La reconstruction de l’Ukraine après la guerre: devenir meilleurs qu’avant la guerre

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Les cartes en ligne qui notent les destructions, les manuels de reconstruction urbaine, les programmes de réhabilitation des militaires et des accords avec des pays partenaires au sujet de la reconstruction d’infrastructures- l’Ukraine est prête de devenir meilleure qu’avant l’invasion massive. Les Ukrainiens travaillent déjà là-dessus, sans remettre à plus tard et céder au “faisons le après la victoire”.

Nous vous parlons de la diversité des opportunités et des défis relatifs àla reconstruction de l’Ukraine après la guerre et nous étudions l’expérience des pays qui ont traversé une guerre.

Documentation des conséquences de la guerre

Depuis déjà plus d’une demi-année (ndt: depuis déjà bientôt un an) que l’armée russe détruit quotidiennement l’infrastructure militaire et civile. A la date du 22 août 2022 les experts ont estimé les pertes directes des destructions à un montant de plus de 110 milliards de dollars (soit 2,9 trillions de hryvnia). Et déjà en septembre, le ministère de la Défense de l‘environnement et des ressources naturelles d’Ukraine a annoncé que les dommages écologiques s’élevaient à quelque trillion de hryvnia. Les pertes globales de l’Ukraine liées à la destruction des infrastructures et à la perte des capacités économiques s’élèvent à 4 milliards de dollars par jour.

Selon les données de la haute école d’économie de Kyiv environ 860 000 familles ont perdu leur logement, et cela depuis le début de l’invasion massive. Plus de 40 millions de m2 d‘habitat ont été détruits ou endommagés. Par ailleurs, des dizaines des centres médicaux, des établissements d’enseignement et d’éducation, des centres commerciaux et des raffineries, des milliers de mètres de routes et de voies ferrées ont également souffert. Les dommages directs sont aggravés par des pertes accompagnant ces destructions: la baisse du PIB, la fuite des investissements et des travailleurs, une baisse de l’attractivité touristique du pays etc.

Diverses initiatives ukrainiennes et étrangères répertorient les dommages causés par les forces d’occupation à l’aide de cartes en ligne spécialement développées. Par conséquent, le monde entier voit les crimes commis quotidiennement par les occupants russes, et cette fois la Russie ne sera pas en mesure de s’en tirer avec des phrases comme « ce n’était pas nous ».
Certaines initiatives permettent d’enregistrer directement les dommages causés. Par exemple, pour documenter la destruction en Ukraine, une plate-forme « La Russie paiera » a été créée. Sur cette plateforme, vous pouvez lister les dommages subis, joindre des preuves photographiques ou vidéo. Les informations sur les biens endommagés peuvent également être transmises à l’aide de l’application « Diia ». Ainsi ces initiatives pourront aider à traduire les criminels en justice et à obtenir des indemnisations.

Aide du monde entier

Depuis le début de l’invasion à grande échelle, un certain nombre de pays (comme le Canada, les États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni, etc.) ont gelé les avoirs étrangers des banques russes, des oligarques et des entreprises qui soutiennent et / ou financent le régime du Kremlin. Le montant total de ces avoirs gelés est d’environ mille milliard de dollars, dont environ 300 milliards de dollars sont des actifs de la Banque centrale russe.
Les montants vont augmenter, notamment en raison des ventes de biens étrangers sanctionnés de la Russie. Ces fonds devraient être utilisés pour restaurer l’Ukraine.

Sur les réseaux sociaux, les Ukrainiens discutent périodiquement des perspectives de la reconstruction des villes après la guerre. Ces échanges témoignent, en plus de la détermination de la société à reconstruire l’infrastructure des villes et des villages, d’une volonté de reconstruire mieux que ce n’était avant la guerre. Cependant, il y a aussi de nombreuses préoccupations. Par exemple, la crainte qu’après la fin des hostilités, l’Ukraine se retrouve seule, sans soutien financier et incapable d’entamer une rénovation complète. Mais cette crainte disparaît progressivement, à mesure des déclarations, déjà existantes depuis les premiers mois de l’invasion, de gouvernements d’un certain nombre de pays annonçant leur intention de se joindre à la reconstruction de l’Ukraine, en fournissant des fonds ou le savoir-faire de leurs spécialistes.

