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Elle rêvait d’avoir son propre hameau artistique, d’organiser des festivals, des séances de cinéma, des projets d’art avec ses amis et ses adhérents. Elle a cherché un petit village avec un minimum d’habitants pendant une année et aujourd’hui, après l’avoir trouvé, elle lutte toujours avec les « lois » locales et trouve des gens qui l’inspirent.

Cela fait déjà deux ans qu’une journaliste de Kyiv, Kateryna Misina, possède une maison dans le hameau de Zelenyi Gai (Le Bosquet Vert) situé à 120 km de la capitale, qu’elle prévoit de transformer au fur et à mesure en espace culturel. Les anciens de ce village l’appellent Goych ce qui, d’après eux, signifie « clairière forestière ». C’est une histoire qui parle d’un rêve, d’obstacles, d’une terre. Une terre qui nous donne des forces et des jardins. C’est une histoire de forêts vierges et d’une ambiance qui pourrait inspirer des centaines de personnes, qui parle d’une grande foi dans les humains et d’une déception, du Podilla et du Polissia, des terres noires et des sables.

Les recherches de l’endroit

Il a fallu à Kateryna Misina près d’un an pour trouver l’endroit de ses rêves. La jeune fille a pris son vélo et d’une manière déterminée elle est arrivée dans cette région. Elle est passée par les petits villages en indiquant sur la carte les plus petits d’entre eux où il n’y avait presque plus d’habitants selon le dernier recensement. Ce sont les amis de Katia qui sont tombés sur Zelenyi Gai :

« Puis je suis venue ici et je me suis bien plue. Au début, personne ne voulait vendre du tout. Je suis allée tous les trouver: les héritiers, les petits-enfants. Vraiment personne ne voulait vendre. « Non, on ne vend rien nous. » Le maire a tourné sa tête (gueule) : « J’en sais rien » . J’ai alors continué mon chemin.

Un an plus tard, je suis venue dans une région à coté et j’ai visité le même endroit. Les gens se souvenaient de moi et ils m’ont raconté que tout y avait été pillé et qu’en fait il n’y avait personne qui vivait là bas. Les maisons avaient été mises à sac… quelque chose comme « il y a eu un incendie et il n’y avait personne pour l’eteindre . Ça nous a pris beaucoup de temps pour y arriver. On l’a éteint à l’aide d’un tracteur. Le feu avait presque touché les maisons. Quel malheur! Il aurait fallu que quelqu’un vive là bas ». Voici ce qu’ils m’ont dit. J’ai pensé: «Oh! C’est peut-être le moment ». Et j’ai réessayé. Après 4 mois, j’ai enfin acheté la maison.

Les raisons pour lesquelles Katia a démenagé dans le hameau sont incompréhensibles pour les habitants du village et ils commencent à inventer leur propres explications:

« Cela ne leur rentre pas dans la tête. Je suis une journaliste de 25 ans qui habite à Kyiv et qui gagne de l’argent. Je mène une vie plutôt cool. Et tout d’un coup j’arrive et j’achète une maison ici. Pourquoi je fais ça? Et comme ils ne comprennent pas, ils ne veulent pas y contribuer. Si vous ne comprenez rien à ce sujet et que cela vous est étrange, vous commencez à chercher des raisons. Ils pensent : « Si j’étais à sa place pourquoi je ferais ça? » Et ils commencent à inventer des histoires comme si je le faisais parce que je voulais juste gagner de l’argent ou tromper tout le monde ou les cambrioler ou encore faire quelque chose de mal.

Pour le moment Katia gère deux petites maisons, dans l’une desquelles habitait auparavant une vieille femme qui s’appelait Eva. La jeune femme l’a rencontrée quand elle est venue à Goych pour la première fois. En ce temps-là, dans le hameau, habitaient deux personnes: une vieille femme, Eva, et un «gitan», Pavlo. C’est Eva qui parlait du village à Katia et à ses amis, de ceux qui avaient vécu ici et Pavlo faisait des excursions. Peu après Eva a déménagé chez ses filles (Galina et Ludmila) dans la ville de Malyn et Katia leur à proposé d’acheter la maison d’Eva. Après seulement deux mois d’appels téléphoniques de Katya, les femmes se sont mises d’accord pour vendre la maison.

