La faute aux russes: un siècle de déportations depuis l’Ukraine

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Inspirés par la politique impériale séculaire, l’expansion infinie des territoires et par l’impunité, les autorités russes détruisent et assimilent depuis des siècles les peuples autochtones des territoires conquis. Dans le passé et jusqu’à nos jours, la déportation est un des instruments clés utilisés par la fédération de Russie contre les Ukrainiens. Il s’agit d’une réinstallation forcée, d’un exil ou d’une expulsion des populations de leur lieu de résidence permanent, voire d’une obligation à quitter le pays. Nous avons déjà évoqué comment la russie déportait la population des territoires ukrainiens temporairement occupés en 2022. Cet article vous en apprendra plus sur les expulsions du territoire ukrainien antérieures, car le pays-agresseur a longtemps utilisé cet outil de suppression de la liberté dans les territoires asservis.

Àdifférentes époques, les russes ont expulsé du territoire de l’Ukraine des représentants de minorités ethniques différentes — des Allemands, des Polonais, des Tchèques, des Juifs; mais ce sont les peuples autochtones de l’Ukraine qui ont été principalement touchés — les Ukrainiens et les Tatars de Crimée. Les déportations comme les autres crimes contre les communautés nationales ont été utilisées par les autorités pour punir et isoler les couches de la population “peu fiables” du point de vue russe. En outre, les personnes déplacées de force sont souvent devenues une main-d’œuvre non rémunérée. Par le biais des déportations, les autorités ont cherché à rendre l’état mono-éthnique et à maîtriser les indicateurs démographiques, inhibant de fait le développement des communautés nationales.

La majeure partie du territoire ukrainien a été sous occupation russe pendant des siècles — que ce soit dans le cadre de son empire ou en Union soviétique. Les premières déportations massives d’Ukrainiens ont commencé au XVIIIe siècle, lorsque, sur ordre de Pierre Ier, des milliers de personnes ont été emmenées sur pour la construction de Saint-Pétersbourg et du canal Ladoga. Pendant la Première Guerre Mondiale, l’Empire russe a activement utilisé l’expulsion forcée pendant l’occupation des territoires: environ 13 000 personnes ont été expulsées de Galice orientale au cours des années 1914-1915, parmi lesquelles le métropolite de L’Église grecque-catholique ukrainienne Andriy Cheptytsky et le recteur du séminaire théologique de Lviv Yosyf Botsyan. Cependant, la plupart des Ukrainiens ont été expulsés de force au cours du XXe siècle, à l’époque de l’URSS.

1920-1940 – premières déportations soviétiques

Dans les années 1920, l’URSS a commencé à créer des camps de travail forcé. Ils sont devenus des foyers de main-d’œuvre bon marché pour les travaux physiques lourds, comme par exemple la construction du canal de la mer Blanche. Les déportés ont notamment été utilisés pour remplir ces camps. En 1922, une Commission spéciale auprès du NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures) de l’URSS a été créée pour la déportation dans les camps de travail forcé.

La même année, un décret légalisant l’expulsion des personnes dites “peu fiables” vers les régions reculées de l’URSS a été publié. Ces deux événements ont jeté les bases et sont devenus la pierre angulaire des déportations criminelles du pouvoir soviétique.

Le NKVD de l'URSS
Le Commissariat du peuple aux Affaires intérieures est l'un des ministères du gouvernement soviétique.Créé en 1917, il est renommé ministère de l'Intérieur de l'URSS en 1946.

Durant la période soviétique des déportations depuis l’Ukraine on peut distinguer quelques étapes principales:

– 1925-1928 – la Commission dite tripartite des républiques socialistes de l’Ukraine, de Belarus et de russie s’est réunie pour redistribuer les frontières. Pour «nettoyer» les terres de Starodub, de Bilgorod, la région d’Orliv et deDon (qui est alors allé à la RSFSR, maintenant le territoire de la fédération de russie), des centaines de milliers d’Ukrainiens ont été déportés à l’est du nouveau pays vers des régions nommées – Zelenyi, Malynoviy et Siriy Klyn. La première est située en Extrême-Orient, la seconde à Kouban et la troisième en Sibérie du Sud-Ouest.

