« La guerre, c’est la paix » : Les guerres contemporaines de la Russie et la culture impérialiste

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Une plongée profonde dans l’impérialisme russe et la misère qu’il a semée depuis 30 ans.

La perception de la société russe sur la guerre est tordue. L’image ci-dessus en est une illustration frappante : un soldat russe, prêt à bombarder la ville de Bamut en Tchétchénie, charge un canon avec l’inscription « Paix à votre maison ». Cette photo a été prise en 1996. Rien ne semble avoir changé en 26 ans. En avril 2022, des soldats russes ont écrit « Joyeuses Pâques » sur des bombes qu’ils ont lancées sur des villes ukrainiennes.

Lors de l’Eurovision 2022, le représentant ukrainien, Kalush Orchestra, a appelé à l’aide pour les défenseurs assiégés de Marioupol. « Aidez Marioupol, aidez Azovstal immédiatement », a déclaré le musicien depuis la scène. Les pilotes russes ont apparemment suivi le concours : peu après, ils ont diffusé des images de bombes destinées à être larguées sur Marioupol, avec des inscriptions ridiculisant le plaidoyer passionné de Kalush.

La culture russe est marquée par la glorification de la guerre depuis des siècles. Les invasions d’autres pays étaient souvent un point de ralliement pour une société impériale instable. La liste historique des guerres russes défie la raison. Vous risquez de vous fatiguer à faire défiler cette liste jusqu’à arriver à la période moderne. Le poète Alexandre Pouchkine, que beaucoup considèrent comme le « Shakespeare russe », a écrit en 1831 :

« Vous pensez que nous sommes peu nombreux ?
De la ville de Perm à la Crimée
Des falaises finlandaises aux côtes géorgiennes
Des halls du Kremlin aux murs de la Chine
Avec l’acier brillant des piques des soldats
La nation russe ne pourrait-elle pas se lever ? »

Alors que la Russie a brutalement réprimé le soulèvement de Varsovie au XIXe siècle, Pouchkine a adressé ce poème aux pays européens choqués, en disant essentiellement : « La Pologne est notre colonie, et nous pouvons faire bien pire si vous ne vous occupez pas de vos oignons ». Cette attitude de « la puissance a toujours raison » a persisté pendant des siècles, quel que soit le gouvernement au pouvoir, qu’il s’agisse du tsar Nicolas Ier, du dictateur Staline ou du président Poutine.

Plusieurs livres pourraient être écrits sur la culture impérialiste centenaire de la Russie. Aujourd’hui, examinons comment ces traditions « séculaires » de guerres coloniales se sont poursuivies de 1990 à 2021 (la guerre que mène actuellement la Russie en Ukraine mérite une publication séparée).

Le conflit armé en Transnistrie (1990-1992)

Le conflit en Transnistrie a été la première expérience de la Russie moderne dans le domaine du « maintien de la paix » colonial (en réalité, une intrusion militaire dans de jeunes pays indépendants) après la chute de l’URSS. C’est aussi l’une des premières fois que la Russie a eu la possibilité de laisser ses anciennes « colonies » (c’est-à-dire les anciennes républiques soviétiques) suivre leur propre voie de manière libre et indépendante. Une possibilité qu’elle a non seulement ignorée… mais exploitée.

La tension couvait en Moldavie depuis 1988. L’URSS avait créé un terrain fertile pour le conflit : elle a fait de la Transnistrie une région administrative autonome, y a stationné la 14e armée soviétique (plus tard russe) et a tenté de forcer le parlement moldave à accepter la langue russe comme seule langue nationale.

Les choses se sont précipitées en 1991-1992, lorsque l’Union soviétique s’est finalement désintégrée et que la Moldavie a été reconnue comme un État indépendant par les Nations Unies. C’était le moment de vérité pour la « nouvelle » Russie… et elle a choisi de rester un empire. Elle ne pouvait pas laisser la Moldavie partir.

Dans la nuit du 1er au 2 mars 1992, des forces irrégulières russes ont attaqué un poste de police en Transnistrie et pris 32 policiers en otage. Des combats ont rapidement éclaté dans les villes moldaves de Dubossary et de Bendery. Les séparatistes ont reçu des véhicules blindés de l’armée russe (un déjà-vu qui rappelle les affirmations russes de 2014 selon lesquelles « les séparatistes de Donetsk ont simplement trouvé des chars abandonnés dans des mines de charbon »).

Pendant le conflit, les forces russes ont bombardé sans cesse les militaires moldaves. L’armée régulière russe basée en Transnistrie comptait 14 000 soldats. Le gouvernement séparatiste local comptait 9 000 soldats armés et entraînés par les Russes. En juillet 1992, après avoir subi de lourdes pertes, la Moldavie a été contrainte de signer un accord de paix avec les agresseurs. Désormais, le conflit est gelé.

La Transnistrie n’est toujours reconnue par aucun autre pays souverain dans le monde. Les troupes russes y sont restées jusqu’en 2022 est sont devenues une force utilisée pour faire du chantage et exercer l’influence russe sur la Moldavie.

