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Bien qu’aujourd’hui les réseaux sociaux soient aussi développés, la radio, ce véritable « Facebook » des années 60, continue d’exister. Ce « réseau social » a été largement utilisé dans la seconde moitié du XXème siècle et son usage persiste toujours. Des milliers de personnes s’en servent pour rester en contact grâce aux ondes courtes. Dans cet article, on vous raconte l’histoire des deux radio-amateurs de la ville de Svitlovodsk.

Les radio-amateurs sont des personnes passionnées par la communication via les ondes radio. Ils créent des dispositifs spéciaux à leurdomicile et communiquent avec leurs « collègues » venant de pays lointains. Grâce à la radio, il est également possible de participer aux compétitions et/ou expéditions radiophoniques. Au milieu du XXème siècle, ce phénomène s’est répandu dans toute l’URSS.

Grâce à ce passe-temps, les radio-amateurs ont pu recevoir différentes informations, apprendre des nouvelles et discuter avec des étrangers bien avant que le réseau Internet soit déployé. Dans les années 50, en Ukraine, cette occupation est devenue si populaire que beaucoup de gens n’hésitaient pas à dépenser leur argent et leur temps libre afin d’améliorer leur équipement et avoir accès aux nouvelles connaissances.

Le premier Ukrainien à faire des expérimentations avec les ondes radio sur le territoire de l’empire russe fut Sergiy Zhydkovskiy, originaire de la ville de Zhmerynka. En 1912, il construisit par lui-même une station radio pouvant faire des échanges dans un rayon de deux verstes (ancienne mesure de longueur utilisée en Russie valant environ 1 066,8 mètres). Plus tard, Sergiy Zhydkovskiy fut arrêté et soupçonné d’espionnage.

La plupart des radio-amateurs vivent aujourd’hui aux États-Unis. En 2019, selon les statistiques, on compte plus de 700 mille personnes. Et en deuxième place se trouve le Japon où en 2015 il y avait plus de 400 mille personnes. En Ukraine, selon les données au début des années 2000, il y avait plus de 17 mille radio-amateurs.

Leonid Pasko s’intéresse à la communication radio depuis plus de 50 ans. Chez lui, à la ville de Svitlovodsk, il communique avec ses collègues ukrainiens ainsi qu’avec des étrangers grâce à sa station radio domestique.

— On peut avoir un but quelconque. Certains veulent voir comment établir une connexion avec des différents pays et obtenir la confirmation de cette connexion établie. D’autres aiment concevoir des appareils qui diffuseraient des ondes à des milliers de kilomètres. D’autres encore participent à des compétitions qui ont lieu chaque semaine dans des différents pays.

L’avènement des appareils électriques ainsi que de la communication à distance dans l’ex-Union soviétique se faisait progressivement. Léonid raconte comment émergeait l’accès à la communication radio en Ukraine :

— Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, j’allais à l’école où nous n’avions pas d’électricité. A la fin des années 50, le gouvernement a fait quelques réformes pour relancer l’économie de pays. Ainsi, on installe des fils électriques et des centrales électriques. Et puisqu’il y avait de l’électricité, il y avait également des fils de communication. Les programmes d’État ont été lancés afin de permettre au peuple d’avoir des motos, des voitures, des postes de radio (avant ces mesures, il n’était pas possible d’acheter ces biens). Avant 1954-1956, si vous aviez un poste de radio, alors il était obligatoire de le déclarer auprès des autorités.

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YouTube ou le SoundCloud soviétique

Le récepteur radio « Baltika » était celui que Leonid préférait. Ce récepteur a été conçu en Lettonie dans les années 1954-1957 selon les dessins techniques allemands d’après-guerre.

La communication radio était un passe-temps préféré des adolescents soviétiques de cette époque. En Ukraine, de 1930 à 1941, on publiait un mensuel scientifique « Radio » où il était possible de trouver des schémas pour construire des appareils radio ainsi que des informations utiles pour ceux qui s’intéressent à ce sujet-là. (En URSS, ce mensuel a été publié à partir du 1924). Les jeunes qui concevaient des magnétophones ou des lecteurs vinyles à leur domicile pouvaient diffuser alors de la musique.

