Où voir les étoiles à Odessa ?

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L’Ukraine compte parmi les premiers pays européens en nombre d’observatoires astronomiques. Pendant seulement deux cents ans, au 19 et au 20 siècles, on a ouvert ici 7 observatoires sous les auspices des établissements scientifiques. Ces observatoires fonctionnent toujours. L’un des plus anciens d’entre eux se trouve à Odessa. Il n’y a pas longtemps, ils ont restauré ici un télescope daté de plus de 100 ans. Aujourd’hui, il peut nous faire voir les étoiles. L’Observatoire d’Odessa est le seul en Ukraine à fabriquer des télescopes. Créé par des experts locaux, le plus grand télescope de l’Ukraine fonctionne aujourd’hui au site d’observation de Mayaky.

Les recherches astronomiques ont une longue histoire en Ukraine. Déjà dans des installations préhistoriques on retrouvait des images et des motifs symboliques représentant la perception humaine de l’Univers. Pendant les temps de la Rus’ de Kyïv, les monastères religieux observaient les corps célestes, plus tard, cette activité est devenue la prérogative des établissements éducatifs. L’un des premiers cabinets astrologiques ukrainiens a été ouvert à la deuxième moitié du 18ème siècle à l’Académie Mohyla de Kyïv.

La recherche sur les lois des événements célestes demande d’effectuer systématiquement des observations et d’en noter les résultats. À cette fin, ont été ouverts des observatoires astronomiques auprès des établissements éducatifs et scientifiques des villes telles que Lviv, Mykolaïv, Kyïv, Odessa, Kharkiv et Simeïz.

L’observatoire dans la ville. Odessa

L’un des observatoires astronomiques ukrainiens les plus anciens et toujours actifs est celui d’Odessa. Il a vu le jour en 1871, c’est-à-dire, presque un siècle après la fondation de la ville avec son port marchand maritime. La ville portuaire avait besoin d’outils de navigation précis ainsi que de données nécessaires pour réguler les mouvements des bateaux.

En 1817 à Odessa s’est ouvert le Lycée de Richelieu qui disposait d’une classe dotée d’appareils topographiques et astronomiques, y compris de télescopes. Néanmoins, comme les informations sur le fonctionnement de la classe n’ont pas été préservées, le début de l’histoire de l’Observatoire d’Odessa est généralement associé avec l’ouverture plus tard, en 1865, de l’Université de Nouvelle-Russie (de nos jours, l’Université nationale Metchnikov d’Odessa).Aujourd’hui encore, l’observatoire astronomique fait partie de la structure universitaire. Des étudiants suivent ici des cours et des stages.

En plus du travail académique et éducatif, l’observatoire menait un nombre de missions déléguées par la mairie. Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, les observations astronomiques offraient l’un des moyens les plus sûrs pour synchroniser les horloges. Dans les villes, l’heure exacte des horloges principales se vérifiait sur le Soleil. De plus, les employés de l’observatoire assuraient la précision des chronomètres des bateaux entrant dans le port, alors que les recherches géodésiques et astrométriques permettaient de suivre le bon fonctionnement des compas et des sextants.

Après l’arrivée des lampadaires à gaz à Odessa, l’observatoire s’est chargé de la définition des heures de leur allumage et de leur éteinte.

Pour construire l’observatoire, le gouvernement local de l’époque a choisi le lieu-dit Langeron. Durant la même période, dans les années 1870, près du cap Langeron s’étend le parc d’Alexandre (aujourd’hui, le parc central Taras Chevtchenko). De nos jours encore, il reste l’un des plus grands parcs de la ville. Selon certaines sources, les employés de l’observatoire participaient à la plantation de ce parc.

Chercheur et guide de l’Observatoire d’Odessa Osman Chachrouhanov nous informe que la tour ronde de l’observatoire a été construite par l’ancien architecte de la ville Oleksandr Bernardazzi.

— C’était la périphérie d’Odessa. Ils ont dédié ce terrain à l’observatoire, car d’après les documents de l’époque, le lieu-dit Langeron était une surface vide.

Sextant
Instrument optique qui mesure précisément un angle entre les deux directions.
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Les télescopes

Pendant des siècles, les chercheurs utilisaient les télescopes optiques basés sur de lentilles optiques et des miroirs. On les appelle respectivement des télescopes réfracteurs et des télescopes réflecteurs.