Il est également important de tenir compte de l’influence à long terme des ambitions impérialistes de la Russie sur les habitants de régions telles que la Transnistrie. À l’époque soviétique, la Transnistrie était la région la plus riche de Moldavie, représentant 40 % de son PIB.

Après avoir été coincé dans les limbes par la Russie, ce territoire a sombré dans une spirale de pauvreté et de criminalité : il est totalement dépendant des subventions russes, qui vont et viennent (en 2017, la Russie a suspendu ses paiements et la Transnistrie était en passe de voir ses caisses littéralement vides) ; c’est un foyer de contrebande et de ventes d’armes illégales ; de nombreux journalistes et analystes politiques affirment que c’est un pays contrôlé de facto par la mafia locale.

Comme vous le verrez bientôt, où que l’empire russe moderne aille, la misère suit.

La première guerre de Tchétchénie (1994-1996)

Elle fut la première guerre à grande échelle et sanglante de la Russie moderne (en termes de déploiement vraiment massif de son armée et de son armement lourd). Elle deviendra « l’école » des pilotes, des conducteurs de chars et des officiers d’artillerie russes, où ils apprendront à réduire des villes entières en ruines… des connaissances qu’ils utiliseront plus tard en Syrie et ensuite – en Ukraine.

Il faut noter que tout cela s’est déroulé pendant la période de la prétendue « libéralisation russe », l’euphorie de la chute de l’URSS, une époque où Michael Jackson, les Clinton et Arnold Schwarzenegger posaient pour des photos dans un Moscou « nouveau et libre ». L’Occident voulait croire que la liberté et la transformation étaient possibles… mais à cette époque, la Russie était déjà déterminée à faire revivre son empire oppressif. Des guerres coloniales se déroulaient en arrière-plan, sans que le monde démocratique n’y prenne garde.

Les raisons du déclenchement de la guerre sont désespérément similaires : en 1990-1991, un processus politique a débuté en Tchétchénie (une petite république soviétique) avec des appels à quitter l’Union soviétique et à devenir un pays indépendant. Une lutte acharnée s’engage entre les Tchétchènes pro-soviétiques et les Tchétchènes indépendantistes. Ces derniers gagnent finalement et leur leader Dzhokhar Doudaïev reçoit 72,1 % des voix aux élections présidentielles. Cela a créé une panique à Moscou, puisque la Tchétchénie était en train d’échapper à leur contrôle.

Après la chute de l’URSS, dans un virage surréaliste, les décisions du gouvernement russe ont été presque identiques à ce qu’il fera plus tard concernant l’Ukraine en 2014-2022 : Moscou a commencé par financer les mouvements anti-gouvernementaux locaux, leur fournir des armes et envoyer des forces spéciales russes.

Toutes ces mesures ont échoué. Ainsi, en 1994, le président russe Boris Eltsine s’est engagé dans une invasion totale de la Tchétchénie. Les conseillers militaires et de sécurité d’Eltsine l’ont persuadé que « l’opération serait rapide » et que « les habitants accueilleraient les soldats russes avec des fleurs »… littéralement le même conseil qui a été donné à Poutine concernant l’Ukraine et qui a conduit à l’échec spectaculaire de la « Blitzkrieg russe » sur Kyiv. Le manuel de la pensée impériale n’a pas changé en presque 30 ans.

Les hostilités sérieuses qui ont commencé en 1994 incluaient le bombardement d’objets militaires par la Russie, des bombardements aériens et la destruction presque totale de Grozny (la capitale de la Tchétchénie). Le président tchétchène Doudaïev a été assassiné par les forces spéciales russes en 1996. Ce fut le premier d’une longue série d’assassinats politiques de dirigeants tchétchènes par la Russie.

Pour justifier la guerre auprès de ses électeurs, le président russe Eltsine l’a appelée « opération spéciale pour défendre la Russie contre les extrémistes ». Parmi le méli-mélo d’autres excuses du gouvernement russe, citons un prétendu « génocide des Russes en Tchétchénie » et « la Tchétchénie qui exporte des criminels et des terroristes vers notre pays ».

Les combats ont cessé après que l’armée russe a capturé la capitale en ruines de Grozny, mais elle a subi une défaite en essayant de conquérir les régions montagneuses éloignées de la Tchétchénie. Un accord de cessez-le-feu a été signé en juillet 1996, mais la Russie a refusé de se conformer à ses exigences (un autre déjà-vu, dans la mesure où la Russie ne respecte pas les accords de Minsk). La guerre a repris, entraînant cette fois une défaite complète de la Russie et la libération de Grozny par les Tchétchènes. Les accords de Khassaviourt sont signés entre les parties belligérantes le 31 août 1996, gelant le conflit pour les trois années suivantes.

Le nombre de victimes de la guerre est estimé de façon très différente. Les chiffres varient en fonction de la source. Les décès de civils dûs aux bombardements russes se situent entre 10 000 et 200 000 personnes. La Russie a affirmé avoir tué plus de 17 000 soldats tchétchènes. Le Comité des mères de soldats de Russie a estimé à 14 000 le nombre de soldats russes morts ou disparus.