Au cours du cinquième mois de la grande guerre, le gouvernement estonien a annoncé une possible participation à la reconstruction de 15 infrastructures civiles à Jytomyr et dans la région du même nom. Un chantier pour reconstruire une école maternelle détruite a notamment été lancé dans la ville d’Ovruch.

Des négociations sont en cours quant à la participation du Danemark à la reconstruction de la ville de Mykolaïv et de sa région: il s’agit de la reconstruction de structures définies ainsi que de la fourniture d’engins de chantier.

Le 17 juin, lors du sommet britanico-ukrainien à Londres, un mémorandum a été signé concernant la volonté du Royaume-Uni de participer à la reconstruction de Kyiv. Le 25 août, les ministres des Transports des deux pays ont signé un plan d’action conjoint pour la reconstruction du réseau de transport de l’Ukraine. Il prévoit un accompagnement financier et de compétences dans la reconstruction des chemins de fer, des ports et des aéroports. En outre, le Royaume-Uni transférera à l’Ukraine plusieurs bus ainsi que l’équipement de chantier pour remettre en état les axes routiers stratégiques pour l’exportation de céréales. Le montant total de ce soutien sera de près de 4 milliards de livres sterling (environ 170 milliards de hryvnia). En outre, les gouvernements de la Pologne, de la République tchèque, de l’Italie, de la Grèce, du Japon et d’autres pays ont déclaré leur volonté d’aider à la reconstruction de villes précises.

Parallèlement, le 15 juin, le président de l’Ukraine a signé un décret sur la création du Conseil national pour le redressement de l’Ukraine après la guerre. Les bureaux d’architecture ukrainiens ne sont pas à l’écart non plus. Par exemple, le bureau d’architectes AIMMenergy a lancé une plate-forme en ligne pour trouver des solutions pour reconstruire des bâtiments détruits. On y publie des projets de construction et de reconstruction des édifices en utilisant les dernières technologies d’efficience énergétique et d’éco-construction, ainsi que l’ensemble des publications sur divers projets de restauration d’après-guerre en Ukraine.

Certaines organisations ukrainiennes travaillent déjà sur des propositions de reconstruction de bâtiments particuliers. Par exemple, Loft biuro a proposé plusieurs versions pour la reconstruction du bâtiment de l’administration d’État de la région de Mykolaïv, détruit par les troupes russes à la fin du mois de mars 2022.
Par ailleurs, un groupe de travail spécifique a été créé qui, en collaboration avec la Chambre d’architecture de l’Union nationale des architectes d’Ukraine (NSAU), élaborera de nouvelles normes pour les chantiers des logements, en tenant compte de l’expérience de la grande guerre. Dans le même temps, les urbanistes créent des guides / livres blancs/ pour la reconstruction urbaine.

Tout cela nous démontre que le « on verra après la victoire » n’est pas un scénario ukrainien. Les Ukrainiens font tout leur possible ici et maintenant. En particulier, des initiatives de l’État et des bénévoles ont déjà permis de reconstruire ou de lancer la rénovation de bâtiments endommagés par les occupants. Nous pouvons évoquer, entre autres, des préfabriqués, qui assureront un refuge temporaire pour ceux qui ont perdu leur maison à cause de la guerre à grande échelle.

En quoi l’expérience de l’Europe après la guerre est importante pour l’Ukraine?

Certains États, comme la Pologne, l’Allemagne et les Pays-Bas, ont connu, après la fin des guerres, une croissance dite “post-traumatique”, au cours de laquelle ils ont réussi non seulement à surmonter les difficultés existantes, mais aussi à dépasser les indicateurs de qualité de vie d’avant-guerre. Leur expérience du développement d’après-guerre peut aider l’Ukraine à restaurer ses infrastructures plus rapidement et à revenir à la vie normale.

