Le chemin de Michel. Des buffles à la communauté

25 octobre 2020
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L’écologiste allemand Michel Jacobi est venu en Ukraine il y a plus de dix ans et s’est installé en Transcarpatie, prenant la tâche de sauver la population de buffles des Carpates. Aujourd’hui, un long métrage est en cours de réalisation sur Michel, il est devenu le héros de nombreuses histoires télévisées,et il y a plus de trois ans l’un des premiers héros d’Ukraïner. Qu’est-ce qui a changé pendant cette période dans sa vie ?

Lors de la première expédition en Transcarpatie, nous nous sommes rencontré dans la prairie de Pereslip et à sa ferme à Tchumalovo. Puis l’écologiste a rêvé d’envoyer des buffles en Bessarabie : au village d’Orlivka et au territoire de la réserve de biosphère du Danube, où ils pourraient vivre à l’état sauvage. Depuis, Michel a réalisé son rêve, construit plusieurs autres fermes, créé une association et rencontré une fille avec qui il construit de nouveaux projets d’avenir, encore plus ambitieux.

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Michel a vu l’Ukraine pour la première fois en septembre 2008 lors d’une randonnée vers le village transcarpatique de Kolotchava et les montagnes environnantes. Depuis, l’écologiste a décidé de s’installer en Transcarpatie et de s’associer à la préservation de ses ressources naturelles.

Après avoir déménagé en Transcarpatie, Michel a parcouru la région pendant un certain temps à la recherche du meilleur endroit pour une ferme de buffles.Il s’installe d’abord dans la commune de Longo Mai à Nyzhnye Selyshche, puis dans le village de Steblivka, où il construit sa première ferme. Plus tard, Michel a déménagé à Lipovets, où il a même acheté une maison. Cependant, en été, la source d’eau locale s’est tarie et lui n’a pas trouvé facile de communiquer avec les voisins, il a donc été contraint de déménager dans le village de Vertep. Là, il a aidé un garçon du coin avec sa ferme de buffles, et quand tout s’est bien passé, il est retourné à Steblivka. Ensuite, il y a eu le village de Chumalovo, où Michel a construit une deuxième ferme de buffles en 2016, mais de là, l’écologiste est encore retourné à Steblivka.En plus des voyages fréquents dans la région, Michel se rendait périodiquement à l’étranger pour rendre visite à ses parents et gagner de l’argent supplémentaire pour garder les buffles.

Aujourd’hui, Michel s’est installé dans le village de Sokyrnytsia près de la ville de Khoust, où il a acheté une petite maison. Il envisage d’y faire des réparations, d’y construire une petite cave pour l’affinage et le stockage du fromage, ainsi qu’une grange, car maintenant sa ferme a non seulement des buffles, mais aussi des poules, des chevaux et des vaches. Il dit que cela lui suffira, car il en a déjà beaucoup : la nature autour de lui, la terre, les amis et une communauté qui s’est habituée à lui.

L’aspect social de ma vie est devenu de plus en plus important pour moi ces dernières années. Je suis très heureux de me rapprocher de la population locale.

Vidéo 360

En 2009, Michel a fondé l’association « Conservation de l’agrobiodiversité des Carpates », qui s’occupe de la restauration de la population de buffles des Carpates et de sa réintroduction, c’est-à-dire le retour à la nature, ainsi que le développement de l’agriculture autosuffisante en Transcarpatie.

Des buffles

Un petit troupeau de Michel broute dans le champ et se fait entendre de loin par le son des cloches. Ce ne sont pas que des buffles : on peut voir plusieurs vaches parmi les côtés noirs.

Le buffle des Carpates
Une espèce de buffle d'eau asiatique, qui jusqu'à la première moitié du XXe siècle était répandue en Transcarpatie, en Hongrie et en Roumanie.

Pendant toute la période de son élevage en Ukraine, Michel avait au total près d’une centaine de buffles. Il y avait également dans son troupeau quarante autres animaux. Cependant, garder autant de bétail était un vrai défi : en hiver, leur nourriture était très chère, car un buffle adulte a besoin d’environ trois tonnes de foin par hiver. De plus, un troupeau aussi grand est plus difficile à contrôler : les animaux peuvent s’enfuir et causer beaucoup de problèmes à leur propriétaire et aux voisins. C’est pour ça qu’il a commencé à utiliser des bergers électriques, c’est-à-dire des clôtures spéciales qui envoient une petite décharge électrique aux animaux essayant de quitter le paturages.

