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Deux appartements viennent d’être rachetés à Kharkiv dans des immeubles classiques. Le premier a été habité par l’éminent critique littéraire, essayiste et spécialiste des langues Iouri Chévéliov, le second – par l’écrivain Petro Lyssovyï. Mais plutôt que d’être transformés en appartements des nouveaux-riches, ces logements sont devenus des résidences littéraires. Des écrivains, des chercheurs en littérature et d’autres acteurs du domaine artistique s’y installent pendant quelques semaines afin de faire naître à Kharkiv un nouvel univers culturel.

La nouvelle de la mise en vente de l’appartement de Chévéliov a fait surface en 2019 et avait tout de suite intéressé le Musée de la Littérature, l’un des établissements culturels les plus dynamiques et remarquables de Kharkiv. La directrice adjointe du musée Tétyana Pylyptchouk s’en rappelle :

— À l’époque, le formidable éditeur et chercheur local Oleksandr Savtchouk préparait le recueil de deux volumes des mémoires de Chévéliov, intitulé « Moi – de moi – pour moi ». Ayant retrouvé le plan du logement où a vécu Chévéliov, Oleksandr l’a présenté à notre architecte Serhiy Khangelari. Ce dernier a regardé le plan et nous a dit : « Cet appartement est en vente actuellement ».

Pour réintégrer le nom de Chévéliov dans le contexte de la ville et renforcer le statut de Kharkiv en tant que foyer de la littérature contemporaine, l’équipe du musée a commencé à chercher des pistes pour acquérir le chez-soi du célèbre linguiste.

Les appartements avec une atmosphère historique

Iouri Chévéliov est l’une des personnalités les plus en vue de la culture ukrainienne du XXème siècle. Né à Kharkiv, encore au temps de l’Empire russe, il devient critique littéraire et spécialiste des langues dans les années 1920. Chévéliov a eu la chance de ne pas avoir été touché par les purges staliniennes, même s’il n’a pas pu éviter les pressantes demandes de collaboration de la part du NKVD (la police spéciale de l’époque stalinienne). Chévéliov est resté à Kharkiv lors de la Seconde Guerre mondiale, puis a réussi à émigrer à l’Ouest où, avec le temps, il est devenu l’un des critiques, essayistes, linguistes et slavistes les plus notables de la diaspora ukrainienne. Il a participé à l’organisation du légendaire club « Le mouvement artistique ukrainien », a écrit des dizaines de livres et d’articles importants. Tétyana Pylyptchouk ajoute :

« Le mouvement artistique ukrainien »
Un club littéraire réunissant les écrivains ukrainiens immigrés en Allemagne dans les années 40 du XXème siècle. Il comprenait, entre autres, Ivan Bagriany, Yevhen Malaniouk, Viktor Petrov et Ihor Kostets’ky.

— Chévéliov n’est pas que linguiste, chercheur en littérature et critique. Il a également laissé des souvenirs uniques et extraordinairement honnêtes sur son époque et sur lui-même. Ses mémoires nous en disent beaucoup sur Kharkiv, comme le font aussi ses essais. Je trouve que ce sont les meilleurs mémoires et essais sur la ville, et ce malgré le fait qu’ils ne contiennent pas que des propos plaisants ou des compliments. On doit se sentir heureux d’avoir un tel penseur.

Le fait d’avoir vécu sous l’occupation allemande, d’avoir même travaillé pour le journal édité par les occupants (« La nouvelle Ukraine ») ainsi que dans l’administration locale, a causé de vifs débats et des scandales à propos de Chévéliov. On l’accusait de collaborationnisme et, en 2013, la plaque commémorative posée sur l’immeuble où il a habité avait été brisée.

Madame Pylyptchouk amène souvent des visiteurs dans cette partie du vieux centre-ville dotée de plusieurs endroits historiques liés à l’épanouissement culturel des années 1920-1930.

— Nous avons établi qu’ici, 5 rue Soums’ka, se trouvait probablement le fameux « Café Pо́ka » où les écrivains locaux allaient prendre un café turc et manger des gaufres françaises. C’est le co-working (espace de cotravail) préféré du principal futuriste ukrainien Mykhaïl Semenko.