Une crise humanitaire pendant la guerre a forcé 200 000 réfugiés tchétchènes à fuir vers les régions voisines.

La deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2009)

Au lendemain de la première guerre, la Tchétchénie avait un parlement, un gouvernement et une monnaie nationale qui fonctionnaient. Cependant, elle n’était reconnue comme un État indépendant par aucun pays du monde. En outre, la longue histoire des tensions religieuses et ethniques dans la région du Caucase du Nord, alimentée par la menace impériale russe et la chute de l’URSS, a conduit à d’autres conflits régionaux. En août 1999, des batailles ont éclaté entre le Daghestan (une autre ancienne petite république soviétique) et la Tchétchénie. Les dirigeants tchétchènes ont imposé par la force un gouvernement temporaire au Daghestan.

Craignant que la Tchétchénie ne devienne une puissance régionale et ne sépare d’autres républiques de la Russie, Moscou décide une nouvelle fois d’envahir le pays. La rhétorique justifiant l’invasion tourne autour des mêmes lignes usées : les Tchétchènes sont qualifiés de terroristes internationaux cherchant à attaquer la Russie.

Cependant, cette fois, la campagne de propagande a pu aller beaucoup plus loin. Une série d’attaques terroristes a secoué Moscou, Buynaksk et Volgodonsk en septembre 1999. Des centaines de personnes sont mortes. Le gouvernement russe a accusé les terroristes tchétchènes, mais une investigation a révélé par la suite que les principaux suspects étaient d’origine slave et d’Asie centrale. Cependant, au moment où les faits ont été révélés, cela n’avait pas d’importance — l’opinion publique était déjà formée. Le pays était terrifié et prêt à accepter ce que Poutine a présenté comme une « guerre défensive ».

Comme pour la plupart des guerres russes, l’une des forces motrices était la campagne de Poutine pour gagner la confiance des électeurs, se présentant comme un homme fort militaire, « défenseur de l’ordre » et restaurateur de la grandeur impériale de la Russie. La Tchétchénie a marqué sa première tentative de mettre en œuvre cette tactique. C’est là qu’il a appris (ou plutôt réappris du manuel soviétique/tsariste) la stratégie politique et de propagande consistant à mobiliser la société russe pour des invasions, à récolter les bénéfices du soutien des électeurs et à utiliser de « courtes guerres victorieuses » pour distraire les Russes de la misère avec le mythe du « grand et puissant empire ».

Bien qu’il ne soit pas surprenant qu’aucune preuve tangible n’ait jamais été trouvée (dans un pays dirigé par un ancien président du KGB), de nombreux militants et membres de l’opposition sont toujours d’avis que les attaques terroristes supposément menées par la Tchétchénie pourraient être des opérations du FSB. Le contrecoup de ces événements a été entaché de disparitions, d’empoisonnements et de dissimulations concernant des témoins ou des participants aux crimes.

« Il n’y a aucun doute sérieux que Poutine est arrivé au pouvoir à la suite d’un acte de terreur contre son propre peuple. Quelqu’un capable d’un tel crime est capable de tout. L’attitude appropriée à son égard est la dissuasion, pas le partenariat. » – David Setter, journaliste d’investigation.

La deuxième guerre de Tchétchénie s’est caractérisée par une brutalité encore plus extrême à l’égard des civils. Le gouvernement russe l’a qualifiée « d’opération antiterroriste » et pourtant 15 villages de ce minuscule pays ont été détruits par l’aviation russe, laissant 20 000 personnes sans domicile. Grozny a été à nouveau bombardée, cette fois-ci presque transformée en une friche plate.

La guerre, longue et sanglante, a duré 10 ans et s’est terminée par l’occupation russe de la Tchétchénie et l’installation d’un dictateur fidèle au Kremlin – Ramzan Kadyrov (connu aujourd’hui pour la torture et les purges qu’il pratique contre son peuple). Le nombre de victimes de la deuxième guerre de Tchétchénie est estimé entre 50 000 et 80 000 selon diverses sources.

Les deux guerres de Tchétchénie renvoient à un autre aspect rébarbatif de la société et de la politique russes, un aspect qui est désespérément caché par le régime du Kremlin. Comme pour la guerre actuelle entre la Russie et l’Ukraine, le gouvernement avait besoin de mobiliser le pays contre les « autres », car aucune guerre n’est possible sans le soutien de la société.

Puisque les Tchétchènes sont d’une ethnie différente de la population slave des zones métropolitaines telles que Moscou et Saint-Pétersbourg, il y avait un moyen facile (et maléfique) d’unir la société : la rallier contre l’effrayante menace du « criminel islamique ». Plusieurs analystes de la politique russe notent que leur propagande est souvent un miroir déformé, un jeu d’enfants pervers de « ce n’est pas moi, c’est toi ». Si le régime du Kremlin accuse quelqu’un de quelque chose, il est très probable que ce soit la Russie elle-même qui le fasse. Les dérapages freudiens sont une caractéristique stable des mensonges d’État russes.