De temps en temps, Michel réduisait son troupeau en vendant des animaux dans d’autres régions ou en les renvoyant dans la nature. Aujourd’hui, l’écologiste est arrivé à la conclusion que la meilleure option pour lui est d’avoir un petit troupeau. Il a maintenant dix buffles, neuf vaches et deux chevaux.

Les vaches et les chevaux de Michel ne sont pas non plus ordinaires — ce sont des races de montagne : une vache brune des Carpates et un cheval Hutsul de race Gutan, dont l’écologiste tente de préserver et de restaurer la population. Il dit que la vache brunes des Carpates est beaucoup plus endurante qu’une vache ordinaire.

La vache brune des Carpates
Race élevée en Transcarpatie dans la première moitié du XXe siècle suite au croisement d'espèces locales avec des races alpines brunes (Montafon, Schwyz, Algau et Monténégrin).

— Les animaux de montagne donnent un peu moins de lait que dans la vallée, mais même quand il y a des problèmes et que la situation est très dure, ces animaux en donnent encore. Ils mangent peu et donnent du lait gras.

Avant l’époque soviétique, de nombreux paysans élevaient des buffles au lieu des vaches, mais cette tradition s’est progressivement perdue et la génération actuelle ne se souvient plus comment ils coexistaient avec ces animaux. Michel a beaucoup appris de sa propre expérience en communiquant avec les animaux.

— Les gens étaient plus pauvres, mais plus intelligents. Ce buffle tire une charrette comme un cheval. Son lait est plus gras que le lait de vache et il est utilisé pour faire du beurre, ce qui est particulièrement bon pour les enfants.

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Les buffles comprennent parfaitement qui est leur ami et qui est leur ennemi. Ils ne donneront pas de lait à une personne qui les menace avec un bâton. Tout doit être demandé pour être obtenu, pas en l’exigeant.

Michel élève non seulement des buffles, mais essaie également de prévenir le risque de consanguinité, qui réduit la santé globale de la population animale. Michel dit que pour avoir des populations saines, il faut avoir plus de deux cents animaux. L’élevage et la sélection des buffles doivent être soigneusement considérés pour réduire les risques :

La consanguinité
Le phénomène apparaît lorsque dans un petit troupeau d'animaux, lorsque la progéniture est issue d’individus avec des gènes proches.

— La consanguinité est mauvaise car elle affecte négativement l’intelligence des animaux. Les buffles des Carpates ont un bon matériel génétique que la nature et l’homme leur donnent depuis six mille ans, mais s’ils sont élevés n’importe comment, tout sera perdu.

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Michel et son équipe sont actuellement en train de mixer des buffles d’élevage en Ukraine, mais l’écologiste admet qu’il s’agit d’une option temporaire :

Notre association garde cinq buffles, chacun d’eux a un sang complètement différent, un pool génétique différent. On féconde une bufflesse ici, puis on le change : il va à Boushtyno, et de là revient un autre de nos buffles. Nous échangeons également des animaux à Gorinchovo. Les buffles font le tour de la Transcarpatie, puis on échange ensuite avec Odessa (Bessarabie — ed.). Nous avons donc une population importante.

Reintroduction

Il s’avère qu’il y a des milliers d’années, le buffle sauvage était un habitant commun de l’Ukraine moderne. Il y a des milliers d’années, le territoire du sud de l’Europe (et de l’Ukraine en particulier) était habité par des buffles d’eau sauvages d’Europe. Ils ont disparu il y a environ dix mille ans. Plus tard, leur proche parent, un buffle indien ou asiatique, nous a été amené des pays asiatiques. Il est arrivé en Ukraine déjà domestiqué et a été largement utilisé comme animal de ferme, des Carpates au delta du Danube. Aujourd’hui, c’est l’association « Rewilding Ukraine » qui s’occupe de la réintroduction du buffle d’Asie.