Le Klin Vert
À cet endroit , les Ukrainiens ont formé une communauté distincte qui a essayé de maintenir uneidentité nationale pendant des décennies.Les descendants des colons ukrainiens se sont progressivement assimilés et les foyers de culture ukrainienne (écoles, activités extrascolaires, etc.) sont devenus de moins en moins nombreux.

– les années 1930-1936 – «l’expulsion de koulaks», au cours de laquelle les paysans aisés ont été privés de leurs biens et emmenés en dehors de l’Ukraine: seulement en 1930-1931. 63 817 familles paysannes issues de l’Ukraine soviétique ont été déportées dans l’Oural, en Sibérie Orientale et Occidentale, en xtrême-Orient, en Yakoutie (et ce ne sont que des chiffres officiels!). Pour la plupart, les personnes instruites et ayant du patrimoine, ne voyaient pas de sens dans le pouvoir soviétique et refusaient de coopérer avec les autorités. Par conséquent, le dirigeant de longue date de l’URSS et dictateur Joseph Staline et ses sbires ont cherché à détruire la paysannerie ukrainienne prospère en tant que classe, car ces personnes empêchaient l’établissement d’un pouvoir totalitaire.

Kurkul (la version ukrainienne du mot Koulak)
En Union soviétique, c'est le nom dédaigneux que l'on donnait au paysan aisé ou à un adversaire de la collectivisation. Les conséquences de l'expulsion de des kurkuls ont été décrites par Ivan Bagriany dans le roman «Tigrolovy» (Chasseurs de tigres) sur l'exemple de la famille Sirko, qui a dû quitter les biens acquis pour ne pas devenir victime de la dékoulakisation.

– les années 1939-1941 — il y a eu plusieurs vagues de déportations d’Ukrainiens depuis les territoires de l’ouest de l’Ukraine et de l’ouest du Bélarusoccidental.Juste à ce moment-là, l’URSS et l’Allemagne nazie ont occupé la Pologne et ont commencé la Seconde Guerre mondiale. Au total, jusqu’à 1 250 000 personnes ont été déportées en Sibérie, dans la région de la Volga, au Kazakhstan et dans le Nord de la RSFSR. Selon diverses estimations, il s’agit de 10 à 20% de la population de ces territoires.

Le but des premières déportations était de détruire la résistance des Ukrainiens, laquelle allait à l’encontre du pouvoir soviétique. Staline a cherché à conquérir tous les pays qui ont constitué l’URSS, à effacer leur identité nationale et à établir un pouvoir totalitaire. Par le biais d’expulsions, le pouvoir soviétique a exterminé et assimilé des millions de personnes.

Cependant, cela n’a pas brisé les Ukrainiens. Ils ont formé des communautés, fondé des écoles ukrainiennes, donné des noms des villes ukrainiennes à leur colonies et préservé les traditions nationales dans de nouveaux endroits. Même les habitations qu’ils construisaient étaient identiques au «khaty» en Ukraine: on les faisait blanchir, on plantait des fleurs dans la cour.

1944: déportation des Kırymlı (Tatars de Crimée)

Les Tatars de Crimée ont survécu à l’occupation de leur terre natale à 3 reprises. Occupations russes à chaque fois.

En 1783, en raison de l’annexion du khanat de Crimée par l’Empire russe, les Kırymlı ont principalement fui vers l’Empire ottoman. Le 18 mai 1944, la déportation des Kırymlı de leur patrie historique vers des régions reculées d’Asie centrale et de Sibérie a commencé.

Au total, selon les statistiques officielles, 191 044 Tatars de Crimée ont été déportés. Selon l’auto-recensement effectué par le mouvement National des Tatars de Crimée, le nombre de personnes déportées s’élève à 423 100,. Dans les premières années qui ont suivi l’expulsion, de 30 à 50%de la population tatare de Crimée est décédée.

