Toujours à côté, mais un pas derrière

10 novembre 2020
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L’Ukraine est en guerre avec la Russie depuis 6 ans. Les enfants nés au début de cette guerre rentreront à l’école cette année. Des milliers de volontaires ont contribué à retenir l’offensive depuis le début des hostilités, certains d’entre eux effectuent encore un travail important — soutenir l’armée ukrainienne. Le bénévole de Zaporizhia, Igor Yashchenko et des personnes partageant les mêmes idées, ont créé l’association « TryZoub Dental » dans le village de Karlivka, dans lequel les dentistes de tout le pays traitent les militaires à l’avant-garde.

Karlivka à Slobozhanshchyna est considéré comme l’un des endroits les plus emblématiques de la guerre russo-ukrainienne, qui a débuté en 2014. Le village, entre Donetsk et Pokrovsk, se trouve sur le territoire que les habitants appellent la zone de l’aéroport de Donetsk. Les combats pour Karlivka ont eu lieu dans les premiers stades de la guerre à l’Est : en mai 2014, des soldats du bataillon « Donbass » ont été tués ici, et en juillet de la même année, les militants pro-russes ont quitté l’endroit.

En 2015, Igor Yashchenko et d’autres bénévoles ont décidé de fournir des soins dentaires aux militaires déployés en première ligne. Le projet « TryZoub Dental » a réuni des médecins, des fabricants et revendeurs de matériel médical et des laboratoires dentaires qui soutiennent cette initiative en tant que bénévoles.

Selon le fondateur du projet, l’idée de « TryZoub Dental » est très simple : tout faire pour que les militaires puissent servir aux points de contrôle routiers et garder les frontières sur la ligne de contact pendant la guerre sans avoir de problèmes de dents. Actuellement, les bénévoles disposent de six cabinets dentaires mobiles.

Parmi les patients de « TryZoub Dental », il y a des soldats des forces armées ukrainiennes, qui se trouvent dans un rayon de 50 km de la ligne de front, des réservistes de la Garde Nationale, des bénévoles et même des résidents locaux. Ils ne se font pas seulement traités les dents, mais aussi, comme le dit Igor, ils viennent évacuer leur stress et se socialiser. En attendant un rendez-vous, les patients communiquent entre eux et des médecins bénévoles leur offrent des spécialités saisonnières.

— Nous sommes, en fait, des bénévoles comme eux. Seulement, ils utilisent des armes et nous — des pinces et une perceuse.

Igor. Aidez les militaires

Igor Yashchenko vient de Zaporizhia. Dans les années 90, il était officier dans les forces armées ukrainiennes. Il est convaincu que grâce à son expérience militaire, il comprend bien les besoins des soldats. Lorsqu’il a quitté l’armée, il a ouvert une entreprise dans sa ville qui équipe des cliniques dentaires. Il dit que le destin l’a conduit à ce qu’il fait maintenant.

Igor a commencé à faire du bénévolat dans la Zone d’Opération Antiterroriste (maintenant « l’Opération des Forces Conjointes ») en 2015, collectant des objets pour l’armée. Puis il a remarqué que, entre autres, les combattants commandaient beaucoup de pilules contre les maux de dents. En examinant la question plus en détail, il s’est rendu compte que même s’il y avait un dentiste dans la brigade, il ne pouvait tout simplement pas les traiter parce qu’il n’avait ni équipement ni cabinet. C’est pour ça qu’il s’est concentré sur la collecte de médicaments et de matériel médical, et non pas de gilets pare-balles ou de casques.

Igor a minutieusement analysé la qualité des soins et des services médicaux en première ligne dans la 55e brigade d’artillerie « Zaporizka Sich », dans un hôpital militaire : la surcharge des agents de santé avec diverses responsabilités ne laisse presque pas de temps pour l’essentiel — traiter.

— Si, à chaque étape, tout le monde faisait ce qu’il a à faire, probablement l’on ne serait pas arriver à ça. Et il n’y aurait alors aucun besoin d’aide bénévole. En fait, ce serait peut-être nécessaire, mais pas à un tel point.

Pour fournir des soins dentaires à davantage de militaires qui en ont besoin, Igor et son équipe ont décidé de créer un cabinet dentaire mobile. Avec des bénévoles, ils ont recueilli des fonds pour le véhicule et l’ont arrangé pour soigner les dents « sur le terrain ». « Trois Dents » : c’est le nom qu’ils ont donné à leur véhicule.

Avant de s’installer finalement à Karlivka, Igor et son équipe se sont rendus dans les villages de Pervomaiske et Kostiantynivka pour voir les combattants de bataillons, les troupes aéroportées et « les cyborgs ». Puis ils se sont rendus à l’aéroport de Donetsk, là-bas, ils se sont rendus compte que les soldats n’avaient nulle part où se tourner pour demander l’aide d’un dentiste. Cependant, des militaires leur ont conseillé de trouver un endroit plus sécurisé, alors ils se sont retrouvés à Karlivka.