Il est important de souligner que l’expérience de la reconstruction d’après-guerre dans les pays européens n’a pas toujours été couronnée de succès. Cependant, c’est l’analyse des erreurs du passé qui aidera les Ukrainiens à éviter les leurs, en tenant compte de tous les risques possibles. Ainsi, en Bosnie-Herzégovine, après la fin de la guerre de Bosnie (1992-1995), il n’y a pas eu de croissance économique significative, malgré l’aide financière et les divers types d’aide d’autres pays qui ont cherché à aider le pays à s’intégrer en Europe. Parmi les erreurs de cette époque, on peut évoquer l’absence d’une stratégie générale de développement, l’absence d’un centre unique pour coordonner les programmes de reconstruction, les doublons de compétences des organismes diverses, le détournement des fonds, les faibles compétences de gestion des organismes gouvernementaux, etc.

Guerre de Bosnie
La guerre de Bosnie-Herzégovine est un conflit militaire international en Bosnie-Herzégovine. Elle a eu lieu entre la Serbie et le Monténégro d’une part, la République de Bosnie-Herzégovine et la Croatie d’autre part.

Pour un pays qui se reconstruit après la guerre, le suivi et le contrôle des flux financiers destinés au développement de l’industrie sont primordiaux. Ils permettent d’éviter une concentration des fonds au sein d’un unique grand groupe ou d’une entreprise qui ne se focaliserait que sur ses propres profits. Une situation similaire s’est produite en Italie à la fin de la Seconde Guerre mondiale. A l’époque, une part importante des actifs financiers a été capturée par quelques grandes entreprises et des clans définis, ce qui a ralenti le développement économique du pays.

L’Ukraine devra également se pencher sur des questions sociales, notamment sur l’indemnisation financière des victimes. Cela souligne une fois de plus l’importance de documenter et d’évaluer à temps les dommages causés par l’ennemi. Bien sûr, il ne sera pas possible de se passer de l’aide financière d’autres pays. Actuellement, on ne peut que spéculer s’il s’agira d’un nouveau « plan Marshall », des prêts préférentiels ou d’une compensation par le pays agresseur. En ce qui concerne ce dernier, l’Ukraine aura un long chemin à parcourir. Les options peuvent être différentes: du consentement volontaire de la Russie à payer (indemnisation totale ou partielle des pertes infligées par le pays agresseur à un ou plusieurs autres pays en déclenchant une guerre – ndlr.) jusqu’à la saisine des avoirs gelés du pays agresseur par le biais de poursuites internationales. Il convient de garder à l’esprit que le processus de remboursement peut durer des années. En particulier, dans les cas d’indemnisation aux dépens des avoirs étrangers de la Russie et de la Biélorussie, chaque pays qui détient ces avoirs devra élaborer son propre régime législatif pour pouvoir débloquer ces avoirs et effectuer les reversements à l’Ukraine.

Plan Marshall
Programme américain d’aide économique aux pays européens après la Seconde Guerre mondiale. Mis en œuvre d’avril 1948 à juin 1952.

En outre, la stratégie globale pour le redressement et le développement du pays devrait correspondre aux exigences à remplir pour rejoindre l’UE, car le 23 juin 2022, l’Ukraine a finalement reçu le statut de candidat tant souhaité. Un certain nombre de programmes et de stratégies liés à la reconstruction de l’Ukraine après la guerre devrait être coordonné par un centre unique, dont les activités, à leur tour, doivent être surveillées, en y impliquant des partenaires et des experts internationaux.

Ainsi, lors de la Conférence sur la reconstruction de l’Ukraine (Ukraine Recovery Conference), qui s’est tenue les 4 et 5 juillet 2022 à Lugano, la création de la Banque nationale de développement d’Ukraine a été à l’étude, parmi d’autres outils. L’idée n’est pas nouvelle et elle peut être mise en œuvre à l’instar d’institutions similaires qui ont fonctionné dans les pays européens après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’objectif principal d’une telle banque serait de contrôler l’arrivée des fonds et d’éviter leur détournement. En outre, la banque pourrait jouer un rôle important dans la relance économique du pays en octroyant des prêts à des projets stratégiques, dont le niveau d’exposition aux risques sera trop élevé pour les banques ou les investisseurs traditionnels. Un tel rôle clé a été joué par la banque KfW en Allemagne de l’Ouest après la Seconde Guerre mondiale. La KfW continue à être l’une des banques publiques les plus efficaces.

