté et au sens de la nature :

— Qui va verser du sable à l’intérieur de la maison ? Et nous, on se sentait bien dehors, sur le sable. On jouait là, on s’endormait là, tout ça. Nous sommes en train de créer, parce que la créativité nous donne de l’enthousiasme, de l’énergie. Celui qui joue de la musique, il va me comprendre. Quand une personne est en train de créer, c’est une affluence énorme d’énergie. Et vous n’avez besoin de rien d’autre.

Selon l’artiste, un rôle important dans la créativité, ce n’est pas la partie matérielle, mais le silence et la tranquillité, ce qui est en abondance à Boukatynka :

— N’interrompez pas l’écrivain, le poète ou le musicien, parce que… là, attends ! C’est une mélodie qui me vient à la tête, et toi, tu me l’interromps, et alors cette mélodie ne pourra plus se naître.

Olexiy observait l’art depuis son enfance. Son grand-père a sculpté dans l’argile. Il a vu son grand-père qui a commencé à modeler un poêle et a fini par en faire une vache. L’oncle d’Aliochkine était sculpteur et travaillait avec la pierre. Il dit que cette contemplation de l’art affecte toujours l’enfant, il y a donc souvent des continuations de dynasties de peintres, d’artistes de cirque, d’acteurs :

— Il faut créer des conditions qui éveillent la personne. La chose la plus importante c’est de l’allumer et là, ils vont brûler, allez, allez ! Pas seulement « infuser » des connaissances. Parce que, des choses pareilles, ça se raconte lors d’une expédition, près d’un feu de camp. Ensuite, dans ces conditions de survie complètement différentes, tout en pensant à l’eau, à la chaleur et à tout le reste, la personne s’en souviendra et quelque chose lui viendra à la tête. Ah oui, va-t-il dire, je me souviens de cette expédition. Parce que la plupart des enfants viennent après une expédition disent : « On était dans l’expédition et c’est là que je suis devenu un vrai être humain. Je n’y pensais pas uniquement à moi-même, mais aussi à quelqu’un d’autre, j’y ai pensé à nourrir, à trouver des choses, à faire le lit, à couvrir… »

La philosophie d’Aliochkine

Il y a beaucoup de signes païens et vieux slaves sur les œuvres d’Aliochkine. Ils professent le culte des éléments et de la nature, mais en même temps, on peut voir des icônes dans certains de ces musées. Olexiy n’y voit rien d’étrange et dit que les religions différentes ne sont que des aspects différents de Dieu. Il compare la connaissance des religions à la connaissance des langues et dit que la philosophie du commun joue un rôle important.

La religion principale des Alyoshkine est l’amour, et cela est ressenti par tous ceux qui viennent leur rendre visite. Et les changements ne peuvent naître que de l’amour aussi, il faut donc commencer par soi-même :

— Prends soin de toi-même, comment tu as grandi spirituellement, ce qui t’est arrivé. Alors il n’y aura pas de guerre. Pas de guerres avec les parents, pas de guerres avec les hommes, les femmes, et en général, dans la société. Alors qu’il y a des guerres dans le monde en permanence. Si vous n’avez pas de référence à l’amour, il ne répondra pas. Comme l’écho que nous avons joué et l’écho s’est répandu dans les bois. C’est un message. Et c’est là que des changements arriveront.

L’essentiel, selon Olexiy, c’est le sentiment de bonheur qu’ils ont acquis en s’installant au plus près de la nature. Il dit que sa cousine leur a rendu visite récemment et elle demandait, presque tous les jours, voyant les conditions dans lesquelles la famille mène sa vie, demandé s’il était heureux. Aliochkine sourit et semble vraiment se sentir heureux ici, car il a trouvé sa place :

— Un homme doit trouver sa place, sa voie, sa femme, ses enfants, eh bien, son propre destin. Si nous avons commencé ça à Boucha et nous voyons que cela s’est déroulé d’une manière complètement différente, comprenez-vous ? C’est déjà des affaires, de l’argent, tout ça. Et c’est absolument un autre domaine, ce n’est pas ce que nous sommes. Si nous commençons quelque chose, l’enfant doit être protégé, la femme doit être protégée, vous devez être spirituellement gardé et vous protéger. Mais on démarre quelque chose, on le ramasse, ça bouge sans nous, enfin, comme une voiture qui roule. Mais ce n’est pas ce que nous voulions, à quoi nous pensions — c’est en train de mourir.

BOUCHA
Le couple Aliochkine avait lancé des séances en plein air pour des tailleurs de pierre qu’ils avaient nommé Podilskiy Oberig dans le village de Boucha en Podolie, qui est devenu plus tard une fête annuelle.