— Depuis trois ans, nous nous sommes installés ici — un cabinet en dur est apparu. Nous étions alors totalement surpris que tant de personnes, tant de nos dentistes patriotiques aient répondu, et continuent de répondre à cet appel.

Igor dit qu’aujourd’hui (2020), ils ont déjà six bureaux mobiles, plus deux autres qui ont déjà été aménagés et remis aux militaires.

Les Cyborgs
Des militaires bénévoles ukrainiens qui, du 26 mai 2014 au 22 janvier 2015, ont défendu le territoire de l'aéroport de Donetsk pendant la guerre dans l'Est de l'Ukraine.

Aller soigner

À Karlivka, Igor et son équipe ont installé leur siège, qu’ils ont appelé « Domik ». Ce bâtiment de deux étages est leur bureau central et leur centre logistique. Au rez-de-chaussée se situe un cabinet dentaire pour deux personnes, au première étage, il y a une zone de repos pour les médecins, un entrepôt et une vraie station de radio. Le fondateur du projet dit que « Domik » est un prototype d’unité de service dentaire qu’ils souhaitent éventuellement introduire dans les Forces Armées Ukrainiennes.

Si « Domik » est un endroit stationnaire réservé aux bénévoles, alors « TryZoub », « TryZoub-2 », « TryZoubchik », « Crocodile » et « Éléphant » sont des véhicules qui deviennent leur lieu de travail mobile. Ils ont tous des dimensions différentes, mais chacun est équipé pour que les militaires puissent recevoir à temps des soins de qualité.

Il y a 23 km de Karlivka jusqu’au centre de Donetsk, et 15 km jusqu’aux positions militaires. Mais ici, les dentistes de « TryZoub » ne viennent pas:

— Là où les militaires se battent, les autres médecins officient, pas nous. Nous écrivons même partout: « Nous sommes toujours à côté, mais un pas derrière ».

Igor explique: ils sont là pour fournir les premiers soins, c’est-à-dire pour soulager les douleurs existantes et futures. L’équipe de « TryZoub Dental » s’assure que les problèmes dentaires ne les dérangent pas quand ils sont au front.

Igor et son équipe ont élaboré deux principes. Le premier est de ne pas nuire et le second de ne pas oublier qu’ils sont des « sous-militaires ». Autrement dit, les bénévoles doivent se conformer aux règles et règlements qui s’appliquent dans ce territoire, dans les conditions actuelles. Ils doivent trouver un terrain d’entente avec les militaires et non leur imposer leurs règles.

Dentisterie sur roues

Igor appelle « hôpital de campagne » le premier véhicule « TryZoub », avec lequel tout a commencé, car il est possible d’aller en première ligne et d’y recevoir des patients. « TryZoub » est conçu pour pouvoir fonctionner sans raccordement au réseau d’eau et d’électricité: il dispose de son propre réservoir d’eau de 300 litres et d’un générateur électrique. À l’intérieur du véhicule, il y a aussi un endroit où le médecin peut se reposer.

Le véhicule est équipé comme un vrai cabinet dentaire : il y a un fauteuil, un éclairage adéquat, même un appareil de radiologie et un visiographe numérique, à partir desquels les images peuvent être traitées directement sur un ordinateur. « TryZoub » a le dernier modèle d’autoclave — l’appareil pour la stérilisation des outils. Deux médecins peuvent travailler dans ce cabinet dentaire mobile en même temps.

Tous les meubles et équipements de « TryZoub » ont été obtenus grâce aux mécènes et aux bénévoles d’Ukraine (Odessa, Zaporizhia) et même du Danemark. Igor dit que même s’ils sont soutenus par les fabricants d’instruments et d’équipements dentaires, leur projet nécessite toujours de grandes quantités de consommables et de nourriture.

— L’unité médicale est très simple. Elle est composée d’air (un module qui fonctionne grâce à l’air. — ndlr.), mais il existe deux outils de base utilisés par un dentiste.
Et tout fonctionne. Elle [l’unité] répond très bien au déplacement, car il n’y a pas d’équipements électroniques complexes, ce qu’il semble souhaitable d’avoir, mais… Elle bug, malheureusement.

Igor dit que c’est un véhicule avec une histoire, car avec lui les médecins bénévoles se sont rendus sur les points risqués de l’Est : Krymske, Shchastia, Avdiivka, Marinka, Krasnogorivka.