Dans les années 1930 aux États-Unis pour la première fois ont été enregistrées les ondes radio de l’origine spatiale. À partir de ce moment, on voit croître aussi le nombre de télescopes radio étudiant les objets spatiaux sur des fréquences différentes. L’astronomie devient une science de plus en plus informatisée qui modélise et étudie l’espace dans les spectres ultraviolet, infrarouge et autres.

UTR-2 — l’un des plus grands télescopes au monde qui mesure les ondes décamétriques et est situé à 70 km de Kharkiv.

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UTR-2 — l’un des plus grands télescopes au monde qui mesure les ondes décamétriques et est situé à 70 km de Kharkiv.

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Après la Deuxième Guerre mondiale, les recherches radio astronomiques commencent aussi en Ukraine. À 70 km de Kharkiv, se construit l’un des plus grands télescopes en forme de lettre T — UTR-2 qui sert à mesurer les ondes décamétriques. Cette installation, dont la surface égale 25 terrains de foot, fonctionne toujours.

Directeur de l’observatoire dans la deuxième moitié du 20ème siècle, un astronome ukrainien Volodymyr Tsessevytch, réunit ici une forte équipe afin de construire des télescopes de 40 à 100 cm de diamètre. Le plus grand télescope monté par l’équipe de Tsessevytch se trouve à l’observatoire de Vygorlate dans la ville de Humenné en Slovaquie.

— Notre observatoire a été le seul dans l’URSS capable de produire des télescopes de manière autonome. On a des ateliers mécaniques ici [à Odessa]. À Mayaky, il y a des ateliers optiques.

L’état des finances actuel ne couvre pas les dépenses de production des télescopes puissants. Néanmoins, les membres de l’équipe continuent à fabriquer des appareils de taille modeste utilisables à des fins scientifiques. Grâce à l’informatisation des recherches et à la coopération internationale, l’Observatoire d’Odessa est en mesure de recevoir et d’analyser les données scientifiques de haute qualité.

Le petit bijou de l’observatoire, c’est le télescope mécanique réfracteur fabriqué par la société anglaise « Thomas Cooke et fils » (« T. Cooke & Sons » en anglais). Il a été installé dans la deuxième tour déjà au 19ème siècle. C’était un instrument très puissant pour l’époque. Environ 4 mille plaques de ce télescope se conservent toujours dans l’archive de l’observatoire. Les plaques reproduisent principalement des étoiles variables, des comètes et des astéroïdes.

— L’observatoire a acheté ce télescope par les fonds donnés par le docteur Ivanov en 1886. Le docteur a travaillé à la faculté de médecine et avait légué son héritage à l’université et à la science. L’astronomie à Odessa a pratiquement commencé avec ce télescope.

Dans la deuxième moitié des années 1950, avec l’ouverture du site d’observation à Mayaky, ce télescope cesse d’être l’outil principal des scientifiques. Mais malgré tout, il reste un objet très précieux :

— C’est l’histoire de la science. Pour les enfants et pour la jeunesse, cela a beaucoup d’importance. Ils peuvent l’utiliser pour regarder les étoiles et les planètes.

Osman Chachrouhanov nous renseigne que, dans tout l’observatoire, ce télescope est le seul dans lequel on peut regarder directement, les télescopes modernes ne disposant pas de canaux visuels.

En 2019, les anciens employés de l’observatoire – les spécialistes du service de construction des télescopes – ont reçu un don financier et ont restauré ce télescope.

Osman

Osman Chachrouhanov a connu ce télescope déjà pendant ses études à l’Université d’Odessa. Le scientifique avait lié sa vie avec l’observatoire il y a à peu près 40 ans :

— Je travaille ici depuis la fin de mes études universitaires en 1982. Mais déjà avant, je travaillais à l’observatoire et je donnais des cours à partir de ma troisième année.

Osman est né au Daghestan, dans la partie Nord-Est du Caucase :

— Je viens du Daghestan. Là-bas, le ciel est beaucoup plus beau qu’ici. Vous pouvez y voir la nébuleuse d’Andromède directement dans le ciel, sans aucun télescope. Elle est visible depuis les hautes montagnes. Mais je voulais non seulement la voir, je voulais aussi avoir une chance de voler vers elle.

Dans les années 1980 le chercheur a eu l’occasion de visiter différents observatoires de l’URSS, mais celui d’Odessa lui avait plu le plus.