Les motifs de la déportation des Kırymlı étaient des accusations absurdes de trahison et de coopération avec le régime nazi pendant la Seconde Guerre Mondiale, de persécution de la population non tatare de Crimée et de séparatisme. Conformément à l’ordonnance du Comité d’État à la défense de l’URSS du 11 mai 1944 «sur les Tatars de Crimée», le commissaire du peuple de l’URSS pour les Affaires de l’Intérieur, Beria, et le commissaire du peuple pour communications, Kaganovich, devaient expulser les Tatars de Crimée jusqu’au 1er juin 1944.

Commissaire du Peuple
Le commissaire du peuple est un fonctionnaire en URSS, qui dirigeait le Commissariat du peuple. Il s'agissait de l'organe central de l'administration publique d'un certain domaine (l'analogue du ministre dans le ministère).

La déportation a commencé à l’aube, et déjà à 8 heures, 90 000 personnes étaient parquées en 25 échelons. Chaque famille a eu soi-disant la possibilité de prendre jusqu’à 500 kg de cargaison avec elle et la valeur de tous les biens qui ont été abandonnés ou confisqués aurait dû être indemnisée dans le nouvel endroit. Pourtant, les personnes déportées sont parties presque sans nourriture ni vêtements et personne ne les attendait sur les sites de réinstallation.

Staline cherchait à éliminer toutes les traces de présence des Tatars de Crimée sur la péninsule, il a interdit l’ethnonyme “Tatars de Crimée” et pendant plus que 40 ans, il n’y a eu aucune mention de Kırymlı dans les recensements de la population de l’URSS (1959, 1970, 1979). De plus, après la déportation, le processus de changement de nom des localités a été enclenché afin d’effacer toutes les mentions de Kırymlı des noms des villages, des quartiers et des villes. Au total, 1300 localités de Crimée ont été renommées, presque 90% de tous les toponymes (par exemple, Lénine au lieu de l’authentique Edy-Kouyu). Malheureusement, les noms authentiques n’avaient pas été restitués avant l’annexion de la péninsule par le Russie en 2014. Néanmoins, en 2016, la Verkhovna Rada d’Ukraine a adopté le projet de loi sur le renommage de 75 toponymes en Crimée en leur redonnant notamment les noms authentiques. La loi entrera en vigueur après la désoccupation de la péninsule.

En 1945, la réinstallation systématique de personnes des régions de Voronej, Koursk, Orel et Belgorod de l’URSS (aujourd’hui la Fédération de Russie) vers le territoire de la région de Crimée a eu pour but la russification totale de la Crimée et la destruction de la mémoire de la péninsule en tant que la patrie du peuple de Crimée. Afin de créer un mythe sur le caractère russe de la péninsule, 16 000 Grecs, plus de 9 800 Arméniens et 12 600 Bulgares ont été déportés avec les Tatars de Crimée.

Ce n’est qu’en 1989 que les Kırymlı ont pu retourner dans leur patrie après le déploiement du mouvement populaire tatar de Crimée pour rentrer chez eux. Les autorités soviétiques de cette époque n’y ont pas contribué.ourtant elles ont condamné la déportation en la jugeant criminelle et illégale. Les Tatars de Crimée n’avaient nulle part où retourner, car leurs biens immobiliers ne leur appartenaient plus et le gouvernement n’a donné aucune indemnisation.

Selon la résolution de la Verkhovna Rada d’Ukraine de 2015, la déportation des Tatars de Crimée en 1944 est reconnue comme un génocide. La même décision a été prise par les gouvernements de la Lituanie et de la Lettonie en 2019. Néanmoins, aucun procès des coupables ou de condamnation de ceux qui avaient commis le génocide n’a eu lieu dans la Fédération de Russie moderne, bien qu’elle se proclame le successeur légal de l’URSS.

En 2014, la Fédération de Russie a de nouveau occupé la péninsule de Crimée. Environ 30000 Kırymlı ont quitté la péninsule pour l’Ukraine continentale. Au moins 150 Tatars de Crimée ont le statut de prisonniers politiques et sont persécutés pour de fausses affaires criminelles.