Banque KfW
La Banque d'État du gouvernement de la République fédérale d'Allemagne, qui est un organisme créditeur pour la reconstruction du pays : elle soutient les PME, finance les institutions sociales, s'engage dans le soutien financier des exportations et des projets nationaux, s’occupe du refinancement, etc.

Relancer l’économie et l’industrie

La guerre a porté un coup dur à l’économie de l’Ukraine. Au cours du troisième mois seulement de l’invasion à grande échelle, les pertes totales ont atteint 100 milliards de dollars, soit 50 % du PIB total de 2021.

Une solution efficace pour le redressement du pays sera l’intégration de l’économie ukrainienne dans le système économique de l’UE. Divers projets européens d’infrastructure et de logistique peuvent y contribuer. Par exemple, l’inclusion des voies logistiques ukrainiennes (routières, ferroviaires, aériennes et fluviales) dans les réseaux logistiques européens dans le cadre du programme RTE-T (en juillet 2022, la Commission européenne a inclus les routes logistiques ukrainiennes dans les cartes indicatives du projet), la rénovation des postes de contrôle existants et l’ouverture de nouveaux points de contrôle aux frontières avec les pays européens, la modification des normes des voies ferroviaires pour passer au standard européen (ndr: l’écartement de rail le plus répandu dans le monde est de 1435 mm, alors qu’en Ukraine seuls quelques tronçons ont cet écartement, le reste des voies ferrées a un écartement de 1520 mm). Alors que les hostilités se poursuivent, l’Ukraine et les pays de l’UE négocient la libéralisation du transit de marchandises de l’Ukraine vers l’Europe, la création de “routes de solidarité” pour l’exportation de céréales et l’importation de biens nécessaires, le soutien aux exportations ukrainiennes de marchandises via les ports européens, etc. . Toutes ces avancées resteront également pertinentes après la fin de la guerre.

RTE-T
“Réseaux Transeuropéens de Transport”. C’est un projet d'infrastructure de l'Union européenne qui vise à créer une connexion de bout en bout des pays européens avec un réseau de routes, de chemins de fer, d'aéroports et de voies navigables.

L’armée russe cible des entreprises ukrainiennes qui ont des profils et des capacités variés. Heureusement, de nombreuses entreprises ont réussi à évacuer des équipements et/ou des matières premières ou des produits finis tout en continuant à fonctionner. Cependant, certaines ont été contraintes d’arrêter de travailler partiellement ou complètement : l’usine métallurgique d’Ilyich et l’usine métallurgique d’Azovstal à Marioupol, l’usine d’avions Antonov à Kyiv, la raffinerie de pétrole de Krementchouk, le groupe de recherche et développement dans le domaine des turbines à gaz Zorya-Mashproekt à Mykolaïv et d’autres.

Photo: Anton Cheveliov

Actuellement, il est très difficile d’évaluer les dommages exacts de la destruction de ces entreprises, mais cela a des conséquences non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour le monde. Par exemple, l’usine d’Azovstal, qui est devenue un avant-poste de la défense de Marioupol au début de l’invasion à grande échelle, produisait chaque année des millions de tonnes de fonte, d’acier et de métal laminé (dont certains types n’étaient produits qu’ici). L’usine a assuré plus de 12 000 emplois aux habitants de Marioupol. La dernière fois qu’Azovstal avait été complètement arrêtée était en 1941, en raison de la guerre contre l’Allemagne nazie et le travail n’avait repris qu’en 1943. En avril 2022, l’armée russe a bombardé et pratiquement détruit l’usine.

De plus, à la suite de l’agression russe, l’entreprise publique Artemsil, de la ville de Soledar dans la région de Donetsk, a cessé de fonctionner. Après cela, il y a eu une pénurie de sel en Ukraine pendant un certain temps, car il s’agit du plus grand producteur de sel du pays, qui travaillait à la fois pour le marché national et pour l’international.