Un autre véhicule-cabinet dentaire, « TryZoubchik », est plus compact et mobile. S’il faut 1 à 1,5 heures pour mettre en route « TryZoub », il ne faut que 15 à 20 minutes pour « TryZoubchik ». Par conséquent, il n’est utilisé que pour les soins dentaires d’urgence. Par la suite, la liste des patients qui ont besoin d’un traitement supplémentaire est envoyée à l’unité médicale.

— Avec un véhicule comme celui-ci nous pouvons nous rapprocher des positions lorsqu’il fait jour, quand c’est plus ou moins calme. Nous traitons le patient et nous repartons. Nous avons aussi expérimenté l’utilisation de plusieurs véhicules : nous arrivons en une seule unité quand il y a suffisamment de médecins, puis nous nous dispersons dans différents véhicules. De cette manière on obtient le meilleur résultat.

Médecins et patients

En plus des premiers soins dentaires, les bénévoles du « TryZoub Dental » effectuent parfois les soins prothétiques, implantent et même opèrent sans perceuse ni fraiseuse ni forets dentaires grâce à un appareil moderne danois, qui utilise de la poudre d’alumine. Si nécessaire, ils peuvent restaurer la fonction masticatoire des soldats. Igor dit qu’ils ne fournissent que les soins dentaires qu’ils peuvent assurer. Ainsi, lorsque le traitement des soldats nécessite des manipulations dentaires plus complexes, des collègues du Syndicat national des dentistes viennent régulièrement apporter leur aide.

— Implantation, greffe osseuse, c’est-à-dire qu’il s’agit déjà de haute dentisterie. Ceci est fait ici. Je le souligne encore : il (un dentiste professionnel — ndlr.) ne vient pas nous ordonner quelque chose, bien qu’il ait [peut-être] de l’expérience. Il suggère : « Les gars, cela ne devrait pas être le cas, allez, supprimez ceci.

Igor dit que leur façon de travailler est basée sur la confiance. Ils accueillent des professionnels expérimentés qui se sont fait un nom dans le domaine, ainsi que des débutants et des étudiants. Ils travaillent tous côte à côte de 9 h à 22 h.

— Ici, des gens apprennent à travailler, tandis que d’autres traitent déjà avec confiance.

Selon Igor, « TryZoub Dental » n’est plus seulement un projet, mais un mouvement public auquel se sont joints plus de 500 dentistes à travers l’Ukraine. Si des cas difficiles surviennent et que les médecins de Karlivka ne peuvent pas aider en raison du manque d’équipement, Igor se tourne vers la communauté pour obtenir de l’aide.

— Vous comprenez, nous ne sommes pas seuls ici, nous ne sommes pas abandonnés. Nous avons une très grande communauté. Nous avons nos propres groupes. Une info tombante [informations du patient] : « Les gars, les filles, aidez-nous ! ». Il y a telle situation, nous avons besoin d’aide : que faire maintenant, que faire demain ? Il y a des médecins qui ont une grande expérience. Il y a toujours quelqu’un qui a déjà fait face à telle ou telle situation, qui comprend ceci ou cela.

Dans de tels cas, certains dentistes peuvent traiter gratuitement un ou deux militaires par mois, tandis que d’autres offrent des réductions. Igor dit qu’il n’y a pas et qu’il ne peut pas y avoir de protocole clair : tout doit arriver du cœur. Tant qu’il n’y aura pas de rémunération pour les spécialistes, tout cela est une question de conscience et de moralité personnelle.

Rien qu’avec « TryZoub », les volontaires ont soigné les dents de plus de 5 000 combattants. Selon Igor, lorsque le nombre de patients a atteint le seuil des trois mille, ils ont simplement arrêté de compter parce que d’autres machines sont apparues. Il dit qu’ils ne recherchent pas le nombre, parce qu’ils ne sont pas venus ici pour ça. Leur slogan est « Les dents aux Héros ! », parce que les participants au projet sont convaincus que les gars qui défendent l’Ukraine depuis 2014 méritent des soins dentaires de qualité.

Igor espère que l’organisation et les résultats positifs du projet convaincront les responsables de la structure médicale militaire qu’il est important de soigner les dents pendant la guerre. Et c’est pourquoi cette structure doit être réformée. Il explique: bien que les soldats passent par une commission médicale militaire avant le service, personne ne leur soigne les dents :

— Il n’y a pas de poste de dentistes formés au sein de l’armée. Autrement dit, on fonctionne selon les normes des années 70-80. La dentisterie militaire est simplement la chirurgie. C’est-à-dire que si une dent est touchée par une blessure, elle est arrachée : « Allez, c’est bon, tu règles tes problèmes après, dans le civil. Pas de dent — pas de problème ». C’était peut-être normal et correct pour l’armée telle qu’elle était dans les années 70-80, lorsque des garçons de 18 ans étaient appelés pour le service. Mais maintenant, il y a des défis complètement différents, nous avons une armée différente.