Le sujet de la déportation et de l’influence destructive de la Russie sur les Kırymlı été très présent dans le discours ukrainien même avant l’occupation de la péninsule. En 2013, le film «Haytarma» dont le sujet est basé sur la déportation de 1944 est sorti. Ensuite, en 2016, la chanteuse ukrainienne d’origine tatare de Crimée Jamala a remporté l’Eurovision avec la chanson «1944» qui visait à raconter aux Européens les événements tragiques de l’histoire des Kırymlı.

Le chef des Tatars de Crimée Moustafa Djemilev dit que même en 2014, les Kırymlı étaient prêts à prendre les armes et défendre l’intégrité de notre pays aux côtés des Ukrainiens. Actuellement, il ne croit pas aux méthodes diplomatiques de désoccupation de la Crimée, mais il est sûr que c’est possible par des moyens militaires si les Ukrainiens et les Kırymlı œuvrent de concert.

1944-1951 – la déportation des Ukrainiens des régions de l’ouest

Pendant la Deuxième Guerre mondiale et après sa fin, l’URSS a absorbé de nouvelles régions d’Ukraine (en particulier Volyn, Bessarabie, Bucovine, Halychyna, Zakarpattia (Transcarpatie)) qui auparavant appartenaient à d’autres entités étatiques. La libération de l’occupation allemande n’a pas apporté aux Ukrainiens le soulagement tant attendu mais de nouvelles répercussions, en particulier des déportations. Elles se sont déroulées en quelques vagues – soi-disant pour la libération des territoires des “banderites”, “nationalistes” et des “koulaks”. En réalité, le régime totalitaire cherchait à effacer l’identité nationale et à détruire physiquement les Ukrainiens « peu fiables».

Au total, de 1944 à 1951 (et dans certains cas jusqu’en 1952) presque 750000Ukrainiens ont été expulsés. Les premières vagues d’expulsion ont eu lieu dans les années 1944-1946. C’était une punition pour la résistance que les habitants de ces territoires avaient manifestée, pour le désir d’indépendance et la lutte contre les Soviétiques dans les rangs de l’OUN (Organisation des Nationalistes ukrainiens) et de l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne). Les Ukrainiens des régions de l’ouest qui étaient à cette époque-là sous le contrôle de la Pologne – Lemkivshchyna, Boykivshchyna de l’Ouest, Nadsyannia, Kholmshchyna, Podlachie, – ont été réinstallés dans les régions différentes de la RSS d’Ukraine – en Galicie, Prytchornomorya, Ukraine slobodienne, oblast de Donetsk. C’était la déportation menée par le gouvernement communiste de l’URSS et de la Pologne. On l’a appelée “le déplacement volontaire” et on a promis une «indemnisation équivalente des biens». En réalité, la majorité des gens ont fait face à l’esclavage des kolkhozes et au manque de logements – lors des éxpulsions les autorités ont donné des soi disant “lettres d’évacuation” avec les listes des biens perdus et leur valeur, mais en réalité, elles ont été complètement ignorées.

OUN-UPA
Un concept qui unit les activités de l'Organisation des Nationalistes ukrainiens (fondée en 1929) et l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (1942-1954).

Les personnes déportées ont principalement reçu le statut de réinstallés spéciaux, certains d’entre eux ont été réinstallés dans des camps spéciaux. Un travail politique massif a été mené sur place pour «rééduquer» les Ukrainiens. Tous ceux qui étaient mécontents d’une telle politique ont été arrêtés et jugés comme les «éléments nationalistes». Certains d’entre eux ont essayé de retourner dans leurs terres ethniques, mais très peu d’entre eux ont réussi, le plus souvent ces fuites s’achevaient par des arrestations. Actuellement, les Ukrainiens et les Polonais travaillent ensemble sur ce traumatisme. Par exemple, en 2021, le film documentaire “Déportation 44-46” est sorti, qui raconte ces événements.

Une autre vague d’expulsion a eu lieu en 1947. Les Ukrainiens qui avaient échappé aux expulsions précédentes, ont été déportés par les autorités communistes polonaises lors de l’opération “Wisla” avec l’appui des autorités soviétiques et la Troisième République tchécoslovaque.