Un peu plus haut sur la même rue se situait le théâtre « Bérézil » de Les Kourbas. Après lui, les bureaux du journal « Les nouvelles du Comité central exécutif panukrainien » (le suprême organe législatif du pays). Ici, le local non-chauffé d’une ancienne église accueillait les soirées des futurs meneurs de la Renaissance fusillée, des jeunes écrivains encore peu connus du grand public.

« Renaissance fusillée »
Une période de transformations expérimentales dans la culture ukrainienne, associée à la création d’œuvres d’art exceptionnelles dans plusieurs genres, ainsi qu'à l’apparition de nouvelles personnalités culturelles charismatiques, à l’instar de Mykola Khvyliovy, Vasyl Yermylov et Les Kourbas. La période a été brusquement terminée par les répressions soviétiques.

— À la sortie de ce quartier, connu à l’époque sous le nom comique du « Marché littéraire », se trouvait la Maison nationale de l’Édition. La bouillonnante vie littéraire de ce coin a permis à Chévéliov de découvrir la culture ukrainienne dans sa nouvelle forme. Ce n’était pas cette culture provinciale, retransmise par le récit officiel des années 1910. C’était la culture ambitieuse, vive et brillante.

Iouri Chévéliov a vécu dans le fameux immeuble rue Soums’ka, surnommé la « Salamandre » (du nom de la société des assurances qui l’a bâti dans les années 1914-1916). La « Salamandre » occupe un quartier entier et, pour accéder à l’entrée de Chévéliov, on passe non pas par la rue Soums’ka, mais par la rue Rymars’ka.

— Les appartements dans cet immeuble étaient confortables. La famille Chévéliov s’en est acheté un, assez spacieux, d’une surface de 150 mètres carrés.

Le père de Iouri était un général de l’armée impériale et pouvait se permettre un logement cher. Mais après qu’il a quitté la famille, la mère et le fils ont connu des difficultés matérielles et ont dû mettre en location une partie de l’appartement. Ensuite, avec l’arrivée du pouvoir soviétique, leur logement a été converti en une résidence collective et les Chévéliov ont été obligés de déménager dans l’ancienne chambre des domestiques. Par conséquent, le Musée de la Littérature s’est logiquement intéressé à la « Salamandre » en tant que l’immeuble où avait grandi et s’était formé intellectuellement Iouri Chévéliov, un homme de la culture impériale qui a choisi une identité ukrainienne.

En 2020, un autre appartement a été mis en vente. Situé dans le célèbre immeuble « Slovo » (« mot » en ukrainien), il était la demeure du journaliste et écrivain de fiction Petro Lyssovyï (de son vrai nom — Svachenko). Que représente le « Slovo » ? Un grand immeuble résidentiel rue Koul’toury, construit spécialement pour les écrivains ukrainiens soviétiques à la croisée des années 1920-1930 et conçu par Mykhaïlo Dachkevytch dans le style constructiviste avec des notes du moderne et de l’Art déco.

En grande partie, les écrivains ont financé eux-mêmes la construction de l’immeuble en formant à cette fin une coopérative. Les fonds manquants sont venus du budget républicain sur la décision du chef du gouvernement Vlas Tchoubar. Vu d’en haut, l’immeuble a la forme d’une lettre « C ». C’était la maison de dizaines d’écrivains, traducteurs, critiques littéraires et autres acteurs culturels les plus connus, de Mykola Khvyliovy à Mykhaïl Semenko en passant par Pavlo Tytchyna et Les Kourbas. Le « Slovo » s’était établi comme l’un des symboles du développement culturel spectaculaire qui a eu lieu dans les années 1920-1930 à Kharkiv, la capitale ukrainienne de l’époque.

— Plusieurs artistes avec des idées et des ambitions différentes se sont alors installés à Kharkiv. Mais leur trait commun était leur volonté de changer le monde, de le transformer en mieux. C’était précisément pour cette raison que sont apparus un nouveau centre culturel, des nouveaux projets intéressants et une architecture constructiviste.La liberté et l’expérimentation, c’est pour ça que j’affectionne cette période. Le totalitarisme soviétique ne s’était pas encore imposé, mais il existait déjà un unique milieu culturel.