Pour la reprise de la production d’après-guerre, il convient d’étudier de plus près l’exemple de la Corée. Après la fin de la guerre de Corée (1950-1953), le pays a été divisé en parties sud et nord. L’industrie en Corée du Nord était plus développée avant la guerre, mais après la fin des hostilités, la partie sud a dû se réorienter progressivement vers l’exportation, investir dans la R&D et dans l’innovation. Grâce à la protection financière des États-Unis, la Corée du Sud a réussi à se redresser progressivement, même si ce développement ne s’est pas fait à un rythme très rapide.

Guerre de Corée
Conflit armé entre la République populaire démocratique de Corée et la République de Corée.

Après la Deuxième Guerre mondiale, le Japon s’est développé de manière semblable. Dans son cas, les États-Unis ont pris le contrôle du pays vaincu : ils ont combattu les oligarques locaux et ont tenté de contribuer au développement du marché libre. Le développement à part entière du pays a été précédé de nombreuses réformes dans les domaines foncier, fiscal et du travail.

La localisation de la production peut devenir une condition importante pour un développement d’après-guerre à part entière pour l’Ukraine — au moins 60 % des produits doivent être fabriqués dans le pays. Ce point, soit dit en passant, est précisé dans le plan de redressement de l’Ukraine après la guerre, qui a été approuvé par la commission spécialisée de la Verkhovna Rada en mai 2022. Le plan est conçu pour 10 ans et vise à renforcer l’intégration européenne et à soutenir les initiatives privées.

La reconstruction comme une chance d’amélioration

L’armée russe vise non seulement les habitations, mais aussi les édifices culturels et religieux, qui peuvent être des monuments architecturaux, ou encore faire partie des réserves naturelles, etc. Cependant, la reconstruction peut être une bonne occasion pour l’Ukraine de s’éloigner des pratiques inefficaces ou moralement dépassées de la planification soviétique comme de celles de l’époque contemporaine en prenant en compte l’héritage historique et du contexte actuel: besoins réels des personnes, caractéristiques du paysage, respect de l’environnement et esthétique.

Il y a des dizaines d’exemples de villes détruites par la guerre qui ont été reconstruites mieux qu’elles ne l’étaient auparavant. Parmi les meilleures illustrations on trouve des villes avec un riche patrimoine architectural qui se sont vu renaître de leurs cendres – Varsovie (Pologne), Munich (Allemagne) ; les villes réaménagées, où l’architecture historique s’est vue harmonieusement combinée avec l’architecture contemporaine – Londres (Grande-Bretagne), Cologne (Allemagne); la “renaissance” des villes industrielles à faible patrimoine historique et architectural, où l’accent a été mis sur la reconstruction des capacités de production d’avant-guerre – Dortmund (Allemagne).

La prise en compte des échecs et des risques du vécu des autres pays aidera l’Ukraine à mieux faire face aux défis de la reconstruction pendant et après la guerre. Un exemple de la reprise peu réussie de Sarajevo – la capitale de la Bosnie-Herzégovine – après la guerre de Bosnie de 1992-1995 peut être révélateur.
Les autorités ont commis l’erreur de ne pas créer une plate-forme unique pour coordonner les organisations qui ont aidé la ville. Malgré des investissements importants – des conférences de donateurs organisées par la Banque mondiale en coopération avec l’UE de 1996 à 2002 ont permis de récolter environ 5,1 milliards de dollars pour des projets – la reconstruction de Sarajevo s’est en fait limitée à des réparations esthétiques. Seulement 850 000 dollars ont été dépensés pour financer la reconstruction de la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo, l’un des symboles de la ville et du pays. En raison de ces erreurs, la ville se compose désormais d’un certain nombre de quartiers sans âme, parfois avec des amas denses d’immeubles de grande hauteur. Les problèmes typiques de Sarajevo moderne sont la surpopulation, les embouteillages et les problèmes environnementaux.