Son but principal était le nettoyage ethnique des territoires de Lemkivchyna, Nadsyannia, Kholmshchyna et Podlachie. En quelques mois, presque 150000Ukrainiens ont été expulsés de force, presque 4 000 ont été emprisonnés dans le camp de concentration de Yavozhno (Pologne), presque 3 000 membres des OUN-UPA ont été arrêtés et 655 personnes ont été tuées au cours de l’opération.

La même année 1947, le ministre de l’intérieur de l’URSS Krouglov a annoncé l’expulsion des régions de l’ouest de l’Ukraine de plus de 77000nationalistes et bandits actifs». Des Ukrainiens ont été envoyés au travail dans l’industrie charbonnière dans les régions de l’est de l’URSS et l’oblast d’Omsk (maintenant la Fédération de Russie). Il existe également des preuves que des femmes ukrainiennes ont été envoyées dans des échelons séparés. Elles étaient victimes de mutilations, de viols et tous ces faits ont été cachés à l’époquesoviétique.

Certains échanges des territoires frontaliers ont eu lieu dans les années 1948 et 1951. Et encore une fois, ces événements ont été accompagnés par la déportation d’Ukrainiens. Par exemple, en 1948, conformément aux décrets du Présidium du Soviet suprême de l’URSS, les accusés d’«évitement malveillant du travail dans l’agriculture et de mode de vie anti-civil» ont été expulsés du territoire ukrainien pendant 8 ans. De nombreux habitants des régions de l’est et centrales de l’Ukraine, qui, en 1947, avaient survécu à la famine, sont également tombés sous cette accusation. Ils n’avaient pas de nourriture ni de travail, il leur était donc physiquement impossible d’atteindre la norme annuelle établie des jours de travail.

2022. La déportation continue

En 2022, lors de la guerre à grande échelle, la Russie expulse de nouveau les Ukrainiens des territoires temporairement occupés. Nous en avons parlé plus en détail dans l’un de nos textes précédents.
Début septembre, on sait déjà que plus de 1,2 million de personnes ont été déportées, dont des enfants. Tout comme il y a 100 ans, les Ukrainiens sont envoyés dans les régions éloignées de la Russie : en Extrême-Orient et dans le Caucase du Nord. La Fédération de Russie invente des lois pour légaliser ses actions criminelles, «protégeant» la population locale. En réalité, aujourd’hui tout comme à l’époque de l’empire et de l’URSS, les politiciens russes essaient de soutenir le mythe national russe de toutes leurs forces, mythe basé sur la haine envers les peuples autochtones des territoires conquis.

La Fédération de Russie a procédé à plus de 10 déportations du territoire ukrainien à l’époque soviétique, l’ampleur de cette tragédie est difficile à imaginer. Nous avons vécu une douleur collective horrible qui a touché au moins 4 générations. En 2022, les Russes expulsent de nouveau les Ukrainiens des territoires temporairement occupés et nous n’avons pas encore de procédure efficace pour le retour de tous nos compatriotes. La guerre continue. Mais cette fois, contrairement aux déportations précédentes et autres crimes de guerre russe, nous avons une chance de le vivre d’une manière différente. Si plus tôt, quand l’Ukraine faisait partie de l’URSS, on nous avait interdit de mentionner la politique gouvernementale affreuse par peur des répressions, si plus tôt le monde ne connaissait pas et ne comprenait pas notre malheur, maintenant la communauté internationale est à nos côtés et prête à nous écouter.

Désormais, nous pouvons parler de notre expérience, lui donner un sens à travers des films, des enquêtes, des chansons, des œuvres d’art etc. Afin d’interrompre le cycle de transmission des traumatismes collectifs aux générations suivantes, nous devons en parler, définir de manière très claire ce qui nous est arrivé et qui en est responsable. Les coupables n’ont pas été punis à l’époque, pourtant leurs crimes sont imprescriptibles. Pour ne pas répéter les erreurs du passé, le monde doit se réunir et rendre les criminels actuels responsables pour les déportations russes actuelles. Reconnaître régime russe comme terroriste et la guerre contre l’Ukraine comme un genocide sont des étapes sûres vers la création des tribunaux efficaces.