Les buffles des Carpates ont une nature calme, mais mettent du temps à s’habituer à leur propriétaire. Cependant, il existe des individus de caractère dur avec lesquels il n’est pas possible de trouver une langue commune.

Il est difficile de s’occuper d’animaux psychologiquement traumatisés, comme ceux élevés pour la viande. Michel a réussi à sauver treize de ces buffles, en les achetant progressivement à un restaurateur de Galicie. L’écologiste l’a rencontré en 2009, quand qu’il gardait près d’une quarantaine de buffles en guise de délicatesse pour les invités. Chaque fois qu’un mariage était célébré dans un restaurant, un buffle était abattu.

— Les buffles qui peuvent être sauvés de l’abattoir sont psychologiquement traumatisés. Il faut trouver du temps chaque jour pendant trois ou quatre mois pour les caresser, les nourrir. Ce n’est qu’alors qu’ils recommenceront plus ou moins à faire confiance aux gens. Et il y a des buffles qui n’oublient jamais, alors ils cessent d’aimer les gens pour toujours.

Ce sont ces buffles que Michel réintroduit. D’ailleurs, Michel a commencé à faire l’introduction non pas avec des buffles, mais avec des chevaux hutsul. Les chevaux hutsul sont plus robustes que les autres : ils sont capables de s’adapter à des conditions climatiques plus difficiles, de survivre à l’hiver à l’extérieur sans avoir besoin de beaucoup de nourriture. Aujourd’hui, ces animaux ne sont plus nécessaires à la ferme comme force de traction en raison de l’avènement des machines agricoles, ils sont donc souvent donnés pour l’abattage.

Chevaux hutsul
Ancienne race de chevaux élevés dans les Carpates orientales en croisant des chevaux de Galicie, de Bucovine et de Hongrie avec des chevaux de type arabe et norien. La première mention d'eux remonte à 1603. Ils font partie du pool génétique mondial des races d'animaux d'élevage.

Selon Michel, les goutans sont idéaux pour un projet de retour des animaux dans la nature. Les conditions pour eux sont maintenant rassemblées dans la réserve de biosphère du Danube en Bessarabie. Deux de ses îles, le Petit Tatar et le l’île de Yermakiv, ont été endiguées et artificiellement drainées dans les années 1960 pour être utilisées à des fins agricoles.

La situation a changé dans les années 2000 : le Fonds mondial pour la nature WWF Ukraine et ses partenaires se sont engagés à restaurer l’état naturel des îles. Les barrages ont été démolis et les espèces d’animaux qui y vivaient depuis toujours ont commencé à y être amenées. Il n’y a personne là-bas, donc ces endroits sont idéaux pour restaurer les écosystèmes. C’est maintenant l’association Rewilding Ukraine qui tente de réintroduire sur ces îles des animaux typiques de leur faune.

En juillet 2019, dans le cadre d’un projet de restauration de la faune sauvage de ces iles, Michel a remis à cette organisation dix chevaux Hutsul, qui ont été amenés sur l’île de Malyi Tatar. L’écologiste et ses collègues sont convaincus que la seule façon de préserver les espèces de ces animaux incroyables est de rester dans de telles zones protégées où ils peuvent être des « créateurs de paysages ».

— Nous espérons que ce projet à Odessa sera couronné de succès Il y a en effet déjà des gens formidables qui ont amené des chevaux de Lettonie (type chavaux polonais) pour les croiser maintenant avec nos chevaux hutsul, qui sont à nouveau libres et redeviennent sauvages.

Toujours en 2019, Michel a réalisé son rêve : il a donné encore dix-sept buffles pour la réintroduction sur l’île de Yermakiv.

— Pour sauver un grand nombre de buffles, il faut les déplacer vers un autre écosystème, où il y aura de la diversité.

L’agriculture auto-suffisante

Michel considère le soutien et le développement des petites fermes comme une tâche importante pour lui. Selon lui, grâce à elles, il est beaucoup plus facile de restaurer les populations de buffles, chevaux et autres animaux utilisés en agriculture :

— Le projet d’élevage et le projet de réintroduction nous aident à diversifier à nouveau la population et à avoir à nouveau plus d’agriculteurs dans différentes régions, qui sont engagés dans la préservation et la re-reproduction de cette race.