L’envie d’avoir son propre chez soi et pas juste un appartement est devenue une bonne motivation pour acquérir cette maison.

« Un jour j’ai compris qu’avec mon salaire de journaliste, il me faudrait travailler quelques dizaines d’années pour acheter un appartement à Kyiv, par exemple. Et je ne voulais par retourner à Kamianets, ma ville natale. »

«Je voulais avoir mon propre endroit pour pouvoir y retourner.»

Et puis elle a commencé à imaginer à quoi devrait ressembler cette maison, et ce qui devait s’y passer. Ce qui intéresse Katya c’est de créer quelque chose, pas seulement de vivre selon les règles de la société de consommation.

« Je voulais trouver un endroit où je pouvais créer quelque chose. Mais je n’avais ni l’inspiration ni l’intention de construire une maison. Normalement, ce sont les hommes qui ont l’idée sportive de construire leur propre maison. Je n’avais pas ça, je voulais acheter une vieille maison dans un ancien village où presque personne ne vit et où je pourrais faire quelque chose de nouveau. J’ai eu l’idée de faire quelque chose d’intéressant sur la base de l’ancien, de renouveler, de démarrer certains processus.

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Katia a délibérément cherché un endroit où il y avait un minimum de monde, car elle savait qu’un village avec un grand nombre d’habitants a son propre éco-espace, sa propre vie et son propre mode de vie, et qu’il serait alors extrêmement difficile d’apporter quelque chose de nouveau, là où il existe déjà des relations, des concepts et des principes selon lesquels les habitants vivent. La jeune femme voulait trouver une sorte d’équilibre dans un endroit où il y avait déjà quelque chose de créé, comme ce hameau où les gens vivaient autrefois, mais où plus rien ne se passe :

« Telle était mon idée pour que le hameau commence une nouvelle vie. Je ne me sens pas encore chez moi ici, mais cet endroit m’est déjà très cher car on trouve des affinités dans les choses que l’on fréquente beaucoup. On commence à considérer les gens avec qui on voyage et avec qui on escalade des montagnes comme proches. C’est la même chose qui se passe ici avec cet endroit. Comme avec certains de mes amis, qui m’énervent parfois très fort, il y a des choses désagréables qui se passent ici. Et en même temps, ils me rendent heureuse grâce aux beaux paysages autour et aux personnes qui arrivent, qui se réunissent et avec qui je fais connaissance. Toutes ces situations, bonnes et mauvaises, ont fait de cet endroit un endroit très cher et proche pour moi. Pas encore ma maison mais…

Un autre avantage de cet endroit est que ses habitants vivent plus de 80 ans. Donc Katia a dit qu’elle est venue là pour avoir une vie aussi longue qu’eux.

Une vie de contrastes

La vie de Katya dans le hameau ne manque pas de contrastes, aussi bien positifs que négatifs. À titre d’exemple, elle décrit une journée qui nous montre clairement cet équilibre.

« Une fois, je suis arrivée et j’ai trouvé sur le seuil de la porte une note faite avec des pissenlits « Appelle-moi » ainsi que le numéro de téléphone. Quel romantisme ! J’appelle. « Bonjour Katia, je m’appelle Natalia. J’habite à Nedachki, je suis une poétesse et je voudrais bien faire votre connaissance. Je vous ai laissé un petit mot car vous n’étiez pas là ». C’est cool ! Sympa ! Laissez-moi venir ! Un homme est venu pour nettoyer mon puits. Il s’appelle Mikhailo Krol. On est devenus amis. Mais il n’y a pas beaucoup de gens qui me ressemblent et qui s’interessent à autre chose que juste l’argent, le potager , etc. Il n’y en a pas beaucoup. Je ferme ma maison à clé et je vais les rencontrer. Vraiment c’était une rencontre avec des gens venus tous seuls et de leur propre volonté, juste pour me rencontrer et me parler. Exactement à ce moment là, quand j’étais chez eux, ma maison a été cambriolée. Je suis revenue après la visite, après avoir bu un bon café et j’ai remarqué qu’il n’y avait plus le sac à dos avec mon ordinateur dedans. C’était tellement encourageant et émouvant de découvrir des gens qui pensaient comme moi et qui voulaient me soutenir. Et puis ensuite, quelle déception!