Même chose pour le Kremlin qui accuse constamment les autres de nazisme. Ils recourent si rapidement à cet argument précisément parce que la Russie elle-même a une histoire sordide de mouvements ultra-nationalistes et de violence raciste. En outre, beaucoup de politiciens en fonction ont un passé sombre. C’est le cas de Dmitriy Rogozin, actuel directeur de l’agence spatiale russe, ancien vice-premier ministre et ancien membre actif du parti ultra-nationaliste RNE (Unité nationale russe), qui a joué un rôle marquant dans les opérations politiques internes des guerres de Tchétchénie.

En fait, ces liens d’extrême droite radicale se sont poursuivis en 2014 et 2022 dans les guerres de la Russie en Ukraine. Les séparatistes de la LNR et DNR et le groupe mercenaire privé du Kremlin, Wagner, ont des liens étroits avec des groupes extrémistes ultra-nationalistes. De quoi rendre les accusations russes contre le bataillon ukrainien Azov encore plus absurdes et hypocrites.

Guerre d’Ossétie du Sud, Guerre d’Abkhazie, Deuxième guerre d’Ossétie du Sud (1991 – 2008)

La chute de l’URSS a une nouvelle fois semé les graines d’un conflit dans la région magnifique mais longtemps éprouvée du Caucase du Sud. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie faisaient partie de la République soviétique de Géorgie. De 1989 à 1993, les tensions entre ces régions soi-disant soviétiques et la Géorgie (qui tentait de consolider ses frontières souveraines) ont tourné aux hostilités armées.

Dans les années 1990, la Russie a limité sa participation aux conflits, en se présentant comme un gardien de la paix. Cependant, elle livrait des armes aux deux parties et ses forces irrégulières soutenaient activement les séparatistes. Sous la pression russe, les deux conflits furent gelés, avec une présence militaire russe pour le « maintien de la paix » dans les deux régions séparatistes. En pratique, cela a créé deux régions sous contrôle russe à cause de leur dépendance économique et militaire — une situation qui peut être utilisée pour faire pression sur la Géorgie (comme la Transnistrie en Moldavie).

La transformation en guerre ouverte entre la Russie et la Géorgie a commencé par des exercices militaires russes à grande échelle dans la région de l’Ossétie du Sud. De nombreux chercheurs open source affirment aujourd’hui (en s’appuyant sur le haut niveau de préparation militaire de la Russie et sur la position de ses troupes) que la Russie a probablement planifié le déroulement de ce conflit.

Les forces d’Ossétie du Sud, financées par la Russie, empiétaient régulièrement sur les territoires géorgiens ; les provocations éventuelles et les assassinats commandés par le Kremlin ont fait monter la tension jusqu’au point d’ébullition ; l’armée russe attendait la réponse de la Géorgie, ce qui lui donnerait une excuse pour l’invasion.

Le 8 août, Moscou a lancé une attaque en masse sur le territoire géorgien sous prétexte de « protéger les citoyens russes ». Les avions russes ont bombardé les villes géorgiennes et les forces terrestres du Kremlin ont occupé les territoires de Géorgie.

« Cette opération est destinée à renforcer la paix ».
– Le président russe Dmitri Medvedev

Les batailles se terminent le 12 août, après que les forces géorgiennes aient été mises sous pression et submergées. L’armée russe, accompagnée de la milice d’Ossétie du Sud, pousse jusqu’à la capitale géorgienne, Tbilissi. La guerre s’est terminée avec l’arrivée à Moscou du président français Nicolas Sarkozy, qui a officiellement négocié la fin des hostilités avec son homologue russe Dmitri Medvedev (une figure que beaucoup voient comme une marionnette de Poutine et qui défend aujourd’hui avec zèle la brutalité de la Russie en Ukraine).

Résultat de la guerre : le parlement russe a reconnu l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie comme des États indépendants (ils ne sont toujours reconnus par aucun autre pays) ; Human Rights Watch a conclu que la Géorgie n’a jamais attaqué délibérément des civils, alors que la Russie a pris pour cible des réfugiés en fuite et des zones résidentielles. La guerre a conduit à : 192 000 réfugiés ; 224 civils tués et 15 disparus ; 547 civils blessés.

Et que se passe-t-il en Abkhazie et en Ossétie du Sud ? Comment se portent-elles aujourd’hui après le « maintien de la paix » et la « protection » russes ? Vous commencerez peut-être à détecter une tendance. Vous vous souvenez que la Transnistrie était la région la plus riche de Moldavie avant l’intervention russe ? À l’époque soviétique, l’Abkhazie était une station balnéaire subtropicale prospère sur la côte de la mer Noire. En 2001, elle était classée parmi les régions les plus pauvres du monde. Après 2008, les touristes russes sont devenus sa principale source de revenus, mettant un pansement sur la pauvreté. Pourtant, l’infrastructure locale s’effrite toujours et (comme en Transnistrie) le soutien de la Russie va et vient, laissant souvent le pays en faillite mais toujours dépendant.