— Quand j’étais arrivé ici, l’observatoire se développait très activement. 150 personnes travaillaient sur de grands projets de recherche. Et c’était de la recherche appliquée : on concevait des équipements pour télescopes et [pour d’autres] appareils électroniques. Parmi les observatoires universitaires, c’est-à-dire, ceux qui se finançaient moins généreusement, le nôtre était le plus avancé. Odessa a toujours trouvé des solutions et a toujours su résoudre les problèmes. C’est, peut-être, par ça qu’elle attire les gens.

D’après Osman, les principaux problèmes de la science d’aujourd’hui sont le développement croissant des théories sans accomplissement pratique et la course aux publications dans les revues scientifiques. Le chercheur est convaincu que l’utilité pratique doit avoir une priorité.

— La science consiste dans l’élargissement de l’expérience. Sans ça, on aurait pu aussi bien écrire des contes pour enfants.

À l’observatoire, Osman Chachrouhanov étudie les propriétés de l’espace et de la vitesse de la lumière, se penche sur les effets de l’induction de type gravitationnelle et développe sa propre théorie des origines de l’Univers.

— Ce serait bien de voir un tel endroit se développer davantage. Ces connaissances accumulées sont nécessaires, si ce n’est pas pour la science, au moins pour l’enseignement. De ce fait, il n’est pas question d’abandonner de tels lieux. S’il est impossible de les rénover ou de les restaurer, nous devons pour le moins les préserver dans leur état actuel. Peut-être que nous, les adultes, nous n’avons pas besoin de ces lieux, mais les enfants en ont besoin à coup sûr

En plus des grandes institutions scientifiques, il y a en Ukraine des observatoires privés et même des observatoires auprès des écoles. L’autre jour, nous avons présenté la commune de Baïkovets’, où vient d’être ouvert le premier l’observatoire automatisé en milieu rural.

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Les astronomes amateurs observent les objets et les phénomènes célestes à l’aide des simples télescopes radio et optiques. En outre, ils pratiquent de l’astrophotographie. Un fait remarquable : l’astronomie est une science à laquelle les amateurs peuvent contribuer beaucoup. Ils prennent des mesures de point précis, identifient les comètes et observent les étoiles variables.

Astrophotographie
L’activité de prise en photo des parties du ciel nocturne.

L’observatoire à la périphérie de la ville. Kryzhanivka et Mayaky

Comme un composant du département de l’astronomie de l’université, l’Observatoire d’Odessa offre une plateforme pour des études scientifiques. On analyse ici les mouvements des corps célestes (astrométrie), on effectue des recherches astrophysiques du Soleil, des planètes et des étoiles. On étudie le champ gravitationnel de la Terre (gravimétrie), les comètes, les météores, etc. À l’heure actuelle, les recherches les plus actives portent sur la composition chimique des étoiles et sur la structure de la Galaxie.

C’est précisément ici que le chercheur ukrainien Oleksandr Orlov avait créé la première carte gravimétrique du pays recensant la localisation de plusieurs minerais. En outre, l’observatoire a mené l’arpentage des limans et des pentes côtières d’Odessa, a réalisé la première imagerie des rues de la ville, a étudié le problème des glissements de terres et a étudié l’impact des marées hautes.

Arpentage
Processus qui fournit un plan topographique du territoire.

Avec le temps, continuer les observations scientifiques dans la ville même est devenu difficile : Odessa grandissait et devenait de plus en plus illuminée. Par conséquent, un couple de nouveaux sites d’observation ont vu le jour à la fin des années 1950 dans les villages de Kryzhanivka et de Mayaky, à quelques dizaines de kilomètres de la ville.

Au site d’observation de Mayaky se conserve une précieuse collection des plaques en verre représentant les images du ciel étoilé. Ce sont plus de 100 mille plaques, produites entre 1909 et 1989. Une partie de l’archive est composée des plaques de l’Observatoire de Simeïz que les astronomes ukrainiens ont pu récupérer après l’annexion de la Crimée. Cette archive de photos, sur lesquelles sont enregistrés la voie de comètes et les autres événements spatiaux, occupe plusieurs salles du bâtiment administratif du site. Par sa taille, cette collection compte comme la troisième la plus grande au monde, après les collections des observatoires de Harvard aux États-Unis et de Sonneberg en Allemagne.

Les plus puissants télescopes de l’Observatoire d’Odessa se situent à Mayaky. Ils ont pour missions principales l’observation des satellites géostationnaires, la recherche et la photométrie des étoiles variables et l’observation de la Lune et des météores.