Ce n’était pas facile pour Katia de s’entendre avec les locaux. La jeune femme dit que les gens de cette région (région de Jytomyr) ne sont pas les mêmes que les gens de la région de Pollissia (d’où elle vient). C’était dificile pour elle.

« C’est peut-être parce que je voulais m’installer ici. Je suis entée plus profondement dans leur vie. Ils ont tous de telles superstitions! Et quelles histoires ils racontent sur moi ! Un mec a dit « C’est un monstre et elle veut me tuer. Donc je ne vends pas la maison à ses amis. » Il a refusé de vendre sa maison car il avait inventé que j’étais une menace. Et à cause de tous les mauvais moments que j’ai vécus, je voulais tout abandonner et partir d’ici pour chercher un autre endroit. Ou juste voyager – j’auraitoujours la possibilité de m’installer quelque part.

L’oligarque Ivan

Pour instant il n’y a que 11 maisons dans le hameau Goych. D’après les locaux, par le passé, il y en avait une trentaine. Certaines d’entre elles avaient été démolies; certaines avaient été déplacées à Nedachki (un village à côté) ; les autres s’étaient effondrées. Il y a même des endroits où des traces de maisons sont encore visibles. Mais toutes les maisons sont abandonnées, personne n’y vit, pourtant la plupart ont l’air normales. Mais ni Katia ni ses amis ne pouvaient les acheter. Il s’est avéré que certaines de ces maison avaient déjà été vendues à un oligarque local. Katia a sa propre version de la raison pour laquelle cet homme a fait ça :

« Il y a deux ans, quand je suis venue ici, personne n’en avait besoin. Tout était en ruine. Tout était buissonneux et envahi par les mauvaises herbes. Mais un peu plus tard les propriétaires ont changé d’avis et ont arrété de nous vendre ces maisons. Je me suis renseignée pour savoir s’ils les vendaient a une autre personne. Première, deuxième, troisième. Et puis j’ai découvert qu’il y avait un homme qui vient d’ici, il vit à Kyiv depuis longtemps et il n’a plus de racines ici. Peut-être qu’il a des proches dans le village d’à côté. Et il a commencé à s’accaparer les maisons pour « faire un musée ». C’est ce qu’il dit. Mais moi, je ne le crois pas ! Il ne fait rien ici. Il a déjà acheté 5 maisons. Tout lui avait été vendu donc on n’avait plus de possibilité d’acheter quelque chose ici.

Katia a même essayé d’enter en contact avec cet oligarque local. Ils se sont rencontrés et ont convenu de ce qu’ils feraient ensuite. Elle allait aider à améliorer la communication de masse et ranimer la vie culturelle. Lors de leur réunion, Ivan a assuré à Katia que c’était son endroit natal et que c’était pour cela qu’il voulait faire quelque chose ici avec ses enfants.

Je lui demande : « Pour faire quoi ? » « Eh bien, peut-être un musée comme à Pirogovo. » (Musée d’architecture national et de la vie quotidienne d’Ukraine à Kyiv). Je lui dis : « Je ne vous critique pas mais qui va venir dans votre musée ? C’est très loin. Il y a Pirogovo. » « Je les trouverai ceux qui viendront. »