L’Ossétie du Sud est dans une situation similaire : les habitants vivent d’une agriculture de subsistance et la plupart des usines ont fermé. Les subventions russes représentaient 99 % du budget du pays en 2010, mais le « grand empire » ne fournit que le minimum nécessaire pour maintenir la loyauté des élites locales.

La réponse « timide » de la communauté internationale à l’agression russe en Géorgie est aujourd’hui souvent considérée comme ce qui a enhardi le régime de Poutine à poursuivre des invasions similaires, jusqu’à l’annexion de la Crimée, puis l’invasion de certaines parties des régions de Donetsk et de Louhansk, et enfin la guerre à grande échelle en Ukraine en 2022.

En géopolitique, comme dans la vie quotidienne, l’absence de punition encourage habituellement de nouveaux crimes.

Annexion de la Crimée (2014 – aujourd’hui)

L’annexion illégale de la Crimée a été précipitée par la révolution de la Dignité en Ukraine, lorsque le président Viktor Ianoukovitch, soutenu par la Russie, a fui le pays. La lutte des Ukrainiens contre la tyrannie a été gagnée à un prix terrible — des dizaines de manifestants ont été tués et des centaines ont été blessés. La société ukrainienne a triomphé contre un dictateur émergent, car Ianoukovitch était sur le point de répéter l’ascension de Poutine et de Loukachenko au rang de tyrans autoritaires.

Le refus de l’Ukraine de se soumettre à un dirigeant parrainé par la Russie a déclenché une vague de colère et de panique dans les couloirs du Kremlin. Comme dans la plupart des cas d’agression russe, l’escalade s’explique par deux raisons : interne et externe. Tout d’abord, la quête de Poutine pour maintenir sa popularité en Russie. La perte d’influence sur l’Ukraine pouvant être perçue comme un signe de faiblesse, une démonstration de « force » arrogante était donc nécessaire. Deuxièmement, les rêves de la Russie de faire revivre un empire étaient littéralement impossibles sans faire de l’Ukraine (avec son vaste territoire, sa population, son potentiel agricole et industriel) un autre de ses États fantoches.

La région autonome de Crimée, qui fait partie de l’Ukraine, a évidemment été choisie par la Russie pour plusieurs raisons : d’un point de vue militaire, son éloignement du continent ukrainien la rend difficile à défendre contre les invasions ; la Russie y a accès par la mer Noire ; les dirigeants de Crimée avaient des liens profondément corrompus, à moitié criminels, avec Moscou, comme en atteste Sergueï Axionov — qui est essentiellement un politicien véreux et un mafioso installé par le Kremlin au poste de chef illégal de la Crimée annexée. Cet homme était connu sous le nom de « Goblin » dans le syndicat du crime de Crimée, Salem.

Le 27 février, les forces spéciales russes ont saisi les bâtiments du gouvernement dans la principale ville de Crimée, Simferopol. Les membres du parlement local, ralliés par Axionov et soutenus par les soldats russes, ont déclaré qu’ils ne reconnaissaient pas le gouvernement ukrainien comme légitime. Le 1er mars, le Conseil de la Fédération de Russie a donné au président Poutine une permission rétroactive d’utiliser l’armée russe dans la péninsule ukrainienne. C’était une moquerie du droit et des processus démocratiques, puisque les troupes russes étaient déjà sur place et que Poutine n’avait pas besoin d’une « permission » de ses politiciens fantoches.

Le 16 mars, un « référendum sous la menace des armes » a été organisé en violation flagrante de toutes les lois imaginables : il ne respectait pas la constitution ukrainienne ; les non-citoyens pouvaient voter (en fait, tout le monde pouvait voter plusieurs fois) ; les anciens passeports soviétiques étaient acceptés comme pièces d’identité ; les résultats ont été annoncés UNE HEURE après la fermeture des bureaux de vote, ce qui montre de manière flagrante qu’aucun comptage réel n’a été effectué. Il a été déclaré que 96,57 % des Criméens ont voté pour rejoindre la Russie et que le taux de participation a dépassé 85 %.

Tandis que cet acte particulier d’agression russe était relativement peu sanglant comparé à d’autres, une cruauté invisible s’est rapidement manifestée derrière son nouveau rideau de fer. Et cette cruauté s’inscrivait dans la continuité d’une autre tradition impérialiste russe : l’oppression brutale des minorités ethniques. La population indigène de Crimée avait déjà été déportée une fois par Staline en 1944 : près de 200 000 personnes ont été entassées dans des trains à bestiaux et envoyées à des milliers de kilomètres de là. 8000 personnes sont mortes en route à cause des conditions inhumaines. En 2014, avec une « Russie nouvelle et démocratique », les Tatars ont été confrontés à une horreur similaire : raids dans leurs maisons, arrestations illégales, passages à tabac, torture et disparitions.