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Il est important que les urbanistes (en particulier étrangers) qui seront impliqués dans la planification de la reconstruction des villes ukrainiennes, tiennent compte des spécificités de la vie dans les villes et villages ukrainiens. En raison de leur diversité, les mêmes solutions peuvent ne pas fonctionner pour une commune particulière. Par conséquent, il est très important de comprendre comment et avec quoi vit une commune, et pour cela, il est nécessaire d’établir une coopération avec la communauté de cette ville.
Dans certains endroits, il faut repenser le sens et l’importance de reconstruire des édifices détruits ou endommagés : l’Ukraine a beaucoup d’héritage soviétique obsolète, comme des ponts, des usines, des complexes hôteliers et de santé, etc. Leur entretien est coûteux et parfois peu pratique. Il convient également de mentionner la pratique de l’Union soviétique de construire des villes autour d’une installation industrielle, qui avait un désavantage majeur : après le déclin d’une usine ou d’une industrie, l’endroit désert (par exemple, Orbita, Tsukrovaryv, Stepnohirsk, Teplodar, etc.). Désormais, les Ukrainiens peuvent ne plus respecter cette logique.
A l’instar des villes européennes, au lieu de reconstruire un ancien aéroport détruit, il serait plus logique d’investir dans le développement de liaisons ferroviaires à grande vitesse dans la région. Ainsi, les passagers pourront se déplacer rapidement sur les distances souhaitées et, si nécessaire, rejoindre facilement l’aéroport de la grande ville la plus proche. Les expériences des pays européens dotés de liaisons ferroviaires développées, comme l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie ou la France, sont ici illustratives. Les aéroports de ces pays sont souvent situés loin des grandes villes et y sont reliés par voie ferrée. C’est ainsi que sont agencés les aéroports internationaux de Beauvais (Paris), Memmingen (Munich), Cologne-Bonn, Leipzig-Halle, etc.
Dans le même temps, la présence d’un réseau de lignes de TGV permet aux passagers d’avoir le choix entre les moyens de transport.

Cependant, le plus grand défi pour l’Ukraine est peut-être l’hostilité des pays voisins (Russie et Biélorussie), qui peuvent se comporter de manière imprévisible. Les frontières devront donc être délimitées et rentabilisées, de sorte que la présence d’un nombre suffisant d’abris anti-bombardement, le renforcement des structures de bâtiments, la création d’obstacles naturels tels que des collines, canaux, rivières, une planification stratégique de l’emplacement des installations militaires et des entrepôts resteront pertinent encore pour longtemps. De la qualité des solutions trouvées dépendra non seulement l’apparence et le confort des villes, mais aussi la sécurité des Ukrainiens. En particulier, en juillet 2022, le gouvernement a approuvé une loi sur la nécessité d’aménager des abris lors de la conception et de la construction de nouveaux bâtiments.

Faire revenir nos citoyens

La reconstruction du pays n’est pas seulement la rénovation des objets physiques. Dans l’immédiat, l’Ukraine a besoin de travailleurs qualifiés et expérimentés, et après la victoire, cette question deviendra encore plus urgente. Par conséquent, le gouvernement doit tout faire pour que les Ukrainiens puissent vivre dignement dans leur pays, et non à l’étranger.

Selon les estimations, le nombre d’Ukrainiens dans les pays de l’UE est d’environ 5,5 à 7 millions de personnes. Environ 3 millions travaillaient ou étudiaient à l’étranger avant la guerre. Selon une enquête de l’institut de sondage “Rating”, 90% des citoyens ukrainiens n’envisagent pas de déménager à l’étranger pour y résider de manière permanente. Cependant, seulement la moitié des Ukrainiens interrogés voient un avenir pour leurs enfants dans leur pays d’origine si le danger persiste, – indique l’enquête de l’Institut international de sociologie de Kyiv.