Peu avant cette conversation, j’avais organisé un événement pour planter des arbres. Environ 50 personnes étaient venues juste pour aider à creuser. Il l’a découvert dans les journaux. Je continue : « Vous voyez, je sais réunir les gens. Je suis journaliste et j’ai des instruments différents. Je peux vous aider à rendre cet endroit plus populaire, inviter les médias, des participants ». « Oui, je pense qu’on peut coopérer ». Et j’ai pensé : Enfin, enfin ! Il a du pognon. Je lui laisse acheter les maisons et on fera quelque chose ensemble. Je lui dis : « D’accord, mais vous n’achetez plus rien s’il vous plait. Pour pouvoir rester ici, pour être le manager, le garde, le surveillant de tout ça, j’ai besoin de quelqu’un qui vit à côté de moi. J’ai besoin de voisins parce que je suis seule. Et ce n’est pas chouette de le développer pour en faire un musée pour quelqu’un ». – « Oui, oui, allons donc regarder le plan du hameau pour planifier où sera quoi. On va planifier le territoire. » Je réponds : « Super ! Allons y! » On a décidé de s’appeller la semaine suivante. Je suis venue le week-end suivant avec mon ami qui avait pris de l’argent pour verser un acompte pour une de ces maisons vertes. La propriétaire n’est pas venue et n’a pas décroché son téléphone. J’ai démandé chez un des locaux s’il savait où elle était. Et on nous a répondu que la maison avait été vendue la semaine précédente à Ivan.

De temps en temps, des descendants de gens qui ont habité ici auparavant reviennent. On en rencontre certains lors d’une excursion improvisée. Beaucoup d’entre eux connaissent Katia par contumace, ils la saluent et racontent qu’il y avait autrefois beaucoup de champignons et de baies dans le bois. Il y avait aussi un lac. Ils montrent des photos, ils évoquent leur enfance et l’ambiance qui y régnait avant. Katia rève qu’un jour on puisse se baigner à Goych. Les locaux comprennent que l’accapareur de maisons ne fera rien dans le village mais ils ne vendent pas les maisons à Katia non plus.

Katia trouve que les gens d’ici ont peur de tout. Au début, Ils ont dit de Katia et de ses amis qu’ils étaient des migrants, reliant cela au fait qu’il y a une guerre dans l’Est de l’Ukraine. La plupart ont peur de simplement s’approcher et de les rencontrer. Pourtant, il y a toujours de nouvelles histoires sur Katya. Certains disent qu’elle revend les maisons, certains ont peur de lui apporter du bois pour le feu.

Les « engins » locaux pour Katia

Mais en même temps, à Goych et dans les villages environnants, il y des gens qui motivent Katia comme Nadia, une jeune fille de 15 ans qui apprend aux visiteurs de Goych à monter à cheval et qui joue de la bandoura, un amateur d’émissions de la BBC qui s’appelle Ivan, Ludmila une enseignante de Kyiv, ou Malvina, une femme nonagénaire qui apprend à Katia à gérer la maison et lui cherche un futur époux. Ils ont tous accepté Katia et essaient de changer l’attitude des autres envers elle.

Nadia et Ivan

Nadia vit à Nedashki. L’autre fois je suis venue pour un événement. C’était une séance de cinéma. Beaucoup de gens sont venus. Je suis allée à Nédachki pour chercher quelqu’un qui pourrait amener des chevaux. J’ai tout de suite réalisé qu’à Nedashki, beaucoup de gens élevaient des chevaux et j’ai pensé que ce serait un chouette événement pour les visiteurs, pour les invités. Je suis allée chercher quelqu’un pour amener des chevaux et j’ai trouvé le père de Nadia, qui s’appelle Ivan.

Le père de Nadia a apporté le cheval et sa fille est venue avec lui. Ensuite, tous les invités l’ont beaucoup appréciée. Puis elle a même appelé Katia et l’a invitée à son anniversaire:

« Et son père, il est marrant. J’ai montré le film « Virunga », qui a eu un Oscar du meilleur documentaire en 2012 et qui est un film sur la réserve nationale du Congo, où les Américains sont venus, ils voulaient construire quelques raffineries de pétrole dans cette réserve. Il y avait une telle bataille entre les Américains et les habitants qui s’occupaient des gorilles de ce parc national. Et cet Ivan, le père de Nadia, a regardé ce film comme ça ! Il était debout. Je lui dis: « Asseyez-vous! » « Non, dit-il, je vais rester debout. » Bref, il a regardé tout le film debout, pendant deux heures. Puis il s’approche de moi et me dit: « Katia, Quel film ! C’est génial ! » Je dis: « C’est bien, je suis contente que vous ayez aimé. » — « J’adore regarder ça ! Quand nous regardons la télévision ensemble, j’allume constamment ce que VeVeES passe à l’antenne. Ma famille me dit: qu’est-ce que tu as encore choisi ? Mais moi, j’adore ! » Je ne dis rien et je réflechis: « C’est quoi ça VeVeES ? Peut-être des « militaires », des « troupes »… Ensuite, ça me revient – c’est la BBC ! Il aime regarder la BBC! Oh mon Dieu, oncle Vanya ! Bien sûr, je vais vous apporter un autre film comme celui-ci !

Ludmila

Ludmila est enseignante. Katia l’a rencontrée à l’arrêt de bus de Nedashki alors qu’elle attendait le bus:

« J’attend le bus et je suis en train de nourrir un petit chien avec des muffins. J’ai un écouteur dans l’un de mes oreilles. J’écoute de la musique. L’autre oreille je l’utilise pour écouter s’il n’y pas de bus, car je ne regarde pas la route. Il y avait une femme à côté, je n’ai pas fait attention à elle jusqu’à ce que le bus s’arrête, et elle s’est rapprochée. « Êtes-vous Katia? » — « Oui, c’est moi ». « Je vous aime tellement! » J’ai fait un signe de tête. J’avais un écouteur qui m’empêchait d’entendre. Je suis montée dans le bus et j’ai pensé avoir compris ça.

« Il y avait de la musique dans mon écouteur et peut-être qu’il y avait un « Je vous aime » dans la chanson. Une femme que je ne connais pas, qui s’approche de moi à l’arrêt de bus et qui me dit: « Je vous aime tellement! » A quoi bon? Et ici à Nedashki, où tout le monde me déteste. Je voulais quand-même lui redemander, mais elle semblait déjà s’endormir dans le bus. J’ai écrit un poste à ce sujet, tout le monde l’a aimé. La fois suivante, dans le bus j’ai rencontré par hasard son amie. Et nous avons commencé à parler.

« Et quelques heures après elles sont venues me rendre visite : «Je suis Ludmila qui vous avait dit « Je vous aime». Vous avez bien entendu. Je vous ai lu sur Facebook. » Quelle bonne personne. Elle est très lumineuse. Elle est venue près de chez moi avec une grande charité et bonté !

Ludmila habite à Kyiv et vient ici chez sa mère. Elle a promis à Katia d’être son « bulldozer », ça veut dire d’aider pour tout.

Mamie Malvina

Il y a encore une autre voisine de Katia qui vient pendant la saison chaude. C’est la mamie Malvina qui a quatre-vingt-dix ans. C’est bien elle qui lui apprend à faire le ménage et qui lui dit qu’il faut déjà choisir un mari :