— La chanson populaire à cette époque « Reine de beauté » de Muslim Magomayev ou « Girl » des Beatles pouvait être diffusée en un jour à travers toute l’Union soviétique. Dans toute l’URSS, il y avait des clubs de jeunes techniciens où chaque écolier pouvait apprendre à souder. Cela favorisait le niveau d’éducation technique des jeunes. Tout cela a duré jusqu’au tout début du « Printemps de Prague » en 1968 où les manifestants tchèques se sont mis à utiliser la radio à ondes courtes.

En 1968, il y a eu une série de manifestations en République Tchèque afin de manifester contre l’emprise de l’Union soviétique sur leur pays. Dans le soulèvement nommé « Le printemps de Prague » participaient également les amateurs radio. Pour empêcher une telle résistance, le Parti communiste de l’URSS a décidé de détruire ce mouvement des radio-amateurs. Il n’a été relancé qu’en 1971.

Sous le régime communiste, afin de devenir radio-amateur et obtenir une licence, il fallait passer un test dont la durée pouvait atteindre 2 ans. On vérifiait si le candidat était compétent, connaissait les mécanismes de son équipement, s’il avait des relations à l’étranger, s’il avait servi dans une armée étrangère.

Aujourd’hui, pour s’occuper de l’ingénierie radio, il faut également avoir une licence délivrée par l’Agence nationale en communication. En plus de la licence, l’Agence attribue à chaque participant un nom de code. C’est à l’aide de ce pseudo que les radio-amateurs s’identifient.

Mécanismes de communication

Les différents pays se connectent grâce aux ondes radio dont la longueur peut être différente. Ces ondes peuvent être ultra-longues, longues, moyennes, courtes et ultra-courtes.

La bande en ondes courtes permet d’écouter des stations repérées sur la bande de diffusion. Elle sert également à la communication amateur et professionnelle. Dès la création de la radio, les ondes courtes n’étaient pas considérées en tant qu’ondes importantes, ainsi la bande en ondes courtes servait de champ d’expérimentation pour les amateurs.

Afin d’établir une connexion avec un autre pays, il convient d’avoir une antenne séparée. Leonid dispose de plusieurs antennes haute fréquence qui permettent de communiquer avec des pays lointains, par exemple : l’Australie, le Japon, les États-Unis. Il a également deux antennes pour capter des basses fréquences. Une telle antenne capte dans un rayon de 1000 km, et l’autre dans un rayon d’environ 5000 km.

— Pourquoi les gens s’intéressent-t-ils à la radio ? Ce processus est très similaire à la cueillette de champignons, à la chasse, etc. On est à l’antenne et on attend qu’une chaîne de communication s’ouvre, par exemple sur une île éloignée. Et puis, en profitant de cet instant, on communique, on reçoit une carte QSL et on en est fier.

CARTE QSL
C’est un accusé de réception qui prouve l’établissement d’une connexion réussie entre deux stations radio-amateurs.

Les cartes QSL confirment que la liaison bidirectionnelle entre deux stations radio a été réussie. Les cartes QSL sont au format similaire aux cartes postales en papier. Il est possible de les envoyer par courrier ordinaire ou par courrier électronique.

Leonid Pasko dit que la vitesse et la qualité de la connexion radio dépendent de plusieurs choses. Par exemple, tout est question de l’emplacement du soleil courant la journée, de la saisonnalité ainsi que d’autres facteurs :

— Les ondes électromagnétiques venant du soleil bombardent l’air en le décomposant en ions et électrons. Ainsi, des nuages ionisés se forment. Cela fait que le signal de ma station radio à Svitlovodsk frappe ces nuages comme un miroir, se reflète et atterrit à Tokyo. Dans ce cas-là, je capte très bien à Tokyo.