Depuis avril 2022, le nombre de ceux qui entrent en Ukraine est supérieur à celui de ceux qui quittent le pays. Parmi les raisons : le désir de retourner dans la famille, le sentiment que la région d’habitation est devenue plus sûre, etc. d’autres reviennent parce qu’ils n’ont pas de logement permanent et de travail à l’étranger. Mais une partie des personnes qui ont fui la guerre reste dans les pays d’accueil. Les sociologues évoquent des chiffres différents : de 5 % à 10 % du nombre total de ceux qui sont partis. Ces personnes resteront probablement à l’étranger à l’avenir.
Le gouvernement ukrainien envisage des options pour encourager les citoyens à retourner dans leur patrie : des négociations sont en cours avec les pays de l’UE sur la possibilité de fournir aux réfugiés un soutien financier pendant une certaine période après leur retour en Ukraine. On discute également de la création de fonds supplémentaires pour embaucher des Ukrainiens pour la reconstruction du pays, ainsi que de la création de programmes temporaires de revenu universel pour ceux qui rentreront chez eux. En particulier, certains de ces aspects sont déjà prévus dans le projet de plan de relance de l’Ukraine.

La réhabilitation de ceux qui sont restés au pays nécessitera une attention particulière : l’adaptation psychologique et l’implication des anciens combattants dans la vie quotidienne paisible, la réadaptation des personnes blessées par la guerre ou avec un syndrome post-traumatique, l’assistance aux personnes déplacées à l’intérieur du pays, etc.

Depuis le début de la guerre russe en 2014, l’Ukraine a déjà acquis une certaine expérience en matière de réhabilitation militaire. Aujourd’hui, il existe un certain nombre d’organisations qui apportent de l’aide juridique, sociale et psychologique aux militaires et à leurs familles, qui s’occupent de la réhabilitation médicale et de la reconversion professionnelle des militaires, les aident à obtenir un diplôme ou une formation, et à se réinsérer dans la société. Il s’agit notamment des programmes de l’organisation caritative de l’Église gréco-catholique ukrainienne “Caritas d’Ukraine”, de l’ONG “Pobratymy”, du Fonds caritatif “Association internationale pour le soutien de l’Ukraine” (AISU), la fondation d’aide qualifiée à l’armée “Return Alive” et autres.
Un certain nombre d’établissements de réhabilitation médicale et de la santé mentale prennent en charge les militaires gratuitement ou à des tarifs réduits, avec le soutien du gouvernement. Les militaires peuvent avoir accès aux programmes de soins et de la réhabilitation également à l’etranger. Les soldats ukrainiens ont déjà saisi cette opportunité en Lituanie et aux Pays-Bas. Des programmes similaires et des centres de réhabilitation pourraient bientôt apparaître en Norvège et en Allemagne – les négociations ont commencé au quatrième mois de la guerre.

Il existe divers programmes d’assistance psychologique et de conseil pour les civils. Ils sont disponibles à la fois dans différentes régions d’Ukraine et à l’étranger. Beaucoup d’entre eux sont gratuits ou avec une participation minimale. Des centres et refuges psychologiques pour les personnes déplacées, les personnes handicapées, la communauté LGBT+, etc. voient le jour.

LGBT+
Abréviation de l'anglais pour designer lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queer, intersexe, asexuel, etc.

La reconstruction des infrastructures de l’Ukraine et le retour de ses citoyens à une vie normale est un processus long, difficile mais bien réel. Les Ukrainiens sont déjà unis et bénéficient d’un solide soutien de la part de la communauté internationale. Le retour dexpérience de la reconstruction d’après-guerre des pays européens aidera à avoir du recul pour la reconstruction du pays. Il est important que ce processus ait déjà commencé – avant la fin de la guerre russo-ukrainienne. Et cela continuera après la victoire de l’Ukraine, car les Ukrainiens sont déterminés à construire leur État, en surmontant toutes les menaces.

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteur:

Andrij Chestaliouk

Rédactrice en chef:

Ania Yablutchna

Rédactrice:

Ivanka Svitlar

Éditeur photo:

Yurij Stefaniak

Responsable de contenu:

Yana Rusina

Coordinatrice de la traduction:

Olga Gavrylyuk

Traductrice:

Olga Gerasymenko

Rédacteur:

Faustine Felici