Une fois je suis venu avec un gars, je ne me souviens plus déjà, il s’appelait Igor, et c’était juste un mec qui voulait voir les maisons qui sont vendues ici. Je lui ai dit: « Si tu veux, je peux te les montrer. » Vous voyez j’ai été gentille et polie comme toujours avec tout le monde. Nous sommes alors passés chez Malvina, et elle n’a pas compris de qui il s’agissait. Elle l’a salué « Oh, Igor, bonjour bonjour. » Elle a alors eu un petit soupçon. Igor a regardé tout ce qu’il voulait et est parti deux jours plus tard. Je suis restée ici et un de mes amis Dima Kuprian est venu me voir. Il a tondu les mauvaises herbes près de la maison. Malvina vient et dit « Bonjour » et après me demande « C’est Igor?» Je lui reponds «Non, c’est Dima ». Elle poursuit « Et où est Igor? ». « Il est parti! Il est venu seulement pour voir la maison ». « Ah d’accord ». Elle est partie faire la connaissance de Dima. Après lui avoir donné des conseils concernant la tonte de la pelouse, elle revient près de moi et me dit « C’est un bon gars. Garde-le ». « Bien, bien, merci ». Et elle est retournée chez elle. Une heure après c’est Sacha Vitkovski, encore un autre de mes amis, qui est venu. Il était derrière la maison pour accrocher le hamac. Malvina dit alors « Bonjour Dima ». Il lui répond « Je ne suis pas Dima, je suis Sacha ». « Katia, c’est qui lui? » Encore une heure après, Ruslan aide à démanteler la grange. Elle dit « Bonjour Sacha ». « Je ne suis pas Sacha ». « Alors, bonjour Dima ». « Et bien non, je ne suis pas Dima. Je suis Ruslan ». Et la petite vieille revient près de chez moi et me dit « Garde Dima. C’est le meilleur. Il sait bien tondre la pelouse. Après tout ça, les gens du village ont commencé à raconter que j’avais beaucoup d’hommes dans ma vie.

La maman de Katia

La maman de Katia est née et a grandi dans un village. À 14 ans, elle a quitté la campagne pour poursuivre ses études à l’école de la ville. Elle est entrée plus tard à l’Université de Moscou. Autrement dit, elle a toujours eu le désir de quitter le village:

« Quand je lui ai dit, après avoir étudié à Kiev pour devenir présentatrice de télévision, que moi, je voulais acheter une maison dans le village, je voulais faire tell… Je n’ai pas trouvé les mots pour expliquer ce que je voulais faire. J’ai pensé que je ferais mieux de lui montrer ce à quoi je voudrais arriver. J’ai vécu à Obyrok, elle est venue me rendre visite là-bas et elle a vu que ce n’était pas seulement la vie au village, que c’était autre chose. Je me souviens quand je lui ai dit: « Maman, j’ai acheté une maison dans un village », il y a juste eu un silence au téléphone. Elle était tellement choquée.

OBYROK
C’est un hameau artistique fondé en 2007 à l’endroit d’un village disparu dans la région de Chernihiv. Pour l’instant, c'est un lieu qui accueille divers festivals et événements artistiques.

Malgré le fait que Katia a deux maisons dans le village près de Kamyanets, plus ses grands-mères, et malgré le fait que tout le monde la connaît là-bas, elle ne veut pas retourner là où elle se sent à l’aise et y faire quelque chose:

« Je suis intéressé par des tâches qui sont compliquées, des défis. Et c’est pourquoi je ne voulais pas retourner là où j’ai un appartement, où ma mère, ou quelqu’un d’autre, m’attend. Je suis allée dans la région de Jytomyr, parce que je ne connais rien de cette région, de ses endroits, de ses zones, de la région de Tchernobyl. C’était quelque chose de très nouveau et de très intéressant pour moi. Plus c’était nouveau, inconnu, plus c’était intéressant pour moi.

La mère de Katia est arrivée au hameau pour la première fois il y a environ un an, pendant l’hiver. Elle dit que lorsqu’elle a regardé le territoire, « elle a eu mal au cœur » :

« Mère de Dieu! Nous avons d’autres maisons. Nous avons une grange qui est encore mieux que cette maison. Nous construisons différemment. On a des villages plus riches. La nature n’est pas la même. C’était tout bizarre. Et quand tu entres à l’intérieur, tout est noir, comme ma veste. Oh mon Dieu. Et le fait qu’elle aille au village en ce moment! Je ne dors pas pendant la moitié de la nuit et je pense: comment est-elle seule là-bas ? Autour il n’y a que des forêts, des loups et Katia.

La femme est étonnée que maintenant tout le monde quitte le village et que sa fille fasse le contraire:

« J’ai été surprise mais je n‘ai rien dit: « Oh Seigneur, Katia! D’autres partent du village. Ils sont allés dans les villes où il y a de la vie culturelle, où il y a des bonnes toilettes et des salles de bains… Pourquoi vas-tu au marais? Mais quand je suis arrivée, je n’ai pas trouvé de marais ici. Il y avait du sable, la plage. Et il pleuvait et tu étais propre. C’est ça qu’elle aime et qu’est ce que je peux-y faire ?