L’affiliation professionnelle du « Slovo » a joué un rôle lors de la phase active des purges staliniennes, connues aussi comme la Grande Terreur. Il était beaucoup plus facile d’arrêter en masse et de surveiller les écrivains s’ils vivaient dans le même immeuble. C’est exactement ici qu’avait détoné le coup de pistolet qui a mis fin aux jours de Mykola Khvyliovy.

Petit à petit, les écrivains ont commencé à délaisser l’immeuble : certains se faisaient arrêter, d’autres partaient vivre ailleurs ou décédaient et les nouveaux spécialistes de la littérature ne recevaient plus d’appartements ici. Le « Slovo » était devenu un simple immeuble résidentiel. Après la déclaration de l’indépendance, il s’était formé un vif intérêt pour les évènements des années 1920-1930 et les archives publiques ont commencé à s’ouvrir. L’immeuble « Slovo » s’est alors transformé en un bâtiment culturel culte de Kharkiv.

Le lancement des résidences littéraires

L’idée d’organiser des activités culturelles dans le « Slovo » se formulait souvent et depuis longtemps. Il y avait même un projet d’un musée, qui, d’après Tétyana Pylyptchouk, a été abandonné faute d’objets authentiques préservés dans l’immeuble. Il existait aussi un projet d’un centre culturel, mais les activistes n’ont pas réussi à acheter un espace nécessaire. Néanmoins, ils cherchaient toujours à nuancer l’image tragique et commémorative du « Slovo », à montrer que l’immeuble n’était pas que le lieu de mort de la génération littéraire, mais également le foyer de la création culturelle et des divertissements bohémiens, l’endroit où s’amusaient des gens intéressants.

Puis en 2020, l’équipe du Musée de la Littérature a fait la connaissance du couple d’entrepreneurs, père et fils, Andryï et Mykola Naboka qui, étant intéressés par l’histoire de la ville et de la littérature, avaient acheté aussi bien l’appartement de Petro Lyssovyï dans le « Slovo » que celui de Iouri Chévéliov dans la « Salamandre ». Il a été décidé que les deux logements seraient dédiés à des résidences littéraires capables d’accueillir des écrivains venant d’autres villes et d’autres pays. Un tel projet améliorerait la collaboration littéraire transrégionale et internationale et, en général, renforcerait la présence de Kharkiv dans la littérature.

Les résidences littéraires sont un dispositif assez répandu dans le monde. Souvent, elles s’ouvrent dans des logements avec un passé correspondant. À titre d’exemple, à Prague fonctionne la résidence «Praha město literatury» (« Prague — ville de la littérature » en tchèque). Écrivains et traducteurs de tous les coins du monde soumettent leurs projets à la résidence et viennent les y réaliser pendant deux semaines. Plus tard, lors de passage en publication, leurs textes indiqueront cette résidence comme lieu d’écriture. La résidence est un projet de la Librairie municipale de Prague. Elle accueille ses invités dans l’ancien appartement de l’écrivain slovaque Ladislav Mňačko, situé rue Barrandov (dans le quartier célèbre par les studios cinématographiques du même nom). La librairie organise également des rencontres avec ces résidents littéraires dans différents lieux culturels du centre-ville.

— Aux écrivains qui, en plus d’écrire, doivent souvent réaliser un travail alimentaire, de tels séjours offrent une possibilité de ne s’occuper que de l’écriture, d’arrêter, ne serait-ce qu’un temps, d’être aussi des rédacteurs, des journalistes ou autres. C’est une possibilité de se plonger dans la ville et dans le pays.

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La résidence à Kharkiv a été ouverte en 2018 comme un fruit de la coopération du PEN Club ukrainien, du Musée de la Littérature et de la Préfecture régionale de Kharkiv. Au début, les résidents séjournaient dans des appartements loués, mais tout a changé en 2020 quand Andryï Naboka a racheté et gardé dans sa propriété les demeures de Chévéliov et de Lyssovyi.

Le PEN Club ukrainien
Une organisation non-gouvernementale, créée pour défendre la liberté d’expression et les droits des auteurs des textes littéraires, promouvoir le développement de la littérature et la collaboration culturelle internationale. Elle fait partie du réseau des centres du PEN International.