Chronologie des déportations

16 octobre 1922 – création de la Commission Spéciale auprès du NKVD de l’URSS sur les questions de déportation vers les camps de travaux forcés.

10 août 1922 – décret du Comité exécutif central panrusse sur “l’expulsion administrative”. A rendu légale l’expulsion de toutes les personnes suspectes vers les régions éloignées de l’URSS.

28 mars 1924 – “Règlement sur les droits de l’ODPU ( Direction politique conjointe de l’État) en matière d’expulsions administratives, d’exil et d’emprisonnement dans les camps de concentration” a été approuvé.

4 avril 1925 – l’ODPU a obtenu le droit d’interdire aux personnes “socialement nocives” de vivre dans certaines localités.

12 juin 1929 – “Décret sur l’expulsion des criminels particulièrement vicieux”.

20 février 1930 – le décret de l’Orgburo sur la nécessité de l’expulsion forcé des 200-300 000 familles des régions d’une collectivisation totale, principalement dans les régions du Kazakhstan.

Juin 1931 – formation du département des colonies spéciales dans le système du Goulag.

25 novembre 1935 – décret du Comité central du Parti communiste sur l’expulsion de la bande frontalière occidentale de l’URSS.

28 avril 1936 – décret du Conseil des commissaires du peuple de l’URSS “Sur l’expulsion de 15 000 ménages polonais et allemands de la RSS d’Ukraine vers la région de Karaganda de l’ASSR kazakh”.

13 avril 1938 – Circulaire № 80 du NKVD de l’URSS sur l’enregistrement des colons spéciaux.

Septembre 1939 – juin 1941 – plus de 500 000 personnes ont été déportées d’Ukraine occidentale.

1940 – l’administration des colonies de travail correctionnelles (VTK) et des colonies de travail du Goulag a été créée.

Mars 1943 – résolution du DKO de l’URSS “Sur des mesures spéciales dans les régions occidentales de l’Ukraine”, qui obligeait le NKVD de l’URSS à expulser les familles des “membres actifs de l’OUN-UPA vers des régions reculées de l’URSS”.

7 janvier 1944 – Ordonnance № 20 signée par L. Beria, dans laquelle le commissaire du peuple a ordonné que “tous les complices trouvés sur le territoire de l’Ukraine soient arrêtés avec la confiscation des biens sur la base de l’ordre du NKVD de l’URSS № 001552.”

31 mars 1944 – ordonnance du NKVD de l’URSS № 122 signée par L. Beria sur la répression des membres de la famille des membres de l’OUN.

Mars 1944 – résolution du DKO de l’URSS “Sur des mesures spéciales dans les régions occidentales de l’Ukraine”, dont le paragraphe 8 stipulait: “Pour obliger le NKVD de l’URSS à expulser les familles des membres actifs de l’OUN, de l’UPA et UNRA dans les régions reculées de l’URSS”.

24 mars 1944 – le Département des établissements spéciaux a été créé dans la structure du NKVD de l’URSS.

31 mars 1944 – Directive NKVD № 122 signée par L. Beria “Sur la déportation vers des régions reculées des oblasts de Krasnoïarsk, Irkoutsk, Omsk, Novossibirsk des membres de la famille des membres de l’OUN et des rebelles actifs, tous deux arrêtés et tués dans des escarmouches.”

5 et 15 avril 1944 – instruction “Sur la procédure d’expulsion des membres de la famille des membre de l’OUN et des insurgés actifs vers les régions reculées de l’URSS” et l’instruction-directive “Sur la procédure d’expulsion des familles des membres actifs de l’OUN et de l’UPA .”

29 octobre 1944 – résolution du DKO № 684-c, selon laquelle le lieu d’exil des participants à la lutte de libération nationale et des membres de leurs familles était les Komi des régions de l’ARSR, d’Arkhangelsk, de Kirov et de Molotov “pour l’éducation ouvrière.”

15 mai 1945 — Lviv. Lors d’une réunion avec les secrétaires des comités régionaux du KP(b)U et les chefs des bureaux régionaux du NKVD et du NKGB, M. Khrouchtchev a exigé que les familles des rebelles soient déportées vers des régions reculées de l’URSS.