La transformation

Katia avait des projets pour tout le hameau. Elle a tout imaginé à l’échelle de la localité, mais maintenant elle n’a que sa propre maison, et elle essaie de réduire un peu ses ambitions. Katia prévoit de faire diverses activités avec les habitants, pour se familiariser avec eux. Elle veut simplement faire en sorte que les gens se connaissent, pas seulement les locaux, mais aussi les habitants de Kiev entre eux. Katia a déjà accepté le fait que ce sera une maison artistique plutôt qu’un hameau:

« Je veux faire des travaux dans la maison, je veux faire un sauna. Pour qu’il y ait un endroit pour se laver pour les gens qui viennent ici. Je veux créer un atelier où on peut construire et bricoler quelque chose, faire des travaux manuels. Autrement dit, ce sera peut-être un week-end où les gens se rassembleront et créeront ensemble. C’est juste une excellente opportunité, car les gens n’ont souvent nulle part où se rencontrer, parler, travailler, jardiner, poncer le bois. L’ergothérapie est vraiment une chose magique. Je n’ai moi-même jamais aimé travailler au village, jusqu’à ce que j’aie créé de telles circonstances dans lesquelles il est agréable et utile de travailler. Et l’air d’ici est très bon, et les conditions sont très favorables, et il n’y a pas d’Internet, une bonne connection — et c’est très cool. Cela unit les gens, tout le monde éteint son téléphone et on commence à parler. »

Le village a appris à Katia à accepter les gens tels qu’ils sont, à sourire et à toujours rayonner de bonté, à ne pas tomber dans des méthodes de communication négatives et méchantes:

Et ça marche. Eh bien, vraiment, quand quelqu’un vient chez toi et dit: « Je t’ai amené du bois mais je ne veux pas avoir de problème » Je dis: « Eh bien, Oleg, on a tous des petits problèmes. Tout le monde a des problèmes dans la vie: j’ai des problèmes, vous avez des problèmes. » Je lui ai souri, et il m’a souri et est parti. Lorsque vous souriez à une personne qui grogne c’est magique, et ça marche. Tout le monde commence à sourire aussi.

Malgré le fait que Katia tente de changer le hameau et les villages environnants, elle n’accepterait pas le poste de chef de village. Elle dit qu’en fait elle ne ressent pas encore la force de changer quelque chose ici :

« Eh bien, en ce moment je ne vois pas comment je pourrais déranger quelqu’un? Je ne suis pas très proche du village, j’ai acheté une maison à 3 km du village. Et pour eux tous, tout le village, en quoi ça les regarde ? Si j’étais devenue le maire du village, je recevrais des œufs pourris de leur part. Je ne veux pas dire à leur sujet qu’ils ne sont pas prêts, mais il n’est pas encore vraiment temps de changer quelque chose dans ce village. J’aurais la grosse tête ici avec ce poste. Il y a tellement de clans: forestiers, scieurs, flics, chasseurs. Tout est lié. Ce système me dévorerait. Je ne changerais rien ici. Je ferais mieux de changer quelque chose dans mon petit hameau et, par effet de rayonnement, j’irai irradier un peu plus loin. C’est tout. »

L’indépendance c’est le sentiment de pouvoir faire quelque chose

Katia dit que les Ukrainiens sont généralement de très bonnes personnes, qu’ils sont unis par une « chose invisible », malgré le fait que tout le monde soit très différent:

«La caractéristique commune des Ukrainiens est une sorte d’hospitalité, même si au début il semble que ce ne soit pas le cas. Il m’a semblé que les gens ici sont très inhospitaliers, mais bon… Les Ukrainiens ne sont pas faciles, mais ils sont très gentils. Et cela vous fait vraiment tomber amoureux de ces gens et des lieux qui les unissent partout. Une certaine gentillesse, une sincérité.