Michel non déborde d’énergie pour son projet, et croit également en sa viabilité, qui permettra de sauver la population et produire des aliments naturels. Selon l’écologiste, dans le monde moderne, manger sans aucun additif est presque un luxe.

Il ajoute que tout le monde n’est pas conscient du potentiel de sa région et de ses propres capacités. Le fait est que les habitants des villages de Transcarpatie élèvent de moins en moins d’animaux domestiques. Non seulement la population de chevaux Hutsul disparaît rapidement, mais les moutons et les chèvres sont également en déclin. Michel explique que prendre soin des animaux et de l’élevage est une tâche ardue qui nécessite un bon entraînement physique et l’amour de la nature. Tout le monde n’est pas prêt à perpétuer les traditions des générations précédentes et cherche souvent de l’argent plus facile à l’étranger.

Michel assure que la réduction du nombre d’animaux domestiques affecte non seulement le régime alimentaire des gens, mais aussi les paysages environnants, car ce sont les bétails herbivores qui les changent naturellement :

— D’une part, c’est très triste, d’autre part, cela ouvre de nombreuses opportunités, car les ressources se libèrent, et peut-être qu’un jour de nouveaux investisseurs viendront pour prendre des terres que ne s’utilisent plus.

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Une autre preuve en faveur des perspectives de l’élevage du buffle est l’apparition de nouvelles fermes, qui sont ouvertes par des hommes d’affaires et de jeunes néo-ruraux. Michel a aidé à beaucoup d’entre eux ces dernières années :

— Nous avons plusieurs jeunes à Bouсhtyno qui élèvent déjà quinze buffles et quelques vaches. Et il y a des oligarques qui comprennent : il faut avoir ses propres produits biologiques naturels faits maison. Il y a des idéalistes qui disent : mon grand-père avait des buffles, mon arrière-grand-père avait des buffles, et moi aussi, je voudrais en avoir.

Michel est partisan de la permaculture, c’est-à-dire une manière de gérer qui nuit le moins à la nature et répond aux besoins humains en même temps. Ses adeptes refusent le principe « un rayon — une culture », ne traitent pas le champ avec des produits chimiques et ne le creusent pas à chaque saison. Les adeptes de la permaculture observent souvent que les différentes plantes interagissent les unes avec les autres. En intervenant le moins possible dans ces processus, ils cherchent à restaurer l’ensemble de l’infrastructure naturelle.

Michel croit que la transition vers l’agriculture autosuffisante et la permaculture est un moyen de devenir indépendant et de faire quelque chose de vraiment bon pour soi-même et pour la terre :

— Peut-être que vous allez planter un petit jardin et dans deux ou trois ans, vous verrez que vous aurez des pommes. Ce ne sont pas seulement que des pommes qui coûtent vingt hryvnias pour 20 kilogrammes. Ce sont vos pommes : vous avez investi de l’énergie et c’est une bonne sensation d’avoir quelque chose en retour. Avec une ferme autosuffisante, vous êtes au plus haut niveau du cercle : vous avez votre propre vache qui féconde vos légumes, vous nourrissez vos amis avec ces légumes, et vos amis vous aident à planter des arbres, et ces arbres donnent de l’oxygène à toute la communauté.

Michel souligne que pour développer une agriculture autosuffisante il est impossible d’être seul. Cela nécessite une communauté avec laquelle il sera possible de partager les produits du travail, car il est difficile de tout se procurer et de se concentrer sur la gestion d’une ferme.

Désormais, l’un des axes de travail de l’association gérée par Michel est la création d’une sorte de coworking agricole. En collaboration avec son ami de Sokyrnytsia il prépare une petite maison pour les gens qui sont prêts à quitter les villes, comme le dit Michel, « rétrograder », c’est-à-dire essayer de quitter les villes civilisées pour vivre plus près de la nature et consommer des produits cultivés par eux-mêmes.

— C’est notre idée et notre rêve : de louer des champs où nos animaux peuvent brouter, et nous pourrions construire quelque chose comme un espace de coworking ou une ferme mobile.