D’une certaine façon, la communication radio est une compétition. Qui arrivera à capter ? Est-ce qu’on arrivera à se connecter à une île lointaine ou à un pays lointain ?

Puisque Leonid se sert principalement d’ondes courtes, sa connexion s’établit périodiquement. Du coup, c’est pour cela qu’il est important d’avoir le temps de saisir le signal à ses débuts. L’homme explique que ces différentes couches de l’ionosphère influencent différemment la propagation du signal de la bande en ondes courtes :

— Il y a une couche D, il s’agit d’une couche qui absorbe des ondes radio. Cette couche ne transmet pas de signal, mais l’absorbe. Et pour que nous puissions contacter la Grande-Bretagne, par exemple, alors il ne faut pas avoir de couche D. En revanche, il faut avoir une couche E, une couche qui reflèterait notre signal.

Si le radio-amateur ne possède pas de logiciel qui surveille l’apparition de signaux de communication, alors à tout moment il doit être prêt et de surveiller ce qui se passe à l’antenne.

— Il arrive parfois que les signaux proviennent du Japon. Ils peuvent aussi se manifester à l’Est ou bien à l’Ouest. Il y a plusieurs chemins d’où ils peuvent arriver. Eh bien, c’est toute une science !

Léonid

Il n’est pas difficile de trouver la maison de Léonid à Svitlovodsk : d’énormes antennes sur le toit de sa maison sont visibles de loin. Il a conçu son premier récepteur quand il était encore au collège. A cette époque, la passion pour la radio était une certaine sous-culture.

— Je suis né sous Staline, mais quand je suis allé à l’école, une autre ère a commencé : on s’est mis à critiquer le stalinisme, certaines libertés sont apparues. Les jeunes notamment ont commencé à voyager grâce aux ondes radio. Ils voulaient avoir accès aux nouvelles connaissances qui auparavant étaient interdites. Les Beatles ou les Rolling Stones ont été interdits, mais ils ne pouvaient pas être interdits s’il s’agissait d’ondes courtes.

Léonid s’est passionné pour les ondes radio grâce à son voisin qui avait un poste de radio domestique.

— Mon voisin m’a montré que dans un haut-parleur, attaché au mur, on peut régler le son et passer en mode micro. C’est comme ça qu’on a pu entendre une voix qui sortait de là-bas. Pour moi, c’était un choc terrible. Et lorsqu’il m’a montré qu’on peut y insérer trois fils et discuter avec ses camarades de classe, cela m’a rendu vraiment malade. Je suis tombé fou de la radio. Dans ma classe, il y avait probablement neuf garçons. Et alors, sept d’entre eux se sont intéressés à la radio.

Après avoir fini ses études d’histoire à la ville de Dnipro (anciennement appelée Dnipropetrovsk), Léonid réparait des sous-marins nucléaires à l’usine de Zirka, située dans la région de l’extrême-orient de l’URSS. Ensuite, il a fait son service militaire dans la marine, à Sébastopol. Selon lui, il y avait une pénurie constante d’opérateurs radiotélégraphistes. Ainsi, il a eu l’opportunité de voyager en mer Méditerranée et en mer Noire, en Bulgarie, en Géorgie, en Syrie, en Algérie, en Égypte et en Guinée.

Le temps, quand l’URSS était dirigé par Joseph Staline, n’était pas un temps facile pour les radio-amateurs. Il y avait beaucoup d’oppressions et même de répressions. La connexion radio quelconque était contrôlée par les autorités soviétiques qui considéraient tout propriétaire d’une station radio non-déclarée comme espion. Tout a un peu changé après l’arrivée au pouvoir de Nikita Khrouchtchev :

— Sous Khrouchtchev tout allait bien même si mes parents vivaient encore dans la peur. Une fois, je rentre à la maison et je ne trouve pas mon récepteur « Baltika ». Je sors de la maison et vois que ses restes brûlent dans le jardin. Mon père travaillait tout le temps dans les champs et il ne connaissait pas ce que je faisais lors de mon temps libre. Et quand il est venu à la maison, quand il a appris de quoi il s’agit, il a alors eu tout de suite le réflexe. Pour lui il s’agissait de la communication radio, des ondes radio etc… Ensuite, pour ne pas provoquer le destin, il a coupé ce récepteur en morceaux pour ensuite le brûler.