Pourquoi l’entrepreneur a trouvé importante l’histoire artistique de Kharkiv ? Tétyana Pylyptchouk décrit la situation :

— Pour la famille Naboka, cette histoire est une histoire qui porte sur la restauration de la mémoire et sur la communication humaine. L’autre facteur de poids, à mon avis, est l’éducation qu’Andryï a suivie à l’École des Affaires Kyïv-Mohyla. Là-bas on ne réduit pas l’entreprenariat à une simple poursuite de profits. Pour lui, le projet avec les demeures de Chévéliov et de Lyssovyï représente apparemment une quête de sens et de découverte. D’abord, Andryï s’est intéressé au « Slovo » car il était persuadé que l’immeuble méritait d’être connu davantage à l’échelle nationale. Il voulait y acheter un local pour le transformer en une sorte de musée. Alors, on lui a conseillé de nous contacter.

La gestion de ces logements est assurée par un groupe d’activistes. Parmi eux, le propriétaire lui-même, une partie du collectif du Musée de la Littérature (Tétyana Pylyptchouk, Lidiya Kalachnikova, Oleksandra Tesliuk, Oleksiy Yurtchenko et Olena Rouda), l’écrivain Serhiy Jadan, l’éditeur Oleksandr Savtchouk et les administrateurs des résidences, Ivan Senin et Mykola Naboka.

La résidence « Slovo » a ouvert ses portes en 2021. L’appartement de Lyssovyï était dans un état vivable et les premiers invités ont commencé à arriver dès le mois de janvier.

— Ici, nous réalisons un test intéressant : quand un nouveau résident arrive, nous l’invitons à choisir par lui-même l’emplacement de son futur bureau, de sa chambre d’écriture. Alors, tout le monde fait le même choix et prend la chambre angulaire. Tout le monde aime son confort. Nous pensons que le bureau de Petro Lyssovyï se trouvait aussi dans cette chambre. Tous nos résidents nous disent que cet appartement convient particulièrement bien aux écrivains. Ce n’était pas par hasard que « Slovo » se bâtissait comme un cohabitat littéraire ou un « cohousing », pour utiliser la terminologie moderne.

L’écrivain Serhyi Jadan a donné à cette résidence sa table de bureau. Il supervise aussi l’organisation des concerts dans l’appartement.

Le logement de Chévéliov, quant à lui, ne pouvait pas immédiatement démarrer en tant que résidence artistique.

— Imaginez-vous un appartement collectif soviétique. Alors, c’était précisément ça, ce logement et, en plus, il se trouvait dans un état absolument piteux. Bon, on n’appellerait pas nos travaux une restauration classique. Mais, en tout cas, nous avons traité cet espace avec le maximum d’attention et de délicatesse. Couche par couche, nous soulevions les traces des rénovations et des aménagements précédents. Heureusement, ces modifications étaient minimes et cosmétiques, puisque personne ne voulait s’investir sérieusement dans un logement collectif.

En enlevant le papier peint, nous avons vu les murs tels qu’ils étaient au temps de Iouri Chévéliov. Donc, dans les différentes parties de l’appartement nous avons laissé ouvertes des couches des murs correspondant à des époques différentes. Puis, à ce fond nous avons ajouté un ameublement moderne.

— Nous avons touché le moins possible au carrelage de Bergenheim, aux portes et aux autres objets en bois. Je ne peux pas encore dire quelle sera la température de l’air ici en hiver. Peut-être que nous allons devoir restaurer les fenêtres. Mais notre architecte a aussi une alternative : installer des écrans en verre afin de préserver les arcs des fenêtres authentiques. En général, (l’architecte) Serhiy Khangelari prend plaisir à travailler avec l’appartement. De plus, il habite lui-même dans cet immeuble.

Le carrelage de Bergenheim
Le fameux carrelage produit à Kharkiv à la fin du XIXème-début XX siècle par l’usine d’Édouard Bergenheim, l’entrepreneur d’origine finlandaise.

En outre, pour le confort des résidents, la partie habitée de l’appartement a été séparée de l’espace public destiné aux concerts et aux autres évènements. La surface considérable du logement rend de tels changements tout à fait possibles. On peut assister aux évènements de la résidence en s’enregistrant sur sa page Facebook.

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Les projets des résidents

La partie résidentielle de l’appartement de Chévéliov fonctionne déjà depuis mai 2021, alors que la partie publique reste en travaux. Le premier résident de ce logement a été Iouri Androukhovytch.