En Russie, la réaction à l’annexion variait de l’acceptation indifférente à l’extase patriotique. La tactique de la « petite guerre victorieuse » employée par Poutine a apporté une satisfaction idéologique à la population en guise de substitut à la prospérité réelle (puisque les milliards de dollars tirés des exportations de pétrole ont à peine touché leur vie). Même l’opposition farouche de Poutine, le leader prétendument libéral Alexeï Navalny a déclaré : « La Crimée restera avec la Russie dans un avenir prévisible. Ce n’est pas un sandwich qu’on peut se passer. »

Guerre du Donbass (2014 – aujourd’hui)

N’ayant reçu aucune punition significative de la part de la communauté internationale pour avoir annexé la Crimée, les appétits de Poutine et de son gouvernement se sont accrus. En avril 2014, l’officier du FSB Igor Girkin (alias Strelkov), a franchi la frontière ukrainienne avec un détachement des forces spéciales russes et s’est emparé de la ville de Sloviansk. Kramatorsk et Druzhkivka ont été capturées peu après. Les criminels et les séparatistes locaux ont été armés et transformés en milice. La guerre russe en Ukraine orientale a commencé.

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Deux autres référendums sous la menace des armes, avec les mêmes violations du droit ukrainien et international, ont été organisés dans les districts occupés des régions de Donetsk et de Louhansk. Le 25 septembre 2014, le ministère des Affaires étrangères de la Russie a déclaré les régions occupées comme « Novorossiya » (Nouvelle Russie).

Le fait que l’occupation ait été conduite par les forces russes n’est aujourd’hui plus un secret. Des chercheurs open source ont découvert que des soldats professionnels russes étaient en service dans le Donbass depuis 2014 : au minimum la 61e brigade de marine et la 200e brigade de fusiliers motorisés de la flotte russe du Nord. Tout indique que bon nombre des soi-disant rebelles locaux étaient, en fait, des soldats russes hors de leur uniforme régulier.

Quant au reste des militants, vous pouvez observer la même tactique russe que celle utilisée dans toutes les autres guerres citées ci-dessus — armer les séparatistes locaux et les criminels avec des armes militaires de haute qualité. Cela inclut à la fois les véhicules blindés utilisés pour combattre l’armée ukrainienne et les roquettes utilisées pour abattre l’avion de ligne néerlandais MH-17.

Malgré la volonté du gouvernement ukrainien de négocier pacifiquement, aucun accord avec la Russie n’a jamais apporté de paix durable. La partie russe a violé de multiples cessez-le-feu. Les criminels locaux munis d’armes russes et même l’artillerie russe basée à la frontière ont continué à tuer des Ukrainiens.

Girkin admettra plus tard que l’invasion russe a transformé les parties occupées de Donetsk et de Luhansk en un terrain vague criminel. Depuis que l’Ukraine a perdu le contrôle de ces régions, l’ONU a signalé une anarchie croissante, des cas d’assassinats ciblés, de torture et d’enlèvement, perpétrés par les forces de la soi-disant République populaire de Donetsk. Les journalistes internationaux, les observateurs et les habitants soupçonnés d’avoir un lien quelconque avec l’Ukraine risquaient de « disparaître ».

En réalité, cette guerre ne s’est jamais arrêtée. L’Ukraine la mène depuis 2014, oubliée par le reste du monde. En 2022, la guerre a simplement englouti le pays tout entier, avec l’invasion à grande échelle de la Russie.

L’agression russe de 2014-2021 dans le Donbass a causé la mort de plus de 13 000 Ukrainiens (3 375 civils), plus de 1,8 million de réfugiés internes, 251 otages détenus dans les territoires occupés et 410 personnes disparues.

Intervention militaire de la Russie en Syrie (2015 – aujourd’hui)

« Il va faire pareil qu’à Alep sur l’Ukraine maintenant, n’est-ce pas ? C’est fou que ce que nous avons vécu il y a quelques années soit rejoué presque image par image en Ukraine. »
– l-Khatib, un Syrien d’Alep, après avoir vu des images de l’Ukraine bombardée en 2022.

La guerre en Syrie est l’un des conflits les plus complexes et les plus controversés des temps modernes. L’enchevêtrement des disputes religieuses, politiques et sociales, ainsi que la présence de puissances étrangères dans le pays suscitent des débats passionnés. Ce qui ne fait pas l’objet d’une grande controverse, c’est la brutalité de l’armée russe dans son soutien au régime d’Assad. Les informations sur le bombardement des zones civiles ont été bien étudiées, au point que des militants ont créé une base de données des frappes aériennes russes contre les civils, étayée par des vidéos et d’autres preuves.

Pour soutenir les ambitions impérialistes de la Russie à l’étranger, le 30 septembre 2015, le Conseil de la Fédération de Russie a autorisé l’utilisation des forces militaires du pays (surtout – son aviation et son artillerie) en Syrie. Depuis lors, 1418 incidents au cours desquels les forces russes ont ciblé des zones civiles sans valeur militaire ont été identifiés. Et il ne s’agit que de ceux pour lesquels des preuves vidéo ont été confirmées.