Et s’il n’y avait pas d’un tel incident avec ce récepteur brûlé, alors, estime Léonid, je n’aurais jamais développé une telle passion pour la radio tout en devenant un véritable radio-amateur :

— Si cet acte de mon père n’avait pas eu lieu, alors j’aurais pu en avoir marre et tout simplement oublier cette passion. Mais on désire toujours ce qui est interdit. Ainsi, un simple passe-temps s’est transformé en une « maladie » à vie. Et la radio m’aidait constamment, dans la vie de tous les jours.

Toute une communauté s’est formée autour de cette passion pour la radio. Dans n’importe quelle ville, les amateurs de radio peuvent se retrouver, il suffit de suivre les antennes installées sur les toits.

— Si je suis quelque part et que je vois qu’il y a une antenne installée, je vais voir cette personne. Je sais que c’est mon collègue et il va comprendre.

Il existe également un lien avec la Russie bien qu’il soit soumis à des réglementations contrôlées. On n’aborde pas les questions religieuses ou politiques. La communication avec les Russes dépend des zones géographiques :

— On voit clairement qu’il existe une guerre informationnelle. Et sinon, on communique de la même manière comme c’était auparavant. Vous avez vu comment on a discuté avec la ville de Belgorod. Ils sympathisent. Et lorsqu’il s’agit de cette Russie profonde (Tambov, Nizhny Novgorod), ils sont chaleureux quand on communique avec eux. Et ici, plus près de nous — à Krasnodar, à Belgorod, à Voronezh — ils sont presque Ukrainiens mais qui ont oublié leur langue et se sont séparés de l’Ukraine.

« Plast »

A Svitlovodsk, Léonid Pasko enseignait l’histoire à l’école pendant plusieurs années. L’enseignant se souvient alors comment en 1995 il a découvert « Plast ». « Plast » est une organisation de scouts en Ukraine qui s’occupe de l’éducation des jeunes.
Léonid a visité son premier camp dans la ville de Bolekhiv qui se situe dans les contreforts des Carpates ukrainiennes. Depuis, il a décidé de développer « Plast » à Svitlovodsk également. Pour lui, ce mouvement de scouts est un système d’éducation parfait.

— L’école ordinaire ne représente que 10% de ce qu’un enfant peut avoir chez « Plast ». Les enfants qui fréquentaient « Plast » à Svitlovodsk, ont fondé des familles stables, ont bien terminé leurs études et ont globalement réussi dans leur vie. Ils n’ont pas créé de problèmes à l’âge adolescent ni pour leur parents, ni pour l’Etat. Ils n’ont besoin de personne, en revanche ils sont capables d’aider tous ceux qui ont besoin d’aide.

Au sein de « Plast », son leader crée des itinéraires de randonnées pédestres afin de découvrir l’histoire locale, découvrir les montagnes ou encore passer des nuitées en bord de mer. Léonid organise également différents camps thématiques : cyclistes, littéraires, éducatifs etc. Les membres de « Plast » de Svitlovodsk ont déjà visité des sites liés à l’histoire des cosaques ukrainiens qui se situent à Chyhyryn, à Nikopol, à Soubotiv.

On ne peut aimer l’Ukraine que si on la connaît, dit Léonid. Pour que les enfants puissent explorer leur pays et se sentir impliqués, il a commencé donc à organiser ses randonnées :

— Pour qu’un enfant devienne patriote, il faut l’emmener dans les montagnes, pour qu’il voie à quoi ressemble une véritable forêt d’épinettes. Laissez-le cueillir des myrtilles, des cerises, des fraises… donnez-lui une occasion de sentir la terre sur laquelle il vit ! Il est également important de lui présenter l’héritage historique de son pays. Ne lui donnez que de la qualité : de la musique, des films, des livres. Et dans ces conditions, cet enfant n’aura plus besoin qu’on lui parle de l’Ukraine. L’Ukraine coule déjà dans ses veines !