— Iouri s’intéressait à la radio et écrivait pour l’un de ses projets une mystification radiophonique de l’année 1930. Nous lui avons donné nos propres documents et les documents de la Bibliothèque Korolenko avec lesquels Iouri a commencé à s’imprégner du vocabulaire et de l’atmosphère de l’époque. L’arrivée d’Androukhovytch dans la demeure de Chévéliov est symbolique, car c’était Chévéliov qui dans les années 1990 avait soutenu Androukhovytch en commentant favorablement son roman « Récréations ». Plus tard, les deux hommes maintenaient une communication.

En août, l’appartement a accueilli le réalisateur britannique Jonathan Ben Shaul. Voici ses commentaires sur son projet à Kharkiv :

— Je travaille sur un film qui combine la danse avec l’architecture. Le film va étudier notre interaction permanente avec l’architecture, il va la percevoir à travers la danse. La première partie comprend des interviews, la seconde se concentre sur les mouvements (humains).

Pour présenter sa vision de l’interaction de la danse, du théâtre et de l’architecture, Jonathan Ben Shaul avait organisé un spectacle dans l’appartement. Ici, la fameuse phrase « danser à propos de la littérature » prend un sens tout nouveau. À l’entrée, les visiteurs étaient accueillis et introduits dans l’appartement par Mykola Naboka qui collabore avec Ben Shaul sur ce projet et qui montre lui-même une plasticité « architecturale » remarquable. Le lendemain du spectacle, les auteurs ont fait un petit tour dans un des cinémas soviétiques de Kharkiv. Ils y filmaient, dansaient et étudiaient les particularités d’interaction de cet exemple du modernisme soviétique avec l’espace et avec l’humain.

— L’architecture existe dans une dimension gênante à la croisée du passé, du présent et du futur. Elle crée des lignes qui dépassent les bâtiments. La danse fait de même : on a ici un vide qui se remplit par des mouvements.

L’une des inspirations pour Ben Shaul a été le livre de Yevheniya Goubkina et d’Oleksiy Bykov « Soviet Modernism. Brutalism. Post-Modernism. Buildings » (« Modernisme soviétique. Brutalisme. Postmodernisme. Bâtiments » en anglais).

La prochaine invitée de cette résidence sera Oksana Zaboujko qui travaillera sur les archives. Par le passé, elle avait de bonnes relations avec Iouri Chévéliov et avait même publié un livre sur leur correspondance.

Entretemps, l’immeuble « Slovo » a déjà pu héberger un certain nombre d’artistes. Particulièrement importants ont été le travail et la vie dans le « Slovo » pour l’écrivaine Lubov Yakymchouk, chercheuse spécialisée dans la vie et l’œuvre de Mykhaïl Semenko: le logement de Lubov faisait face à l’ancien appartement de Semenko. De plus, elle est co-autrice, avec Taras Tomenko, des scénarios pour un documentaire et pour un film de fiction « L’immeuble « Slovo » ».

L’autre résidente – Yaryna Tsymbal – est aujourd’hui probablement la chercheuse la plus active publiquement dans le domaine de la littérature et du quotidien littéraire des années 1920-1930. Valérian Polichtchouk, ainsi que, par exemple, Mike Yohansen, tous les deux – sujets des nombreux articles de Tsymbal, avaient également vécu dans le « Slovo ». En parallèle avec leurs résidences, Yakymtchouk et Tsymbal ont aussi travaillé dans les archives et les bibliothèques municipales.

Des écrivains pour enfants ont de même séjourné à cette résidence : Sachko Derman’sky, Dara Korniy et Ivan Androussyak qui a joué ses premiers spectacles à Kharkiv dans les lointaines années 1990 en tant que membre du groupe littéraire « La nouvelle dégénération ». À l’époque, la mise en lumière des phénomènes, des évènements et des lieux de la Renaissance fusillée ne faisait que commencer. Androussyak nous confie comment il écrivait ici la suite de son « Roman policier marino-porcin » :

— Le premier jour je n’écrivais pas encore. Je finissais mes affaires précédentes. Puis, le lendemain matin, j’ai vu qu’un oiseau m’avait laissé une plume sur le rebord de la fenêtre. C’était en quelque sorte un signe, comme si cet oiseau m’avait dit « Écris, Ivan ! ».