« Les attaques aériennes russes semblent avoir directement ciblé des civils ou des installations civiles… et même des établissements médicaux, causant morts et blessures. »
— Philip Luther, directeur MENA à Amnesty International

Fidèle à lui-même, le gouvernement russe a nié ses attaques inhumaines et a tenté de les cacher par des contrefaçons et la propagande. L’une des tactiques russes les plus choquantes en Syrie a été le bombardement ciblé d’hôpitaux civils dans les zones alliées aux rebelles. En 2018, les frappes russes auraient tué 18 000 Syriens, dont la moitié — des personnes civiles. La guerre s’est ralentie depuis lors, mais ne s’est pas arrêtée en raison de la présence russe continue. La moitié de la population du pays (~12 millions de personnes) est devenue des réfugiés.

« C’est une très mauvaise idée de marquer les bâtiments avec des croix rouges et des mots comme ‘Enfants’ quand on mène une guerre avec eux [les Russes]. Dans la Syrie de septembre 2015, les insurgés ont — via les Casques Blancs et l’ONU — informé le QG russe … de chaque hôpital dans les zones qu’ils tiennent. Ils ont fourni des coordonnées précises, s’attendant à ce que le VKS [l’aviation russe] les évite. Les Russes ont bombardé tous les hôpitaux en question, puis ont lancé une campagne de diffamation contre les Casques Blancs, les désignant comme des « djihadistes ». Lorsque les insurgés ont commencé à cacher leurs hôpitaux, les Russes ont obtenu d’une manière ou d’une autre les coordonnées de ceux-ci… et les ont également bombardés. Sans exception. »
– Tom Cooper, analyste militaire autrichien, en réponse au bombardement du théâtre de Marioupol, où ~1000 civils ukrainiens ont été ciblés malgré le mot “Enfants” inscrit en grosses lettres, visible du ciel.

Pour de nombreux Syriens qui ont vécu l’enfer créé par l’armée russe, le bras de fer global actuel avec Poutine semble être leur dernier espoir de justice. Le Kremlin n’a pas été tenu responsable des bombardements de civils en 2015-2021, mais peut-être que la punition de l’armée russe pour les crimes de guerre en Ukraine pourrait conduire à une certaine forme de responsabilité.

« Ils ont employé tout ce qu’ils pouvaient à Alep, et même si je ne veux pas le voir, je ne serais pas surpris qu’ils commencent à utiliser les mêmes avions, bombes et missiles pour cibler les civils en Ukraine. Je suis heureux de voir que le monde commence enfin à prêter attention à ce que fait la Russie… Nous espérons qu’il [Poutine] pourra enfin être tenu responsable afin qu’au moins une certaine forme de justice puisse nous être rendue à nous, Syriens », déclare Mustafa al-Qaseem, qui vivait à Alep et qui vit désormais en Allemagne.

Les raisons du soutien de la société : une crise économique permanente et une histoire de culture impérialiste

Tout au long de la plupart des guerres et des invasions décrites ci-dessus, la réaction de la majorité de la population russe oscillait entre la célébration joyeuse et l’acceptation passive. Le monde civilisé sous-estime ce soutien social ou a du mal à comprendre pourquoi il existe. Il est naturellement difficile de se rendre compte, par exemple, qu’en 2019, Joseph Staline, l’un des meurtriers de masse les plus notoires de l’histoire, obtenait une popularité de 70 % (plus que Poutine) parmi les Russes, selon l’institut de sondage indépendant Levada Center.

Cette situation s’explique par des raisons multiples et complexes. La version courte est la suivante : la Russie oscille à la limite de l’effondrement social depuis des siècles. Il est difficile de maintenir ensemble un empire de cette taille (la Russie est le plus grand pays du monde par sa superficie), avec des peuples aussi hétérogènes (193 groupes ethniques), sur une terre aussi inhospitalière, sans un mythe pour les unifier, sans faire appel aux instincts primaires des humains. Ce mythe a toujours tourné autour d’un grand empire, avec de grandes conquêtes militaires et un « destin russe unique ».

« Ce dont notre pays a besoin, c’est d’une guerre courte et victorieuse pour freiner la marée de la révolution. »
– Vyacheslav von Plehve, directeur de la police impériale russe, 1904, à propos de la guerre russo-japonaise.

Il existe un cycle bien établi dans l’histoire russe : pauvreté – guerre – troubles civils – nouvelle dictature. Rincer et répéter. Il existait dans la Russie tsariste et même dans l’Union soviétique. La Russie moderne a poursuivi ce cycle. Alors que le budget de l’État engrangeait des milliers de milliards grâce aux exportations d’énergie, les Russes vivaient toujours au bord de l’effondrement démographique, économique et social. La pauvreté, le désespoir et le manque d’éducation sont un terrain fertile pour la culture impérialiste… car vers quoi d’autre le peuple peut-il se tourner pour trouver un sens ? Comment peuvent-ils s’expliquer pourquoi le pays existe dans cette taille et cet état ? Il y une demande pour le mythe impérial… parce qu’il est nécessaire pour justifier l’existence d’un empire de facto.

Il est plus facile de continuer à croire au « destin exceptionnel de la Russie » que de se battre pour un pays prospère et libre ou de questionner sa place dans le monde.