19 mai 1945 – un appel de la direction de la RSS d’Ukraine “aux ouvriers, paysans et intellectuels des régions occidentales de l’Ukraine”, qui ont été avertis que s’ils n’arrivaient pas comme prévu (d’ici le 20 juillet), “les mesures les plus sévères seront appliquées à tous les membres des gangs.”

20 avril 1946 – directive du ministère de l’Intérieur de l’URSS № 97 sur l’expulsion “d’anciens policiers, résidents de Vlasov et autres personnes”.

10 septembre 1947 – Résolution № 3214 du Conseil des ministres (RM) de l’URSS sur l’expulsion vers des colonies spéciales par décision de la réunion spéciale du MGB de l’URSS “familles des membres des gangs OUN, guides des membres de OUN et les membres de leurs familles, les koulaks nationalistes et leurs familles.”

15 octobre 1947 – résolution secrète №PB-148/142 du Comité central du KP(b)U et RM Conseil des ministres de la RSS d’Ukraine “Sur la procédure d’utilisation des terres et des biens laissés après l’expulsion des familles de nationalistes et bandits.”

21 février 1948 – Décret du Présidium du Soviet suprême de l’URSS “Sur l’expulsion de la RSS d’Ukraine des personnes qui évitent par malveillance le travail dans l’agriculture et mènent une vie antisociale et parasitaire.”

23 février 1948 – Décret du Présidium du Soviet suprême de l’URSS sur la déportation vers les colonies des «membres des gangs de l’OUN» condamnés après avoir purgé leur peine dans des camps de travail correctionnels (VTT).

26 novembre 1948 – Décret du Présidium du Soviet suprême de l’URSS “Sur la responsabilité pénale pour évasion des lieux d’installation obligatoire et permanente des personnes expulsées vers des régions reculées de l’Union soviétique pendant la guerre patriotique”.

1950 – création du 9e département du ministère de l’Intérieur de l’URSS, responsable des colonies spéciales.

15 avril 1950 – ordre du ministère de l’Intérieur de l’URSS № 00248 “Sur l’annonce aux membres de l’OUN expulsés de les laisser pour toujours dans des colonies spéciales.”

13 février 1951 – Résolution du ministère de l’Intérieur de l’URSS № 377-100 “Sur l’expulsion d’Ukraine d’anciens militaires de l’armée d’Anders et des membres de leurs familles”.

1944–1952 — 203 662 personnes ont été déportées du territoire des régions occidentales de l’Ukraine.

30 octobre 1954 – le 4e département du ministère de l’Intérieur de l’URSS a été créé pour enregistrer et contrôler les colonies spéciales.

5 juillet 1954 – résolution du CCPCUS et de la République de l’URSS “Sur la suppression de certaines restrictions au statut juridique des colons spéciaux”. Elle ne s’appliquait pas aux nationalistes ukrainiens et aux membres de leur famille expulsés des régions occidentales de l’Ukraine.

29 mars 1959 – en raison de la radiation des expulsés spéciaux, le 4e département du ministère de l’Intérieur de l’URSS chargé de la supervision des colonies spéciales a été liquidé.

15 juin 1959 – Décret du Présidium du Soviet suprême de l’URSS “Sur la responsabilité des anciens expulsés spéciaux pour leur retour spontané dans les lieux d’où ils ont été déportés”, dont les contrevenants ont été menacés d’une période d’expulsion de 3 ans.

14 novembre 1989 – la déclaration du Soviet suprême de l’URSS a aboli les restrictions d’expulsion.

Tous les peuples déportés ont été réhabilités.

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Цей матеріал створено за підтримки International Media Support (IMS).

Le dossier est préparé par

L'auteur du projet:

Bogdan Logvynenko

Auteure:

Sofia Panasiuk

Rédactrice en chef:

Natalia Ponedilok

Rédactrice:

Anastasiia Serikova

Éditeur photo:

Yurij Stefaniak

Responsable de contenu:

Yana Rusina

Traductrice:

Lina Kanizhaj

Olha Bobrovska

Rédacteur de traduction:

Faustine Felici

Coordinatrice de la traduction:

Olga Gavrylyuk