Auteur : Léonid Pasko

Pour faire ses randonnées, Léonid a même conçu un appareil spécial permettant d’émettre et de recevoir des signaux. Un émetteur-récepteur fait main. Cet appareil permet aux radioamateurs de travailler sur le terrain.

En plus de diriger « Plast », Leonid organise des cours dans un club de jeunes techniciens de la radio. Il y travaille depuis les années 80, il enseigne l’électronique aux enfants d’âge scolaire en essayant d’adopter une approche personnalisée pour chaque enfant.

— Les enfants veulent construire quelque chose par eux-même plutôt que communiquer via la radio. La plupart des enfants qui fréquentent notre club, savent souder à partir de l’âge de 9 ans. Tous les garçons fréquentant mon club savent construire et concevoir une station radio.

Photos issues de l’archive personnelle de Léonid

Leonid partage sa passion avec tous ceux qui fréquentent son club :

— Changer le monde, c’est s’investir dans ce monde, c’est-à-dire sentir que les jours ne passent pas en vain. C’est assumer sa responsabilité envers sa famille, envers la société. C’est aussi aider les enfants, si possible. Je pourrais travailler en tant que contrôleur d’équipement pour 200 hryvnias mais j’ai choisi le travail dans le club pour 90 hryvnias.

Les participants du club participent chaque année à Jamboree On The Air (JOTA), un évènement annuel organisé par l’organisation mondiale du mouvement scout. Ce sont des rencontres alternatives des scouts qui ont lieu fin octobre. JOTA a été créé dans les années 1950 par le radio-amateur anglais Leslie Mitchell. Les participants communiquent entre eux grâce à leurs stations radio à ondes courtes, échangent leurs expériences, se familiarisent avec le monde de l’électronique. En plus de JOTA en présentiel, il y a Jamboree sur Internet (JOTI). Les deux évènements se déroulent simultanément.

— Ce sont des rencontres de scouts du monde entier. Et la radio n’y est pas obligatoire, on peut aller également sur Skype, Twitter, etc. C’est plutôt une rencontre internationale où les enfants partagent leurs impressions de l’année écoulée. Comme ce qu’ils ont vu, où ils ont voyagé, etc.

Leonid pense que « Plast » a perdu un peu sa popularité courant ces dernières années.

— Quand on a lancé « Plast » à Svitlovodsk, c’était un grand casse-tête pour les parents à savoir comment organiser le loisir de leurs enfants. Et nous, avec des moyens très modestes, nous étions capables d’offrir aux enfants des activités très variées. Maintenant, les parents peuvent aller avec leurs enfants en Grèce, en Turquie ou ailleurs. Et si avant chaque maman était consciente que son enfant allait avoir des pieds mouillés, des ampoules, des nuits sans sommeil etc. Alors maintenant, on préfère un plus grand confort de vie pour ses enfants.

La montagne Popadia, 2018. Photo issue de l’archive personnelle de Leonid.

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La chaîne de montagnes Gorgany, Carpates ukrainiennes, 2019. Photo issue de l’archive personnelle de Leonid.

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Littérature interdite

A l’époque soviétique, Leonid Pasko a rejoint le samizdat, un mouvement dissident dont le but principal était de publier des ouvrages littéraires, philosophiques et sociopolitiques sans la censure soviétique. Léonid se souvient qu’il a fait de très grands efforts pour trouver des livres et apaiser sa faim spirituelle.

— Il n’était pas possible d’acheter ces livres dans une librairie normale, uniquement en samizdat. Vous voyez maintenant combien d’efforts on faisait à l’époque. Maintenant, tout est en vente, tout le monde peut lire ce qu’il veut.

Il était particulièrement difficile de trouver des livres philosophiques ou historiques. A cette époque, le seul endroit où on pouvait trouver ce type de livres était la bibliothèque Lénine de Moscou.