Le bénévole pense que le moment où les médecins militaires ukrainiens travailleront selon les normes approuvées de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord viendra.

Depuis 2017, l’équipe d’Igor aide non seulement les militaires, mais également les habitants des villes et villages environnants. Par exemple, ils ont créé une équipe de dentistes pédiatriques pour rendre visite aux trois écoles de la région afin d’examiner et de traiter les dents des enfants.

Une radio de bénévoles

« TryZoub-FM », ou « Radio of Free People », est une station qui couvre aujourd’hui Donetsk et Pokrovsk, c’est-à-dire un rayon de 35 à 40 km autour de Karlivka. Tout a commencé par une idée spontanée : en 2015, près de Karlivka, il y avait la 14e brigade, dans laquelle un militaire a fabriqué un émetteur radio et a diffusé de la musique ukrainienne. Mais il n’avait pas d’antenne normale, donc le signal était faible. Igor dit que les fous bénévoles de « TryZoub » ont décidé de soutenir l’idée et d’aider à trouver une meilleure antenne. Cependant, lorsqu’ils l’ont amenée à Karlivka, ce radioamateur n’y était plus, parce que sa brigade avait été redéployée. Puis l’équipe de « TryZoub » a décidé d’équiper sa propre radio.

— Notre première radio était analogique. Cela n’a pas émis très loin d’ici, à environ 20-25 kilomètres de là, et quelques unités [militaires] pouvaient nous écouter.

Selon l’activiste, le projet n’a pas de soutien de l’État, mais ils ne le clôtureront pas. Auparavant, « Tryzoub-FM » avait un jingle « Nous travaillons sans licence, sans contrat de bail, en autonomie complète », mais en 2018, la radio a enfin reçu sa licence. Igor dit qu’en 2021 sa continuation n’est pas garantie, mais l’équipe continuera de travailler, car la culture unit :

— Aujourd’hui, toutes les stations de radio ukrainiennes ici sont bloquées par des moscovites. La même chose avec les tours de télévision. Notre radio agace les moscovites. Ils prennent constamment des codes, essayent d’entrer dans ce système, de lancer leur propre choses ou de le désactiver. Mais si quelqu’un d’eux le voit et l’entend : il n’en sortira rien. Si vous désactivez l’un de nos émetteurs, nous en aurons dix.

Chaque jour sur « Tryzoub-FM » on met cinq blocs de nouvelles, qui sont préparés auparavant à Zaporizhia. Le correspondant militaire mène un programme analytique et les présentateurs de la rubrique « Nous vivons en guerre » — diffusent en direct avec des personnalités célèbres qui viennent dans la zone d’Opération des Forces Interarmées.

Perspectives

En vertu de la loi ukrainienne, le ministère de la Santé ne dispose d’aucune base légale pour autoriser les activités du projet « TryZoub Dental ». Igor explique : ces documents sont délivrés aux établissements médicaux, pas aux médecins. Mais il assure que les ressources que les bénévoles ont investies dans cette association ne seront pas perdues, car l’équipe ne peut pas tout abandonner. Le projet est nécessaire aux personnes qui ont besoin de protection sociale et de soutien psychologique : les enfants de l’Est et, bien sûr, les anciens combattants.

Maintenant, Igor et son équipe voient trois scénarios d’évolution pour ce projet de bénévolat dans le futur. La première chose qu’ils prévoyaient depuis le début était de remettre leurs équipements aux militaires. Le second est de travailler comme une structure de soins dentaires mobile pour les groupes sociaux vulnérables. Aussi, le fondateur du projet envisage la possibilité de travailler comme un sous-traitant, c’est-à-dire de négocier directement avec les médecins pour coopérer sur certains projets. Selon Igor, il y a des exemples aux États-Unis, où ils travaillent avec des médecins sur la base d’accords mutuellement avantageux. Igor ne sait pas exactement ce qui se passera après la guerre, mais il rêve que la fourniture de services dentaires aux défenseurs dans les Forces Armées Ukrainiennes se fera au plus haut niveau.

— Nous sommes indépendants, volontaires et obsédés. Parce que quand il y a une chose vraiment utile, cela donne l’exemple que vous pouvez changer le monde qui vous entoure.

supporté par

Ce matériel a été traduit par le soutien de l'Institut Ukrainien

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteure:

Anastasija Salachna

Rédactrice:

Ania Yablutchna

Productrice:

Olha Schor

Photographe:

Pavlo Pakhomenko

Opérateur caméra:

Pavlo Pachko

Oleg Sologub

Monteur:

Pavlo Pachko

Réalisateur:

Mykola Nosok

Éditeur photo:

Katya Akvarelna

Transcripteuse audio:

Myroslava Olijnyk

Traductrice:

Marta Dropa

Éditeur de traduction:

Mohamed Bedoui

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