Ils aimeraient construire plusieurs de ces maisons, pour créer une commune. Ils sont prêts à accueillir ceux qui veulent changer leur mode de vie d’urbain à rural. Michel veut créer un espace douillet et confortable.
Il pense, par exemple, à pouvoir offrir à ses invités un accès à l’Internet à haut débit pour que, vivant dans une forêt enchantée, ils ne s’ennuient pas sans communication.

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Michel rêve de partager ses idées de permaculture avec des personnes intéressées, et de cultiver des légumes ensemble et de fabriquer ses propres produits laitiers pour la future commune. Il prévoit d’impliquer d’autres personnes dans la construction de nouvelles maisons pour les aider à faire partie de la communauté agricole. Selon Michel, l’idée d’un tel principe d’agriculture n’est pas nouvelle. En Transcarpatie, certains éléments d’autosuffisance sont encore préservés, car la vie en montagne apprend à être indépendant du monde extérieur pour se nourrir. Cela le réjouit, car il peut étudier ces traditions et les adapter au présent.

L’écologiste souhaiterait que les jeunes des villes retournent dans les villages et travaillent sur leurs terres. Il dit que grâce aux technologies modernes, vous pouvez gagner votre vie n’importe où, c’est donc une excellente occasion de faire quelque chose d’utile pour vous-même, la communauté et la nature. Michel croit que vivre dans la nature, c’est comme guérir de la dépression.

— Vous pouvez vivre une vie plus simple et plus pauvre, mais si vous ne la comparez pas à une vie en ville, vous sentirez qu’il y a là une énorme vérité profonde.

Rike

L’Allemande Rike Veronika de Vries est désormais également impliquée dans la conservation et l’élevage des buffles. La jeune fille a déménagé en Transcarpatie de Berlin — elle a fait une pause à l’université, où elle avait étudié la psychologie, parce qu’elle voulait vraiment voir les montagnes des Carpates. Elle a appris son existence par Internet et avant le voyage, ils ont échangé par téléphone, et il lui a beaucoup parlé de cette région et des opportunités qui se présentent ici.

— Je n’avais vraiment pas beaucoup d’informations à propos de lui et je ne savais pas qu’il était tellement populaire en Ukraine. Alors j’ai imaginé qu’il vivait quelque part seul dans les montagnes, une vie tellement romantique avec des animaux. Et quand je suis arrivée ici, j’étais un peu déçue du fait qu’il vive ici, dans un village (Sokyrnytsia. — ndlr) Avec une population de 5 000 habitants, et pas du tout dans les montagnes — seulement dans les contreforts.

Malgré cela, Rike admet qu’elle a aimé Michel depuis qu’elle a pris connaissance de lui et de son style de vie. Depuis un an, ils vivent ensemble. Rike dit qu’il était facile pour elle de s’habituer à sa nouvelle vie, car depuis son enfance, elle a passé du temps dans une ferme biologique en Allemagne avec la famille de son amie. De plus, lors de ses études à Berlin, Rike rêvait souvent d’un endroit similaire dans un village, où elle pourrait être plus proche des animaux et en savoir plus sur eux :

— La vie simple est habituelle pour moi : parfois sans électricité et sans eau du robinet, où il faut aller à la source et rapporter de l’eau, sans gaz, c’est-à-dire sans chauffage.

La nouveauté pour elle était le contact avec les animaux, qui au début étaient difficiles à retenir même par leur nom, sans parler d’un langage commun avec eux et d’une compréhension de leurs besoins. La fille admet qu’elle a dû s’habituer aux locaux, car leur style de vie est complètement différent de celui des Allemands :

— J’aime le fait qu’ils (les habitants) soient si sympathiques et t’invitent toujours à prendre un café, à partager leurs propres légumes et fruits et qu’ils en savent tellement sur le jardinage et que je puisse apprendre d’eux. Ce qui est vraiment différent, c’est que les gens ici sont très directs : s’ils n’aiment pas quelque chose, ils le diront simplement.

La jeune fille n’a pas encore l’intention de retourner en Allemagne, car en Transcarpatie, elle a réalisé qu’elle n’est plus intéressée par les études en psychologie, alors maintenant il n’y a aucune raison de partir.