Dans le village de Kryzhanivka opère une patrouille météorique, qui depuis 2003 observe régulièrement les météores télescopiques (les pluies d’étoiles). Les observations se font avec un instrument modernisé, basé sur le télescope de Schmidt et qui permet d’étudier les phénomènes météoriques en mouvement.

Système optique de Schmidt
L’un des systèmes optiques à base des dispositifs rétroréfléchissants, largement utilisé dans l’astrométrie.

L’équipe de l’observatoire dispose également des sites en hautes montagnes au Caucase du Nord (pic Terskol) et en Turkménistan (pente de la montagne Douchaque-Érécdague).

L’observatoire édite un journal annuel anglophone « Odessa Astronomical Publications » (« Les publications astronomiques d’Odessa » en français) où se publient des articles sur l’astronomie et l’astrophysique, des études spatiales et des contributions des colloques scientifiques. Une autre publication annuelle, « Le calendrier astronomique d’Odessa » (probablement non-anglophone), suit tous les phénomènes astronomiques marquants de l’année.

Planétarium, la deuxième vie

À partir des années 1960, l’un des piliers de l’éducation astronomique était le planétarium local, situé dans l’ancien séminaire religieux près de la gare ferroviaire. Dans un pays athée comme l’URSS, il était d’usage d’allouer des bâtiments religieux à des établissements industriels et scientifiques. Dans ce sens, l’Odessa n’a pas fait l’exception. Au début des années 1990, avec le démantèlement de l’URSS, ces locaux ont commencé à être rendus à l’église et le Planétarium d’Odessa a cessé d’exister dans sa forme initiale.

Selon les informations des chercheurs de l’observatoire, seulement une minime partie d’objets de collection et des équipements a pu être sauvée. Reconstruire le planétarium à partir de zéro s’est avéré alors impossible à cause des coûts exorbitants de nouveaux équipements.

— Aux temps soviétiques, le planétarium était dans l’église. Plus tard, le local a été rendu aux religieux. Quand on était allé le voir, on y avait constaté une ruine totale. J’avais alors restauré le télescope et nous avons commencé à organiser des visites guidées. Maintenant, des cours et des visites guidées sont déjà dispensés par plusieurs de nos collègues. Nous avons pas mal de visiteurs. Ça intéresse les gens.

Au commencement des années 2000, une alternative au planétarium original est apparue à l’observatoire – un planétarium / salle de cours où les membres de l’équipe organisent des cours et de rencontres thématiques.

En 2017, en utilisant une plateforme numérique locale « Le citoyen engagé » l’observatoire a obtenu un financement pour la construction du planétarium digital.

En 2018, pour recueillir la somme manquante, l’équipe a organisé le « Star fest » (« Le festival céleste » en anglais), un événement avec des activités pour enfants et pour adultes. Bâti sur la place du vieux garage, le nouveau planétarium digital a d’abord fonctionné dans un mode d’essai. Puis en juillet 2019, l’observatoire a de nouveau organisé le Star fest dont le programme comprenait déjà des événements dans le planétarium rénové. Cette fois, le festival collectait les fonds pour ouvrir à l’observatoire un musée, un espace d’observation et un espace de cours.

La photographe : Tetyana Strelnikova

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Si avant la reconstruction, l’observatoire avait seulement une salle de cours multifonctionnelle avec un écran de projection, aujourd’hui, le planétarium digital possède un nouveau projecteur qui transmet l’image numérique du ciel sur toute la surface de la coupole.

— C’est nécessaire pour l’éducation des enfants. Même un planétarium de taille modeste est important. En plus, nous organisons des visites guidées. Des foules de gens viennent chez nous. Et non seulement d’Odessa, mais de partout en Ukraine. Ça nous arrive même de recevoir des visiteurs de tous les coins du monde.

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteure:

Iryna Levtchenko

Rédactrice,

Coordinatrice:

Natalia Ponedilok

Productrice:

Olha Schor

Photographe:

Pavlo Pachko

Yurij Stefaniak

Hari Krisshnan

Opérateur caméra:

Pavlo Pachko

Oleg Martchuk

Monteur:

Serhij Korovajnyj

Réalisateur:

Mykola Nosok

Graphiste:

Kateryna Chmygol

Éditeur photo:

Katya Akvarelna

Transcripteuse audio:

Alyona Kabaliuk

Traducteur:

Oleksandr Gryniuk

Éditeur de traduction:

Emmanuel Graff

Responsable de contenu:

Yana Rusina