Pour Katia, l’indépendance, c’est quand elle n’a pas à demander la permission à sa mère pour savoir si elle peut aller quelque part en Afrique, elle lui en parle simplement et sa mère la soutient. La jeune femme ne veut faire de mal à personne avec son indépendance:

« Parce que l’indépendance est souvent confondue avec quelque chose comme « je fais ce que je veux ». Ce n’est pas à propos de ça. Il s’agit du fait de se sentir capable de faire certaines choses. C’est ce niveau, quand je peux me permettre d’aller acheter quelque chose, au niveau matériel, gagner de l’argent et l’acheter. Et sur le plan métaphysique – c’est de se sentir capable d’approcher une personne et de lui dire: « Je t’aime ». Comme m’a dit Ludmila. En fait, c’est une sorte d’indépendance vis-à-vis de la morale, des tenailles, des labyrinthes, des limites que la société construit autour de nous. Je veux juste m’en débarrasser et appeler cela l’indépendance — sourire à une personne comme ça, avouer son amour.

Je veux des jardins ici

La vie au hameau a appris à Katia beaucoup de choses, à planter des arbres par exemple. Katia rêve de son propre jardin. Il y a beaucoup d’arbres dans le hameau, mais peu d’arbres fruitiers. La jeune femme s’est habituée au fait qu’il y a d’immenses jardins partout près des maisons de Podillia. Là, tout d’abord, les gens qui viennent, construisent une maison et font un jardin. Dans le village de Goych près de sa maison et à proximité d’autres, il y a un maximum de 2-3 pommiers et un poirier. Katia veut que les gens profitent de jardins ici dans 15 à 20 ans. Ce fut une surprise pour elle de voir qu’en Polissia, il n’y avait principalement que du sable, car elle a grandi en Podillia, où il y a des terres noires partout:

« Vraiment, vous crachez un noyau de cerise, et il pousse déjà. J’ai essayé d’en mettre ici dans la terre mais ça ne pousse pas. Je suis allée au village pour chercher de l’humus. J’ai trouvé un garçon, Nicola, avec une jument. Il a dit: « D’accord, je vais te donner un peu de humus. » Il l’a apporté avec un chariot. Un chariot d’humus coûte 400 ou 500 hryvnias. C’est vraiment un trésor. L’année dernière, nous avons rempli environ 30 trous. Et cette année encore 15. Et c’est pas encore fini ! J’aurais peut-être dû arrêter de planter (elle rit).

En attendant, en plus du jardin, la jeune femme «plante» la compréhension mutuelle, montre à quoi peut ressembler l’art et comment le travail unit les gens. A chaque fois, Katia parvient à rassembler beaucoup d’amis au hameau – certains viennent de Biélorussie, de France. On peut souvent voir des volontaires qui aménagent un jardin ou installent une tente ensemble, certains veulent même construire un « canapé vert » dans le jardin. Dans tous les cas, une chose que Katia parvient à faire est d’unir les gens quoi qu’il arrive. Et qui sait, peut-être que l’oligarque Ivan permettra au rêve de la jeune fille de se réaliser un jour.

Comment nous avons filmé

Découvrez notre équipe et nos aventures sur le chemin du hameau de Goych dans le blog vidéo :

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteure:

Maryna Odnorog

Rédactrice:

Tetiana Rodionova

Productrice:

Olha Schor

Photographe:

Taras Kovaltchouk

Opérateur caméra:

Oleg Sologub

Mykhaylo Titov

Opérateur caméra,

Monteur,

Ingénieur du son:

Pavlo Pachko

Réalisateur,

Monteur:

Mykola Nosok

Éditeur photo:

Oleksandr Khomenko

Transcripteuse audio:

Anna Dragula

Svitlana Borchtch

Responsable de contenu:

Kateryna Yuzefyk

Traductrice:

Oksana Berenda

Éditeur de traduction:

Faustine Felici

Coordinatrice de la traduction:

Olga Gavrylyuk