— Afin d’étudier l’histoire de ma région, j’ai été obligé de demander des copies de l’ouvrage de l’historien Dmitri Yavornytsky à la bibliothèque Lénine de Moscou. A cette époque, rien que pour le fait que vous lisez l’histoire de l’Ukraine et que vous avez un ouvrage de Mykhailo Hrushevsky chez vous, on pouvait vous punir.

Léonid a sa propre collection de samizdats, c’est-à-dire des livres photocopiés et interdits en URSS. En même temps, Léonid s’est beaucoup intéressé à la philosophie indienne, à la médecine alternative. Étant père de trois enfants, il étudiait différentes méthodes comment soigner grâce aux herbes et au yoga. Par exemple, pour soigner la gorge, il faut pratiquer l’asana « lion ». Les locaux appellent Léonid « un yogi ».

— Qu’est-ce que les gens veulent ? Avoir de l’espace et de la liberté. Avoir un espace de travail. La notion de l’espace et de la liberté des connaissances ont été très limitées.

Hennadiy

Léonid Pasko a transmis à son ami et son voisin Hennadiy Kravchenko sa passion pour la radio. Quand Hennadiy avait 18 ans, il a subi une blessure à l’œil lors de son travail dans une mine. Depuis cet incident, il est devenu malvoyant. Léonid travaillait à l’école où la femme de Hennadiy, Svitlana, était bibliothécaire. Léonid a appris d’elle que Hennadiy depuis son enfance était fasciné par la radio et possédait son propre récepteur « Baltika ».

Même si Hennadiy est malvoyant, il apprend des langues étrangères et communique avec le monde entier grâce à sa station de radio. Après avoir été blessé, il a quand même réussi à finir ses études à l’Institut pédagogique. Au début, il apprenait les différentes matières grâce au Braille, et c’est sa femme Svitlana qui l’aidait à apprendre des langues en lui lisant ses manuels à haute voix.

Alors qu’il travaillait encore dans une mine, Hennadiy a conçu une radio qui pouvait capter des signaux à une distance de 190 km. Pour Hennadiy, la radio est l’outil principal de sa communication avec le monde qui nécessite donc la connaissance de plusieurs langues étrangères. Svitlana l’aide à apprendre l’italien et l’arabe. Hennadiy a déjà appris l’allemand, l’anglais et pense à entamer l’espagnol et le français.

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Hennadiy communique d’habitude en anglais. Mais il salue ses collègues du Japon en japonais tout en continuant à communiquer en anglais par la suite. Il essaie également de parler italien avec ses interlocuteurs résidant en Italie.

— J’aime discuter avec les Italiens, je suis à l’aise avec eux. Il y a très peu d’Espagnols, il y a un peu plus d’Allemands de l’Allemagne de l’Est, ils comprennent parfois le russe.

Grâce à sa passion pour la radio, Hennadiy a toute une collection de connexions longue distance. Une fois, il a pu établir une connexion avec des îles proches de la Nouvelle-Zélande. Cela ne durait que 2-3 minutes, mais c’est déjà ça. Il a également réussi à se connecter aux stations radio sur l’île de Kalimantan (Asie du Sud-Est) et en Australie. Et puis, on arrive bien plus rarement à contacter des radio-amateurs vivant en Afrique du Nord, à Monaco, en Irak ou encore en Jordanie.

supporté par

Ce matériel a été traduit par le soutien de l'Institut Ukrainien

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteure:

Jana Mohonchouk

Rédactrice:

Natalia Ponedilok

Productrice:

Olha Schor

Photographe:

Alina Kondratenko

Opérateur caméra,

Monteur:

Pavlo Pachko

Opérateur caméra:

Oleg Sologub

Réalisateur:

Mykola Nosok

Éditeur photo:

Katya Akvarelna

Transcripteuse audio:

Myroslava Olijnyk

Olia Stulii

Traductrice:

Lina Golovnya

Éditeur de traduction:

Emmanuel Graff