— Je suis tombée amoureuse de Michel, et c’est une raison supplémentaire de rester parce que je ne veux pas de relation à distance. Ici il me reste encore beaucoup de choses à découvrir.

Rike peut déjà garder les buffles toute seule. Michel lui a déjà fait confiance pour s’occuper de la ferme pendant deux mois lorsqu’il était absent. De nos jours, en plus d’aider avec les buffles, Rike a autre chose à faire : elle et Michel ont ouvert une entreprise privée, « Kotchova Boura », dont la plupart des problèmes sont pris en charge par elle.

— Pour nous, c’est l’occasion de vendre officiellement nos produits d’élevage pour gagner notre vie.

Michel et Rike fabriquent des fromages et les vendent dans différentes villes d’Ukraine. Ils ont appris par eux-mêmes la fabrication du fromage, directement par la pratique. Ils expérimentent constamment en fabriquant également du beurre, de la crème, etc. Le couple envisage de créer sa propre marque de fromage lorsque d’autres personnes partageant les mêmes idées les rejoindront.

Michel continue d’être assisté par des bénévoles, y compris des habitants et des passionnés d’autres villes et pays, dont le Canada, la France et l’Allemagne. L’écologiste dit que c’est grâce à leur soutien qu’il a réussi à préserver les buffles.

Michel est heureux d’inviter tout le monde dans sa ferme, mais admet qu’être bénévole dans leur organisation communautaire n’est pas si simple : il faut savoir comment travailler avec du bétail, comment travailler sur le sol, avoir au moins une expérience minimale en agriculture autosuffisante. De plus, il est nécessaire de passer deux semaines d’affilée à la ferme, à travailler six heures par jour. Tout cela nécessite une bonne santé et une bonne condition physique.

— C’est un petit enfer ici, car nous avons beaucoup de travail à faire, et c’est toujours le travail avec les animaux qui réserve des surprises. Nous avons besoin d’aide, mais n’importe qui, en fait, ne peut pas nous aider. Bien sûr, le plus important est le désir.

Jusqu’à présent, Michel considère la sauvegarde la race de buffles des Carpates en voie de disparition comme son principale mérite. Aujourd’hui, en Ukraine, il existe de nombreuses fermes qui se développent et unissent de nombreuses personnes, par exemple dans les villages de Transcarpatie (Boushtyno, Tchumalyovo) et de la mer Noire (Orlivka).

En avril 2020, Michel et Rike ont fait don de sept buffles à la Réserve de biosphère des Carpates, notamment à son département de recherche de la vallée de la Jonquille, à quatre kilomètres de la ville de Khoust. La vallée des jonquilles est progressivement envahie de saules et d’arbustes, et c’est le buffle qui les mange lors du pâturage. Par conséquent, l’installation de ces animaux est une excellente solution pour rétablir l’équilibre de l’écosystème de manière naturelle.

Michel et Rike ont beaucoup d’autres projets :

— J’ai une copine formidable, nous pouvons développer des idées avec elle. J’ai cette communauté sur Internet — des gens qui veulent un avenir pacifique et positif pour nous, plus d’harmonie avec la nature, plus de respect des droits des femmes. Quand nous serons plus nombreux à se rassembler, tout deviendra une réalité.

supporté par

Ce matériel a été traduit par le soutien de l'Institut Ukrainien

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteure:

Mariia Maksymenkova

Rédactrice:

Ania Yablutchna

Intervieweur:

Natalia Ponedilok

Productrice:

Olha Schor

Photographe:

Serhij Korovajnyj

Opérateur caméra:

Maksym Sintchuk

Photographe,

Opérateur caméra,

Monteur:

Pavlo Pachko

Réalisateur:

Mykola Nosok

Éditeur photo:

Katya Akvarelna

Trascripteur audio:

Vitalij Kravеchenko

Roman Azhniuk

Traductrice:

Valeria Kuznetsova

Yana Bylynets

Graphiste:

Sofia Kravtchenko

Traductrice:

Marta Dropa

Éditeur de traduction:

Adrien Louvet

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