Le Musée de la Littérature a invité les petits lecteurs pour une visite guidée au « Slovo » chez Ivan Androussyak. En même temps, des rencontres, à proprement parler, s’organisent avec le jeune public dans la cour du musée lui-même.

En octobre, on attend ici le musicien berlinois Iouri Gourji. Ensemble avec Serhiy Jadan, ils vont créer un projet musico-littéraire sur les œuvres des avant-gardistes ukrainiens.

Plusieurs évènements publics ont aussi eu lieu dans cette résidence, un concert du rappeur Kourgan, un cours de la spécialiste de la littérature Tamara Goundorova et des lectures de la poétesse Kateryna Kalytko. Et le tout premier évènement, c’était la présentation du livre « Le lieu de résidence permanente », créé en duo par Serhyi Jadan et l’artiste-peintre Pavlo Makov. Tétyana Pylyptchouk ne trouve pas accidentelle la co-présence de ces deux artistes à l’ouverture de la résidence :

— Deux artistes phares de Kharkiv au « Slovo » où, en plus d’écrivains, ont aussi vécu des peintres, — c’est très symbolique.

Souvent, les activistes et la plupart des habitants locaux diffèrent dans leur perception de la bonne utilisation de l’espace public et privé. Tétyana Pylyptchouk nous fait part de l’attitude ambigüe des voisins, les habitants ordinaires du « Slovo » et de la « Salamandre, envers l’apparition des foyers artistiques dans leurs immeubles :

— Dans le « Slovo », les habitants des appartements éloignés sont plus bienveillants que les voisins immédiats. En réalité, certains s’enthousiasment même à l’idée de restaurer l’histoire de l’immeuble, mais tout le monde attend pour voir comment nous allons nous comporter, voir si nous nous inscrivons dans le format d’un immeuble résidentiel. Alors que chez « Chévéliov », les voisins n’ont visiblement pas encore compris qui nous sommes. Nous y faisons profil bas. En général, l’appartement de Chévéliov prévoit un format plus académique, alors que celui dans le « Slovo » a la vocation d’être plus « bruyant ».

Les résidents du logement de Petro Lyssovyï laissent à leurs successeurs des petits cadeaux et des notes écrites. Des fois, la résidence elle-même reçoit des cadeaux. Yaryna Tsymbal, par exemple, avait offert le portrait de Mike Yohansen. L’endroit possède déjà des diverses œuvres visuelles ainsi que sa propre bibliothèque, pour l’instant, pas très volumineuse. Et sur l’un des pots de fleurs, on trouve un message touchant « La fleur Svitlana. Arroser tous les samedis » (Svitlana — prénom féminin ukrainien).

De cette manière, la pro-activité et la bonne communication ont permis à deux appartements, visiblement oubliés et délaissés, de se joindre organiquement à la vie culturelle animée de la ville moderne. Aujourd’hui, non seulement ces logements préservent l’héritage culturel existant, mais ils créent et popularisent pour Kharkiv son héritage de demain.

supporté par

House of Europe est un programme financé par l'Union européenne conçu pour soutenir les échanges professionnels et créatifs entre les Ukrainiens et leurs homologues de l'UE. Le Goethe-Institut en Ukraine gère le programme House of Europe. Le British Council, l'Institut français et les Centres tchèques sont partenaires du consortium du projet.

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Chef de projet:

Lyudmyla Kutcher

Ivanna Vlasiouk

Auteur:

Oleg Kotsarev

Rédactrice en chef:

Natalia Ponedilok

Rédactrice:

Mariia Gorbatch

Productrice,

Intervieweur,

Scénariste:

Karina Piliugina

Assistante de producteur:

Natalija Vychynska

Photographe:

Kostiantyn Gouzenko

Opérateur caméra:

Serhij Rozov

Serhij Tatarko

Réalisateur:

Mykola Nosok

Ingénieur du son:

Anastasiia Klymova

Éditeur photo:

Katya Akvarelna

Trascripteur audio:

Taras Bereziuk

Transcripteuse audio:

Olga Chelenko

Sofia Bazko

Traducteur:

Oleksandr Gryniuk

Éditrice de traduction:

Faustine Felici

Responsable de contenu:

Yana Rusina