Il n’en faut pas beaucoup pour se sentir heureux, il faut juste vouloir être heureux :

— Si on ne veut pas être heureux, on ne le sera jamais. Si tu ne souhaites pas étudier, tu n’étudiras pas. Si tu ne veux te marier, tu ne te marieras pas. Il est nécessaire d’avoir une volonté d’être heureux.

Pour Olexiy, la créativité est un mouvement permanent, il estime qu’un artiste doit vivre de l’instant et être en recherche constante :

— Un médecin parle des problèmes de médecine, un policier raconte des problèmes de police, et l’artiste parle de ses problèmes, comment rester créateur au lieu de devenir un maître ordinaire.

Aliockine interprète le processus de créativité à sa manière. Il dit qu’un artiste c’est celui qui récolte le mal, et il le récolte avec de l’amour :

— Pour créer quelque chose, vous avez besoin d’amour. Avec cet amour, on détruit le mal qui est autour. Et l’amour se crée.

Olexiy dit que le sentiment d’amour ne peut pas être acheté et qu’il doit être complet, à la fois pour la nature, l’Univers et les gens :

— Les gens ne comprennent pas que nous sommes le tout qui comprend l’eau, l’air. Vous ne pouvez pas empoisonner l’eau et vivre séparément ici, eh bien, c’est vraiment impossible. Donc, si tu as fait quelque chose, cela te reviendra tout simplement en boomerang. Si ça ne te revient pas à toi, ça reviendra à quelqu’un d’autre. Je suis Olexiy et lui, il est Ivan. Et nous ne nous sentons pas comme un tout, que nous sommes tous ensemble. Moi, Ivan, Petro, la nature, ceux-ci, l’arbre, l’eau, nous sommes tous un énorme ensemble, on n’est pas séparé. Parce que nous avons tout arrangé conditionnellement comme ça, nous en tirons séparément une table, une chaise et voilà. Moi séparé, l’eau séparée, la tasse séparée. Mais cela ne peut pas exister séparément. Tout ça existe d’une manière entière : la tasse est sur la table avec de l’eau dedansversé avec de l’eau, voilà.

Tous les problèmes, selon Aliochkine, viennent de la tête et de la philosophie. Il croit que ce n’est que lorsque les gens changent de philosophie, lorsqu’ils changent, que la société changera :

— Il n’y aura pas ces forêts ruinées par la recherche de l’ambre, ou des destins brisés. Parce que c’est pareil. Le sort de l’être humain c’est comme de l’ambre. On ne sait plus quand cette forêt se rétablira. Mais pourquoi, pourquoi ? Les gens y vivaient depuis des milliers d’années et, au mieux, ils allumaient le four avec de l’ambre. Et il n’y avait pas cette course.

Les Aliochkins interfèrent de manière minimale dans la nature. Il est important pour eux de garder le village dans son état ancien et avec l’atmosphère qui prévalait auparavant et de le remplir d’art moderne.

— L’Ukraine est riche en nature. Si nous perdons cette connexion, nous perdrons notre âme. Et c’est clair : s’ils coupent les arbres, l’âme s’en va. Tout d’abord, plantez quelque chose, faites-le pousser, puis vous l’honorerez.

Certains considèrent encore que la famille Aliochkine sont des ermites, mais c’est loin d’être le cas. Ils aiment accueillir les gens qui ressentent ce lien avec la nature et apprécient le vrai art. Les Aliochkine ne vont pas à des colloques ou des expositions, parce que leurs maisons sont des projets tout faits remplis de sincérité et de foi aux gens. Chaque été, la famille accueille les enfants avec plaisir, nage dans la Murafa et apprend à trouver et à voir l’art « sous les pieds ».

Comment nous l’avons filmé

supporté par

Ce matériel a été traduit par le soutien de l'Institut Ukrainien

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteure:

Maryna Odnorog

Rédactrice:

Tetiana Rodionova

Productrice:

Olha Schor

Photographe:

Oleksij Karpovytch

Opérateur caméra,

Ingénieur du son:

Pavlo Pachko

Opérateur caméra:

Oleksandr Portian

Scénariste:

Karina Piliugina

Monteuse:

Mariia Terebous

Réalisateur,

Monteur:

Mykola Nosok

Éditeur photo:

Oleksandr Khomenko

Trascripteur audio:

Pavlo Danyliv

Traductrice:

Olena Tertyshnyk

Éditeur de traduction:

Andrij Andrusiak

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