Mais ne vous fiez pas à l’auteur de cet article, fiez-vous à Boris Nemtsov, un leader de l’opposition russe que Poutine considérait comme tellement dangereux qu’il l’a probablement fait assassiner. Voyez ce que Nemtsov dit sur le niveau de soutien du peuple russe à la guerre en Géorgie en 2008 :

Plus encore, la Russie semble apporter ce modèle de société de « pauvreté fertilisant l’idéologie impérialiste » partout où elle va : tout est obtenu par la force et tout est investi dans la corruption et la violence. Qu’il s’agisse de transformer les régions occupées de l’Ukraine en une terre appauvrie et anarchique, de geler la Transnistrie dans la crise économique de l’ère soviétique ou de détruire l’avenir de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. L’influence colonialiste de la Russie laisse chaque territoire pire qu’il ne l’a trouvé.

Le caractère particulier de l’empire moderne russe est d’occuper des territoires et de les tirer en arrière, loin du progrès. C’est peut-être en lien direct avec la façon dont le modèle d’État de la Moscovie (nom historique de la Russie avant le 17e siècle) a été conçu : comme un vassal de l’Empire mongol, recueillant les ressources des royaumes slaves voisins que la Horde d’or avait conquis.

Une autre pièce importante du puzzle est, bien évidemment, la célèbre machine de propagande du Kremlin. La Communauté internationale ne voit toutefois que la partie émergée de l’iceberg. La propagande s’est infiltrée dans la vie quotidienne et la culture russes. Ce ne sont pas les hurlements de fous « imitateurs de Goebbels » qui ont le plus d’effet. C’est la puissance douce, l’influence discrète au quotidien qui déforme les esprits. Les dessins animés pour enfants contenant des mensonges flagrants et des messages politiques insidieux. Les pique-niques familiaux à thème militaire. Les organisations de jeunesse russes qui ressemblent de manière inquiétante à la Hitlerjugend.

Comment lutter contre la propagande alors qu’elle est devenue partie intégrante de la routine et de l’identité des individus ? Certains psychologues comparent les effets d’une propagande prolongée à l’endoctrinement dans des sectes — l’une des plus horribles formes de déformation de l’esprit, même lorsqu’il s’agit de personnes bien éduquées et nanties. Tous les Russes sont-ils affligés d’une telle altération ? Bien sûr que non, l’humanité et l’empathie survivent même dans les circonstances les plus sombres. Mais il est de plus en plus difficile de nier que le problème de psychologie sociale sévit à grande échelle en Russie.

La photo du haut est un groupe de Moonies bénis par leur messie… La photo du bas est la jeunesse hitlérienne… Je dois m’avouer, avec une grande répulsion, que je comprends. Je comprends comment cela peut arriver. Je comprends comment un cerveau, comment un esprit peut en arriver à un point où il est logique… d’essayer de sauver le monde par un génocide.

Si vous regardiez mon cerveau, ou tout autre cerveau touché par une infection virale mémétique comme celle-ci, et que vous le compariez à n’importe qui dans cette salle, ou à quiconque utilisant régulièrement la pensée critique, je suis convaincu qu’il serait très, très différent.

– Diane Benscoter, expliquant sa jeunesse en tant que membre d’une secte dans son discours TED.

Ces trente années ont eu un impact profond sur les citoyens russes. Il faut savoir que ce n’était pas un phénomène nouveau : il a atterri sur le terrain fertile de l’idéologie tsariste et soviétique précédentes, passées des parents à leurs enfants. Cela explique la volonté de 200 000 jeunes hommes russes de violer et de tuer en Ukraine. Ainsi, l’endoctrinement des enfants dans l’idéologie militariste à un âge le plus jeune possible a toujours été un élément important de la politique et des institutions de la Russie moderne. Peu a changé en 30 ans, comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessous.

À mesure que la technologie progresse au XXIe siècle, beaucoup d’entre nous pensent que les dangers du futur ressemblent au Meilleur des mondes » de Huxley… un monde de décadence, de divertissement et de superficialité. Mais il semble que la Russie préfère les classiques plus connus.

La guerre, c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance est une force. Ces phrases tirées du monde fictif d’Orwell, « 1984 », sont inscrites en lettres géantes sur la pyramide blanche du ministère de la Vérité. On peut se demander : si l’on gratte les murs du Kremlin, les mêmes mots ne pourraient-ils pas apparaître comme l’inspiration politique et culturelle de la Russie ?

L’Allemagne d’après-guerre a dû parcourir un long et douloureux chemin pour effacer son passé sanglant et devenir le pays le plus prospère d’Europe. Elle a perdu son armée, a dû payer des réparations et reconnaître les horreurs qu’elle avait fait subir à l’Europe.

Mais si les signes de maladie sociale en Russie sont aussi graves qu’ils le semblent, le monde pourrait être confronté à un défi encore plus difficile qu’avec une Allemagne vaincue en 1945.

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteur:

Ivan Chovkoplias

Rédactrice en chef:

Natalia Ponedilok

Rédactrice:

Ania Yablutchna

Éditeur photo:

Yurij Stefaniak

Responsable de contenu:

Kateryna Yuzefyk

Traductrice:

Nalini Ratnakar

Éditrice de traduction:

Faustine Felici